J'étais dans ma vieille 205 quand j'appris la nouvelle, ou plutôt quand j'en eus un premier écho. Quelque chose de louche s'était produit aux Etats-Unis. On parlait
déjà de séisme politique. J'ai attendu vainement que le journaliste de France Inter, qui parlait de "prudence", en viennent aux faits et, en désespoir de cause, j'ai regagné mon
appartement afin de me connecter à Internet. S'il fallait attendre après les médias officiels...
La nouvelle faisait les gros titres de tous les sites d'information: Dominique Strauss Kahn était accusé de viol.
Et je n'ai pu m'empêcher d'imaginer le scénario du crime.
Voici notre patron du FMI qui entre dans son hôtel de luxe. A quoi pense-t-il d'abord? A faire payer les Grecs Et il
les trouve bien long à rembourser ses amis les banquiers.
Il s'empare d'une clef après avoir reluqué la jeune femme de la réception; son attaché-case à la main, il remarque en rodant dans les couloirs une femme de ménage
noire à la poitrine avantageuse et lui glisse à l'oreille quelque cochonerie. Nous le retrouvons dans sa suite, un cigare à la main. Il continue de méditer sur des plans tordus de prises de
pouvoir en France. Les élites du pays lui offrent la présidence sur un plateau. On fera monter Marine Le Pen avant de lui flanquer une profanation de cimetière juif dans les dents ou un
petit meurtre raciste en marge d'un défilé du Front National. Le patron du FMI n'aura plus alors qu'à revenir en glorieux défenseur de la démocratie et des libertés. Les patrons du Cac 40 s'en
frottent les mains depuis des mois.
Lui aussi, et il avale une gorgée supplémentaire du meilleur Bourbon.
Notre homme vit de nuit à la manière d'un vampire. Il poursuivait ses plans machiavéliques bien après le lever du jour; il devait être onze heures ou midi. Il
décide de prendre une douche, avant de se rendre à l'aéroport; il avait à peine dormi. L'eau chaude, ruisselant de part et d'autre de son ventre énorme et cascadant au beau milieu de son
entrejambe éveille ses désirs. Il se met à fredonner un air langoureux, ou plutôt à grogner doucement.
A quelques pas de là, l'employée de couleur que nous avons croisée déjà fait son travail comme tous les matins. Elle sort d'un appartement
misérable, à la cime d'un immeuble de briques triste à mourir; son salaire lui permet à peine de rembourser son prêt immobilier. Elle vit seule avec sa fille pour laquelle elle fait des
heures sup'.
Aucun écriteau du type "ne pas déranger" ne pend à la poignée; on lui dit même que la chambre n'est pas occupée. Et pourtant elle éprouve comme un malaise face à la
porte entrouverte. Elle entre. Il lui avait semblé entendre un jet de douche du couloir. Plus rien. La pièce baigne tout entière dans une fumée âcre et épaisse. Elle distingue çà et là des
documents, des mégots, une bouteille vide et un portable qui traîne. Comme un frottement énergique du côté de la douche... Elle se retourne: rien. Une revue de charme est ouverte sur le
lit à moitié défait. Le client a dû partir en oubliant de petites choses, comme cela arrive si souvent.
Elle enlève les draps, en étend de nouveaux sans remarquer la porte de la douche qui s'ouvre. Elle entend enfin que l'on ferme à clef derrière elle. Alors tout
s'accélère. Un être soufflant bruyamment vient s'écraser sur elle, il malaxe ses seins à pleine main. Dans un sursaut d'horreur, elle parvient à se dégager, à se retourner. Elle est assise
au bord du lit et se trouve face à un ventre énorme couverts de poils poivre et sel; un sexe en érection dont le gland rouge à éclater pointe vers elle. Deux pattes la tirent par les cheveux.
Elle hurle. "T'avais envie de ça, hein, ma salope, t'en avais envie depuis hier soir... avoue!" En griffant de rage le torse de son agresseur, elle parvient à échapper
momentanément à son étreinte. Il la poursuit, la rattrape par les cheveux. La porte de la salle de bain est ouverte. Il la traîne à l'intérieur. "Maintenant, suce-moi!" Toujours ce membre
affreux, repoussant, qu'il ramène à son visage et qu'elle ne veut pas voir. Elle se débat une nouvelle fois. Il fait sauter ses boutons en tirant sur un pan de sa chemise, découvre sa
poitrine. Elle se débat toujours, crie à s'en étrangler. Elle entend son souffle rauque, celui d'un animal en rut. Enfin, avec une force qu'elle n'aurait jamais cru avoir, elle se libère et
renverse le monstre, court vers la sortie. La porte est fermée. Elle en active précipitamment la clef. La voilà libre, mais encore choquée, qui se recouvre la poitrine de sa chemise
déchirée...
Le patron du FMI, lui, est toujours assis dans la salle de bain et son gland rouge pointe au creux de ses cuisses, tout petit sous son ventre énorme.
Il ne s'alarme pas même de l'événement: il lui est arrivé d'être pris de ces pulsions irrépressibles. Après tout, il a de l'argent. Il s'en est toujours
sorti.
Son attaché-case est rangé dans une armoire. Il le reprend et s'en va comme s'il ne s'était rien passé.
Voilà le scénario que l'on peut reconstituer à partir des éléments de cette sombre affaire. Maintenant qu'entend-on à la télé de puis plusieurs jours? Des
connards du PS qui sont choqués, atterrés, qui ont les larmes aux yeux. Serait-ce pour cette jeune femme qu'il a tenté de violer, et qu'il aurait violée s'il l'avait pu? Non! C'est pour le
bourrreau qu'ils s'inquiètent. Ils pensent à sa famille! Et ils nous refont le coup de l'affaire Polansky (Deux pédophiles (Frédéric Mitterand et Roman Polanski), leurs
défenseurs ), je suis même étonné qu'on ne nous parle pas d'antisémitisme. C'est quand même fort. Je ne suis pas sûr qu'un Français lambda aurait eu autant de soutiens, et même que
la simple idée de faire parler sa mère ait paru très décente, vu les actes qui ont été commis. Mais, là où la gauche atteint des sommets, c'est dans son utilisation de la théorie du complot.
Allez évoquer l'inside job pour les attentats du Onze Septembre à la télé, même avec des arguments: vous verrez le sort qu'ils vous feront. Vous serez un complotiste, défendant
le Protocole des sages de Sion, un antisémite donc, un nazi. Mais quand il s'agit de défendre un gros bonnet, on peut évoquer un piège tendu, une sombre manigance, même quand on n'a pas
l'ombre d'une preuve. C'est scandaleux.
Allez, on aurait eu affaire à un bon père de famille, un brave type rangé, on la croirait cette
histoire. Mais vous êtes allés regarder les casseroles que ce mec-là se traîne? C'étaient
déjà des accusations de harcèlements il y a trois ans, une tentative de viol quelques années plus tôt; aucune femme ne voulait travailler dans son ministère. Que ce soit dans son bureau ou
dans un ascenseur, il n'a jamais pu se retenir. C'était de notoriété publique. Et on irait nous faire croire que l'on a payé une femme pour le faire sauter? Si c'est le cas, elle n'a
pas eu à le tenter longuement. Je crois même que notre homme était bien assez impulsif pour se faire du tort tout seul et qu'il n'a pas eu besoin d'aide pour se fourrer dans la merde où il
est.
Et puis les médias sont choqués du sort qui lui est fait. Le pauvre homme a été menotté et même maintenu en détention. Ah on ne verrait pas ça en France!
Evidemment, puisqu'en France on a pitié des assassins et que l'on trouve des excuses aux violeurs, surtout quand ils ont de l'argent. Aux Etats-Unis, on traite de la même manière un black du
Bronx, un grand cinéaste et le patron du FMI. Pour nos élites, c'est un scandale. Moi j'appelle ça la justice.