Dimanche 22 novembre 2009

Cela fait belle lurette que je ne regarde plus le foot. Je me suis arrêté à la coupe de 98 qui a vu, à ma grande déception, la victoire de la France. Adolescent, je me passionnais pour les matchs internationaux et même les matchs de championnat. Je regardais la grande messe télévisuelle du dimanche matin, je veux dire téléfoot. Droguerie du pouvoir, dirait La Boétie. Il faut endormir la rage de ces masses fénéantes et privées de tout. C'étaient les années quatre-vingt-dix. En découvrant la fac et la littérature, je me suis réservé le foot pour quelques grands match seulement: l'Euro, la coupe du monde. C'était pour moi l'occasion de boire quelques bières au bar. L'intérêt n'y était plus. Je m'étais lassé de l'éternel retour des mêmes enthousiasmes, des mêmes prises de position partisanes, des mêmes polémique.
Le classique OM-PSG nous a fourni cette semaine un bel exemple de cette connerie. Et je me demande comment à plus de vingt-cinq ans, on peut y trouver un quelconque intérêt. Certains ont gagné l'année dernière, d'autres gagneront l'année prochaine et les années suivantes. C'est le cycle absurde des victoires et des défaites.
Mais ce qui m'a gonflé une fois de plus - dont je me serais bien passé - c'est le match de barrage. Les grandes équipes peinent toujours à se qualifier, et toujours y parviennent. Je n'ai pas regardé ce match qui a pourtant passionné notre président. Je n'ai vu que des extraits sur Thierry Henry lors du match France-Irlande du 18 novembre 2009 (SIPA)Internet, l'extrait qui tue: le but égalisateur, le but de la qualification. On y voit un Thierry Henry qui ramène à lui le ballon de la main, comme un basketteur, l'envoie sur un partenaire qui, de la tête, le loge au fond des filets. La star du Barça, comme si de rien était, laisse éclater sa joie, salue ses supporters tandis que le gardien irlandais proteste en vain auprès de l'arbitre.
L'immoralité de ce sport est contenue dans cette courte séquence. A un certain niveau, tous les moyens sont bons pour gagner - le tout, c'est de ne pas se faire prendre. On plonge dans la surface dès qu'on a perdu le ballon; un penalty peut faire la différence. On s'effondre et se tord de douleur au moindre coup, puisqu'un carton peut modifier le cours d'une rencontre. Dans d'autres domaines, un patron peut faire perdre des milliards à sa bo^te et partir avec un parachute doré. "Il est malin, vous dira Dhorasso, ça sert dans la vie".  
Et les journalistes sportifs qui viennent nous expliquer que le foot, c'est la fête, une école de tolérance et de fraternité, un modèle à suivre. Ils font comme si ces joueurs méritaient leurs salaires astronomiques: ils nous font rêver.
Rêver de quoi?
Ils touchent des miliers de fois mon salaire pour taper dans un ballon. Je trime, je galère, ils me narguent. Quelqu'un qui serait bien loti encore, parce qu'il apporte toutes sortes de bienfaits à la société, un chercheur, un scientifique, mais ces sales gosses! ces voyous! ces drogués! On en revient toujours à la même histoire. Ils n'aident que les grands clubs cotés en bourse, ces vastes maffias qui engrangent l'argent des stades et des retansmissions-télé, laissent éclater aux yeux de tous les valeurs nauséabondes de leur machine à fric: sponsors, pubs et compagnie.
Quel rêve?
Le foot, c'est l'argent. L'ellimination d'une grande équipe comme la France aurait eu des conséquences économiques Le sélectionneur de l'équipe de France Raymond Domenech (g) félicite l'attaquant Thierry Henry après la qualification au Stade de France le 18 novembre 2009désastreuses. On peut bien tricher éhontément, si c'est pour le bien de tous. Que dire si on avait perdu? TF1, france 2 et Canal, qui vont nous passer en boucle les matchs de la coupe 2010, n'y trouveraient pas leur compte. Et puis, ces mercenaires, ils n'auraient pas touché leur salaire. Après une si brillante prestation! Domenech n'aurait pas eu ses 800 000 euros en récompense de "son boulot formidable de sélectionneur".
Il fallait que l'équipe de France se qualifie pour des raisons économiques, donc, quitte à piper les dés. Et on ne voit guère d'autres raisons, et je m'émerveillerai toujours de l'enthousiasme des gens pour cette équipe. Ses joueurs jouent tous à l'étranger (devinez pourquoi?), ils connaissent à peine la Marseillaise. Il préfère leur club à l'équipe nationale. Ils sont d'ailleurs tous étrangers. Est-ce l'équipe de France ou celle du Congo? Faites abstraction des couleurs du maillot, des sigles publicitaires, vous ne pourrez pas répondre. Ah! on fait de jolis patriotes quand on voit le bordel que nous ont planté les Algériens. Ils ont prouvé eux au moins qu'ils tenaient à leur pays d'origine et leur équipe nationale! Les bobos diront qu'ils encourageaient les leurs en français. C'est bien la seule chose qu'on mettra à leur actif. Pour le reste, c'étaient des drapeaux verts, blancs et rouges, de la casse et de la haine. C'est tout ce qu'ils savent faire.
Après tout, moi je m'en fous, je suis pas français, et que les immigrés finissent par "niquer" la France, comme ils le disent si bien, ça ne m'intéresse pas plus que ça. Je suis Roumain. Avec leur détestation de tout ce qu'ils sont, leur laxisme à l'égard de tous ceux qui veulent les "niquer", les "Français" me donnent pas envie d'être des leurs. Enfin. Tant de conneries pour un ballon, ça vous sort du silence.
Personne m'écoute?
Rien à foutre!

Par Eminescu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 15 novembre 2009

          Epoque matérialiste! si affreusement charnelle! Il suffit de n'avoir pas mangé quelques plats consistants au repas de midi, de n'avoir sorti du frigo que quelques yaourts puants d'humidité sur leur plastique frais, pour sentir la tête vous tourner, comme un désordre général du ventre et des membres. L'âme même en est affectée... Mais avons-nous seulement une âme, pourceaux d'Epicure que nous sommes?






         Je n'aime pas l'art contemporain. Pour moi l'art n'existe plus. Il n'est que révolte ou dénonciation, ce qui est insuffisant quand on veut atteindre au sublime. Dans le genre illustration pourtant, j'apprécie tout particulièrement la reproduction qui suit: une bonne femme dégoulinante de graisse, fière de toutes les saloperies qu'elle a pu entasser dans son caddie; elle illustre à merveille ce à quoi devait aboutir notre civilisation. Nous n'avons juré que par le progrès et la matière. Le bonheur des peuples passait par la paix et la richesse accumulée. Nous avons rêvé de croissance et de démocratie, ouverture des frontières et libéralisme. Regardons bien ce que nous sommes devenus.

Par Eminescu - Publié dans : Poèmes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 1 novembre 2009

Voici la suite des aventures de Chris, ce héros à la vie morne et plate que vous avez rencontré dans L’appartement de Dédette ou les déboires d'un jeune correcteur du bac ,  L'appartement de Dédette ou les déboires d'un jeune correcteur du bac (suite et fin)  et Une portière ouverte . Je fais se suivre, comme à mon habitude, nouvelles quotidiennes et drolatiques, analyse de l'actualité, délires et coups de gueule.

 

-Ca marche, lui avait dit Odette.

Christophe lui louait son appartement pour quinze jours. Il prenait son indépendance vis-à-vis de parents qu’il trouvait un peu envahissant. Il avait quand même vingt-six ans.

Il faisait très chaud et il avait revêtu un short « habillé » et un tee-shirt vert, la couleur qui lui allait le mieux. Sa Ford Focus passa sur un petit pont, au bas de la ville, au creux d’immenses collines. Sa copine se trouvait à ses côtés. Ils avaient fait les courses pour une semaine.

Il repassa devant son établissement, se gara un peu plus loin, à côté d’une énorme Peugeot d’un gris métallisé.
Le coffre s’ouvrit dans un bruit d’aspiration. Christophe donna les clefs à sa copine qui partit la première avec un sac. Lui, il embrassa un énorme carton couvert de victuailles.

Il arrivait en haut des escaliers quand il croisa un homme plutôt grand, avec des restes de cheveux gris autour du crâne. Ce dernier sourit de ses lèvres un peu épaisses.

C’était son chef.

-Monsieur Martin.

-Bonjour, je peux pas vous serrer la main. Je suis embarrassé de…

-Il n’y a pas de mal. Vous allez bien ?

-Oui.

-Vous restez avec nous l’année prochaine, il me semble ?

-Oui.

-Très bien… On va être voisin ?

-Je loue pendant quinze jours l’appartement de l’infirmière.

-Passez de bonnes vacances.

-Vous aussi…

Toujours stressant de parler à son supérieur, surtout en vacances. Tandis qu’il déposait son carton dans la cuisine, Christophe se demanda comment il devait interpréter ce « vous restez là, l’année prochaine ? ». Son directeur était-il satisfait de lui ? Il avait eu deux classes de secondes, une quatrième et une troisième. Des parents l’avaient emmerdé au point d’écrire au principal, justement, et ses lycéens plantaient un tel bordel qu’il pouvait difficilement en placer une.

-C’était qui le type avec qui tu parlais ?

Sa copine les avait vus à travers la fenêtre de la cuisine.

-C’était mon chef. Il habite juste à côté. C’est la porte qu’on voit là.

-Ca t’embête pas trop d’habiter à côté de ton chef ?

Il n’y avait guère pensé en reprenant l’appart’. Son premier séjour avait été court ; il n’avait croisé quasiment personne. Il réalisait à présent à quel point cette présence pourrait lui être pesante. D’autre part, il en avait trop dit. La Dédette lui avait recommandé d’être discret. « Je sous-loue, tu comprends bien que j’ai pas le droit… Tu fais attention, hein ? Va pas le crier sur tous les toits ! » Il l’avait promis et voilà qu’il en parlait au principal. Difficile de faire autrement en même temps. Il devait fatalement s’en apercevoir.

Se retrouver voisin de son chef… Son angoisse grandissait peu à peu. L’homme devenait une présence menaçante. Il craignait d’avoir affaire à lui, comme un élève craint de retrouver son prof quand il n’a pas fait sa punition.

Ainsi Chris observait attentivement la porte de son logement, le rideau mécanique. De même en bas des escaliers : il était prêt à se dissimuler dans quelque recoin dès qu’une silhouette se profilerait.

Il croisa une collègue d’anglais, blonde, d’un certain âge, dans le village, quelques élèves.

Il aimait beaucoup conduire. Cette passion s’était emparé de lui avec l’achat de sa Ford, un an auparavant. C’était une voiture d’occasion, mais moderne dans son design et en assez bon état. Il en prenait le plus grand soin. Il aimait voir défiler devant lui les routes de montagne sinueuses, les paysages de son Ardèche natale. Il cherchait, d’une pression du doigt – ces commandes-là se trouvaient près du volant – une station radio ou écoutait de la musique celte sur les CD qu’il possédait.

En compagnie de sa copine, il se rendit au Chambon-sur-Lignon. Au retour, il ne trouva pas sa carte bleue pour faire le plein. Il dut donc retourner à l’appart’, la récupérer dans un short sale, puis repartir seul.

Une fois revenu, il lui sembla voir quelqu’un descendre les escaliers. Il se gara un peu plus loin, il ne pouvait pas ne pas être en vue. Il resta dans son auto, regarda à travers son rétroviseur. Son chef arrivait. Christophe se mit à fouiller dans la boîte à gants. Enfin, parce que son directeur était lent à gagner son auto, il régla les stations sur l’autoradio même. Il tomba sur une chanson qu’il adorait, resta assis, la tête rabattue en arrière, tandis que la grosse Peugeot grise s’éloignait.

Par Eminescu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 29 octobre 2009

Certains, on peut le dire, ont perdu leur tête à vouloir trop s'afficher. Notre pauvre Louis XVI, qui était pas pire que ses successeurs, empereurs, rois et présidents confondus, a payé pour son père, sa femme et ses ancêtres monarques, qui se sont gavés sans vergogne sur les deniers du royaumes. Je ne mentionnerai pour mémoire que la goinfrerie de Louis XIV. Quand on sait ce qu'étaient les famines dans nos campagnes, ses repas gargantuesques font frémir. Avec les Sarkozy et consors, on entre dans la même logique. Il faut ajouter simplement, par rapport à une monarchie héréditaire, l'arrogance des parvenus et l'hypocrisie d'une Révolution qui devait profiter aux pauvres.

La nouvelle, hier, m'a fait bondir. Le rapport de la Cour des comptes sur la présidence de la France à la tête de l'Europe pointe du doigt des dépenses somptuaires. La droite se défend en expliquant que les Allemands ont dépensé plus que nous (environ 180 million de leur côté pour 175 du nôtre). C'est le banquier escroc qui accuse ses concurrents d'avoir perdu plus que lui. C'est peut-être dans la moyenne des grands pays, c'en est pas moins scandaleux.

Au sommet de Paris, où il était question d'une union pour la Méditerrannée qui s'est enlisée sans aboutir, notre cher président a donné un dîner à 5000 euros par tête, le total donne un chiffre qu'on peut à peine se représenter. En une soirée, ils ont bouffé chacun cinq fois mon salaire au mois, et pour choper ensuite des cancers du colon et dégager des cacas d'une puanteur ignoble. Pour un usage de quatre heures, notre homme s'est fait installer une douche à 250 000 euros. J'espère qu'il en a bien profité, qu'il s'est délicieusement branlé sous le ou les jets d'eau chaude, le par-terre massant et que sais-je. Tous les hommes aiment se branler sous la douche.

Oh! je suis jaloux. Comme dirait Woerth, c'est quand même démago d'évoquer ce genre de chose, c'est faire appel au populisme le plus abject (argument de ce cher Finkielkraut pour tous les sujets du genre:
Deux pédophiles (Frédéric Mitterand et Roman Polanski), leurs défenseurs ). Ce que la plèbe peut-être envieuse! Après ça, comment lutter contre la fraude fiscale, doit se demander le ministre de la Finance et des comptes publics? Tous les matins, j'attends son spot de merde à la radio. Il faut bien tout lui déclarer: attention, c'est toute la société qui en pâtit. Oui, et surtout lui et le chef de l'état qui savent utiliser ses économies de bouts de chandelle, sans oublier les banques qui ont nationnalisé leurs pertes, mais privatisent déjà les bénéfices. 
 

Continuons. Dans un articles parut en Allemagne, et qui n'est pas prêt de sortir en France, on en apprend un peu plus sur le train de vie mirifique de l'Elysée. J'ai intitulé mon article, "Sarkozy vit comme un roi en France", mon confrère allemand va un peu plus loin: "Sarkozy vit comme Dieu en France". Vous trouvez cela exagéré? A vous de juger:

-Sarkozy Ier a ses quartiers dans la garçonnière de Louis XV, 300m2 où les fleurs doivent être toujours fraîches. Le tout pour la modique somme de 280 000 euros par an. (Et je ne crois pas qu'il paye de taxe d'habitation.)
-Les voyages privés de son altesse se font toujours dans un avion vide. Elle doit pouvoir retourner à Paris en cas d'urgence.

-Pour ce qui est du service - car il faut bien faire vivre la Cour -, elle bénéficie de 61 autos, 2 Airbus et 6 Falcon Jets (le plus récent, de 60 million d'euros a été baptisé "Carla" - amour, quand tu nous tiens!). Le chef de l'état possède deux fois plus d'employés que la reine d'Angleterre, soit près de 1000 personnes à son service (ensemble tout est possible). Le Roi et sa favorite peuvent manger à toute heure; aussi la cuisine est en activité en permanence. Les chefs cuisiniers peuvent taper librement dans la cave à vin de l'Elysée. Ceci expliquant cela, on y boit pour un million d'euro par an. Mais les visites fréquentes de Borloo y contribue peut-être.

Ex�cution de Louis XVI (21 janvier 1793)
Après cela, notre confrère outre-Rhin se demande pourquoi aucun vent de protestation ne vient ébranler le palais de Sardanapale. Il fournit une raison toute simple: Sarkozy est le successeur du Roi-Soleil, Carla est une autre La Vallière - en plus svelte me direz-vous, mais les critères de beauté ont changé. Les Français n'ont jamais pu se passer de leurs rois en somme. Tant qu'à faire, j'aurais aimé un type qui présente un peu mieux - Louis XIV, quoiqu'on en dise était très grand, tout comme Louis XVI, qui faisait plus d'1m90. Tant qu'à me faire sodomiser, autant que cela se fasse par un type qui a un minimum de classe, quoi. Moi, personnellement, je pense plutôt à la revanche détestable et mesquine du parvenu. Cest un petit avorton contrefait, ce Sarkozy, un vilain immigré qui a gravi les échelons et se sent vivre à présent en écrasant le pays qui l'a accueilli. Que les Français se taillent les veines pour lui, qu'est-ce qu'il en a à foutre? Ses parents sont venus de Hongrie et de Grèce juste pour s'engraisser sur notre dos.

Oh! encore une fois, je suis jaloux! Les miens on fait pareil. Et c'est vrai que j'ai pas aussi bien réussi. 

Petite précision: si vous aimez l'allemand, voici en lien l'article du confrère outre-Rhin, link

Par Eminescu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 28 octobre 2009

           Voici donc la deuxième partie de L'envers du décor (les publications en ligne), petite nouvelle impertinente comme je sais les faire. Vous m'en reparlerez. Et surtout n'oubliez pas de cliquer sur les liens: ça fait partie du délire.

 

             Je lui racontai par le menu toutes mes petites galères, les boulots instables et la crise. Je lui dressai au passage un tableau sombre de Saint Etienne : une ville misérable, pleine de cas soc’ et de clodos.

            -Attention, parle pas mal des clochards… Je veux dire, c’est pas facile pour eux. Ils ont juste leur chien. (link)

            Il pinça dans le même temps l’oreille d’un des jeunes hommes ; ceux-ci n’arrivaient à rentrer dans aucune discussion. Et ils regardaient d’un œil distrait quelques personnes qui s’étaient mises à danser sur un petit espace entre les tables.

            Widgy, quant à lui, travaillait dans la com’. « Publicis ». Il gérait tout le côté design, mise en forme, langage du corps. Il accompagnait chacune de ses phrases de gestes des mains et des épaules qui m’aidaient à mieux le comprendre.

            -Chez nous, on ne connaît pas la crise. Au contraire, les entreprises ont besoin de nous plus que jamais pour vendre.

            Je le trouvais fin, intelligent. J’étais comme sur un petit nuage. On parlait littérature, politique, actualité…

            Tout à coup, Widgy s’interrompit, se tourna vers le bar-man. Ce dernier s’en alla fermer la porte du bar. Nous étions encore une dizaine à l’intérieur.

            -Pourquoi il ferme ? On est pas encore sortis ?

            -Une heure du mat’, mon grand. On passe aux choses sérieuses… Viens !

08.jpg            Le bar-man avait tourné plusieurs de ses bancs rembourrés sur la piste de danse. Les lumières tamisées y projetaient des halos pourpres et violacés. Les Oniriens se levèrent. On se serait cru dans la grande cérémonie d’Eyes wide shut. Adénora, malgré sa forte corpulence, se positionna étrangement sur l’un des sofas, la tête en bas et le derrière pointant au-dessus du siège. Sa robe longue, tout naturellement, retomba. Elle ne portait pas de culotte. Elle écarta enfin ses grosses jambes blanches, comme une gymnaste.

            -C’est sa position préférée, me confia Widgy.

            Et il fit s’allonger un des petits jeunes, le défroqua précipitamment et se mit à lui secouer la bite comme un cocktail. Le membre se dressa, il s’assit dessus avec un cri de plaisir.

            -Tu vois, me dit-il entre deux râles, j’appelle… ça… l’en-cu-lade. Oh ! c’est bon.

            Pendant ce temps, une jeune fille nue et tout à fait charmante apporta un godemiché géant – il devait faire deux mètres de long - ; les veines mêmes y étaient représentées et le prépuce en était retroussé. Le prenant par les testicules, elle se positionna face à Adénora et tendit le gland à une deuxième jeune fille qui se trouvait de l’autre côté. La matière de l’objet était molle, lisse, légère. Elles l’appliquèrent sur la fente de la cinquantenaire et tirèrent et poussèrent chacune à leur tour. On eût dit qu’elle voulait la scier en deux.

            Le plastique s’enfonçait si profondément dans les moiteurs intimes de la dame que je tournai la tête. Alors je vis Sallimara assise, entièrement nue, entourée d’un homme et de deux femmes. L’homme se servait de son vagin comme d’un verre : il y versait du rosé qu’il buvait goulûment. (link) Et les deux femmes utilisaient chacune une oreille décollée qu’elles faisaient passer entre les lèvres de leur sexe.

            -Eminescu !… Prépare-toi !

            Widgy m’appelait. Le premier jeune homme se rhabillait tout penaud. Son pénis enduit de caca retombait tandis qu’il se reboutonnait. La verge tendue du deuxième touillait le gros intestin de Widgy, lui faisait pousser des râles moins espacés, plus aigus. Il lui sortit enfin de l’anus une merde liquide qui se déversa sur les poils de sa monture.

File:Juliette Sade Dutch.jpg            -Allonge-toi, Eminescu. Il m’en faut un troisième.

            Mes cheveux se dressèrent sur mon crâne, une peur irraisonnée me glaça le visage.

            -Non… non, balbutiai-je.

            -Allonge-toi, je te dis ! J’ai besoin de trois enculades pour jouir !

            Face à tant d’insistance, je partis en courant, trouvai la porte fermée ; je traversai à nouveau la pièce en renversant le bar-man qui voulait me retenir. Je me barricadai dans les chiottes. Quelques maîtres oniriens frappèrent à la porte.

            -Ouvre, Eminescu, on te fera rien.

            Ils avaient abusé de ma crédulité une fois, ils ne m’auraient pas ce coup-ci.

            Je cassai la vitre des toilettes avec un coup de coude qui me vint d’on ne sait où. J’en raclai les verres coupant avec la brosse à chiotte et, montant sur le trône, je me glissai dehors tel un ver de terre. J’atterris dans la cour intérieure de l’immeuble. Je gagnai ainsi la rue. Widgy était sorti du bar.

            -Je t’aurais, Eminescu, je te promets que je me vengerai, salaud !

            Il faisait encore froid et je dus arpenter longtemps les rues de Paris, en attendant mon train.

            Quand je me connectai, de retour dans mon appart’ de la Cotonne, je découvris que mon texte avait été publié sur Oniris, mais les maîtres oniriens m’en avaient voulu de leur avoir fait faux-bond, Widgy surtout, que j’avais frustré de sa troisième enculade.

            Voici les commentaires que je reçus : link.  

Par Eminescu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 26 octobre 2009

             Comme tout écrivain, je rêve d’être publié, de rencontrer d’autres auteurs et de parler avec eux de littérature. Au mois de mars de cette année, je rentrais chez moi bien las. J’avais fait le tour de toutes les agences intérim de Saint E’ sans décrocher la moindre mission. Putain de crise. Il me fallait gagner de l’argent ou au moins espérer des lendemains meilleurs. Et puis je sais pas pourquoi, j’eus un sursaut d’orgueil : tout à coup je décidai de me prendre en main. Et quoi ! J’avais dans mes tiroirs deux romans, un recueil de poèmes et quantité de nouvelles, pourquoi ne pas les publier sur le web ? Acquérir peu à peu une certaine notoriété? Savoir comment les autres s’y Diderot par Louis-Michel van Loo, 1767.prennent ? Soumettre tout simplement mes textes à l’avis des internautes.

            Je tapai "roman", "publication en ligne" et je tombai sur ceci : link

            Bref coup d’œil sur cette liste assommante. Je saute les liens commerciaux et me contente des premiers sites référencés. Oniris. Cela sonne étrangement. La racine grecque du rêve et un suffixe qui donne au tout les allures d’un dieu égyptien mystérieux.

            J’étais crevé. Les écrans d’ordinateur me fatiguent les yeux, me surchauffent la cervelle. Je créai un compte utilisateur, laissai mon plus beau poème (link) et une nouvelle sympa (Le cigarillo ). Je mangeai enfin une assiette de pâtes-ketchup avant d’aller me coucher.

            (Oui, je sais, Le cigarillo est sans prétention, et alors ? Je sais pas, vous croyez que la Cafetière de Théophile Gautier frôle le sublime ? Relisez-la. La simplicité n’est pas sans charme, elle est souvent préférable à l’affectation.)

            Je reçus le message qui suit (link), le lendemain, accompagné d’un mail d’un certain Widgy. Il voulait bien m’héberger sur Paname afin de faire connaissance. Ils étaient d’ailleurs plusieurs potes d’Oniris à vouloir « échanger » avec moi.

            Quelle nouvelle ! En quelques clicks, et par hasard, je venais de me faire de nouveaux potes ! Et pas n’importe lesquels, des potes écrivains !

            Je raclai mes fonds de tiroir afin de trouver l’argent nécessaire au billet. Quelques heures de voyage et me voilà qui sort du TGV avec en main l’adresse qui accompagnait le mail de Widgy.

            "10 rue de la Bretonnerie, Ive arrondissement." Il était huit heures et la nuit recouvrait la ville. Mon séjour à Paris remontait à quelques années et je dus me repérer sur les quelques cartes, éparpillées au hasard des rues, pour parvenir à une ruelle bondée de gens très minces au crâne rasé. J’arrivai dans un bar sombre, au murs verts et violacés. Le plafond bas était soutenu par des piliers habillés de miroirs.

            -Vous cherchez quelqu’un ? me demanda le serveur.

            Visiblement j’avais pas la dégaine. Et pourtant je m’étais coiffé, j’avais sorti le meilleur jean de ma garde-robe.

            -Oui, des amis écrivains… d’Oniris.

            -Ah, à la table du fond.

            Il accompagna ses paroles d’un signe de tête, me laissa en plan, brusquement, pour accueillir d’autres clients.

            « Le fond », c’était assez vague. Pas facile de trouver des gens dont on n’a vu que l’avatar sur un site internet. J’allai essuyer de vilaines rembarrées à demander à droite et à gauche.

            Et puis j’aperçus un grand gars aux cheveux courts, très bruns. Il avait une tête toute marrante, perché sur un long cou, avec des lunettes au contour de plastique. Cela correspondait à la photo (link) qui lui servait d'avatar. Oui, ce ne pouvait être que lui. D’autres têtes se levèrent ou se tournèrent tandis que j’approchai : une cinquantenaire corpulente, un peu pince-sans-rire, une fille un peu plus jeune aux lèvres gonflées, aux oreilles décollées, deux petits gars avec un je ne sais quoi de timide et de renfrogné sur le visage.

            -Eminescu, je présume, fit Widgy en me tendant la main. On t’attendait… Assieds-toi. Je vais commander un cocktail pour toi.

            Il avait une voix aiguë, mais suave.

            -Je te présente le comité de lecture d’Oniris, t’as là tous les maîtres oniriens. Je commence par la doyenne… je plaisante ! hi !… Adénora, ici Sallimara (il s’agissait de la jeune femme aux oreilles décollées), enfin Laurent et Steevy. Les autres sont à côté.

            Il éleva la voix.

            -Eminescu, un nouveau membre d’Oniris.

            On me souhaita la bienvenue.

            Visiblement j’avais interrompu une discussion littéraire agitée. Les deux expertes oniriennes parlaient des textes qu’elles avaient reçues : certains comportaient des gros mots ou des expressions familières. La plus vieille, qui devait être prof, était outrée.

            -Surtout qu’ils font des phrases trop longues, on comprend pas ce qu’ils veulent dire.

            Et moi qui avais laissé traîner un ou deux gros mots dans ma nouvelle. J’allais leur parler de mon cas et proposer de retoucher mon texte quand Widgy intervint. Il laissait sa tête reposer dans sa main tout en me regardant.

            -A part ça, tu fais quoi dans la vie, toi ?

           
(A suivre...)

Par Eminescu - Publié dans : Nouvelles drolatiques - Communauté : ecrivains en herbe
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 10 octobre 2009

Les polémiques d'ordinaire me laissent de marbre. Je ne m'abaisse pas aux querelles partisanes. Lorsque j'ai entendu parler de cette affaire Polanski, il y a quelques temps, j'avoue que j'ai trouvé l'histoire un peu grosse. On arrête un type plus de trente ans après les faits, pour une sombre histoire de moeurs, et dans un pays où il s'est rendu maintes fois. Tous les artistes biensûr ont fait corps autour du malheureux. Pétitions et déclarations de soutien à l'emporte-pièce.
Et ils ont bien fait, car ils m'ont ouvert les yeux sur l'état réel de ce foutu pays.
J'ai appris ainsi qu'il était question d'une gamine de treize ans, droguée et sodomisée, que le coupable a pris la fuite, s'est fait naturalisé Français et qu'il a acheté le silence de la victime. La prescription n'existe pas aux Etats-Unis. Le cinéaste a tout simplement été rattrapé par la justice du pays où il a commis un crime. Il sera jugé et condamné comme il aurait dû l'être il y a plus de trente ans.
Alors pourquoi le défend-on? Et en quoi consiste la défense du criminel?
Frédéric Mitterrand, en 2008.Premier argument: c'est un grand artiste. Evidemment cela lui donne tous les droits. Les BHL et Frédéric Mitterrand défendent leur corporation de la même manière qu'un syndicat défend toujours ses ouvriers contre leurs patrons.

Et puis Frédéric Mitterrand n'était pas clean sur le sujet. Dans un live paru en 2005, La mauvaise vie, il raconte ses petites virées en Thaïlande; recherche excitante de "gosses" et d'"éphèbes". Quelle impertinence! Comme notre auteur germano-pratin sait bien choquer le bon bourgeois! Ca c'est de la littérature dans la lignée de Sade, de Gide, de Nabokov! Sauf qu'il est devenu entre temps ministre de la culture et qu'il est censé me représenter, le sodomite. Un auteur n'a guère de compte à rendre sur ce qu'il écrit, un représentant du peuple un peu plus. Alors il passe à la télé, link, le dégoûtant, et de sa voix perverse et doucereuse, de sa vilaine bouche lippue et sensuelle, il vient expliquer aux gens que les "gosses" et les "éphèbes" de son livre sont en réalité des types de quarante ans, qu'il en a pas touché de plus jeune. Il est formel... Merde. Quand bien même il aurait eu affaire à des "boxeurs" de quarante ans, il s'est vanté d'avoir participé - il a participé! - au tourisme sexuel, cette ignoble avatar du colonialisme, cette impunité que les riches s'arrogent à l'encontre des pauvres, par laquelle ils assouvissent, dans ces pays, des plaisirs immondes qu'ils ne peuvent satisfaire dans le leur.
On en arrive à l'interview consternante de Finkielkraut. Il est invité sur le plateau de France Inter, le philosophe, interrogé par Nicolas Demorrand. Très énervé au sujet de l'affaire Polanski, il nous explique que tout cela vient d'Internet, d'un lynchage médiatique organisé. Les gens détestent les élites; ils sont jaloux. Comme défense d'un pédophile, on l'attendait pas Alain Finkielkraut en juillet 2009 (Bruno Coutier/Nouvel Obs/Sipa)celle-là. La jeune fille avait un petit copain, une sexualité, elle posait nue dans des magazines, c'était une espèce de délurée qui a obtenu ce qu'elle cherchait. Je répète en substance les propos du philosophe, je ne déforme rien, je n'aggrave nullement les choses. Aussi je place ici le lien avec l'interview:
link. Des arguments effarants, dignes de n'importe quel violeur ("C'était une salope, elle se tordait le cul sous mes yeux"). J'aurais bien aimé voir ce qu'il penserait de la chose si un gros dégueulasse enculait sa gamine, qui doit bien porter des strings et avoir des petits copains.  Alain Finkielkraut, le philosophe, le polytechnicien, se trouve face à un certain Yves Michaud, un type calme et posé qui démonte toute son argumentation et fait ressortir sa méconnaissance du sujet. Yves Michaud, le personnage réjouissant de cette interview.
Dernier argument - que l'on attendait: oui, mais Polanski est juif polonnais. Ses parents sont morts à Auschwitz. Il a connu le Nazisme et le Communisme. Cela peut expliquer son acte, en aucun cas l'excuser, comme le fait remarquer un auditeur. A ce compte-là, Hitler n'est pas responsable de ses crimes puisque son père le battait quand il était petit. On ne peut plus accuser un juif de quoi que ce soit. Kouchner a magouillé avec des gouvernants africains. Juif, argent: antisémitisme! DSK est un sale libidineux qui ne peut pas se retenir: antisémitisme. On attrape un juif en cavale: déportation, persécution, pogrom. 
Finkielkraut défend Polanski parce qu'ils partagent tous deux une même religion, les mêmes origines. Il faut le voir, Alain, sur la vidéo, remuer sur sa chaise, agiter les mains derrière Michaud. Seul contre tous, il ne pouvait que se dire atterré, inquiet, désespéré.
On en vient à se demander au final dans quel pays on vit. Kouchner a pris lui aussi la défense du cinéaste, il aurait même appelé Hilary Clinton. (Mais elle ne pouvait rien faire; dans son pays au moins, la justice est indépendante.) Tout cela pour les mêmes raisons que le corréligionnaire cité plus haut. Il est question d'un violeur en cavale, doit-on lui offrir un traitement de faveur parce qu'il est juif et défendu par des juifs internationaux? (Je place ici une vidéo à l'appui: link)
Ils ne veulent pas de théorie du complot - je ne mange pas de ce pain-là - , mais pourquoi font-ils tout pour qu'on y croie?
Mais il faut voir plus large.
Cette affaire, aussi accablante qu'elle soit, fait ressortir le divorce entre les élites et les masses, et surtout l'esprit de caste de ces mêmes élites. Les Finkielkraut et BHL participent à toutes les polémiques et viennent nous expliquer depuis des années ce que l'on doit penser sur tous les sujets. Ce sont des intellectuels, ils ont écrits des livres, il faut toujours s'en référer à eux. A présent on comprend qu'ils manipulent les masses avec pour ligne de mire leur propre intérêt.
Je déteste la Révolution française - ce fut une hypocrisie inutile et sanglante; mais je me demande à présent s'il n'est pas nécessaire parfois de liquider les élites. Je ne dis pas que j'y participerai, que je lancerai le mouvement: par leurs scandales, nos élites l'amorceront d'elles-mêmes.

 

Par Eminescu - Publié dans : Commentaires, rélexions, etc.
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 31 août 2009

             Dans le calme ouaté de son auto, l’on vit dans un petit monde clos, et bien que les vitres donnent au-dehors sur la route et les paysages qui défilent. La radio nous met en relation avec des réalités lointaines. Et elle grésillait par moments à l’intérieur de sa Ford.

            -Il faudra que je prenne de l’essence, mon cœur, on en aura pas assez demain pour aller chez mes parents.

            Par-dessus sa cuisse recouverte d’un pantacourt beige, Christophe fouilla dans le caisson de sa portière ; il cherchait sa carte bleue. Un paquet de cigarette, des lunettes de soleil, un papillon, divers tickets, mais pas de carte. Il lui faudrait rentrer à l’appart’ et retourner prendre de l’essence. Sa carte devait se trouver dans la poche avant de son sac à dos. Temps pis. Il prendrait celle de sa copine ;

            Ils revenaient d’un bar où il avait bu plusieurs bières en ce dimanche après-midi. Tous deux auraient bien voulu se promener dans les prés fauchés, s’allonger près d’un lac sauvage, mais les nuages s’étaient amoncelé peu après leur départ, le ciel s’était assombri comme si l’hiver était revenu ; et ils avaient essuyé par intermittence de violentes averses.

            Christophe se rendit compte que les bières lui avaient donné envie de pisser. Non pas une de ces envies qui pèse comme une pierre sur tout le bas-ventre, qui fait imaginer la douleur d’une vessie qui éclate sous un coup de pied, dans un accident, mais une envie qui gâche un bon film ou empêche de jouir pleinement quand on fait l’amour. Il se dit que cette envie le gênerait pour prendre son essence, s’acquitter d’une tâche qui lui demandait un minimum de concentration : machine à carte où il craignait de se tromper de carburant, un pistolet toujours du mauvais côté, toujours trop court, les gens qui attendent derrière et vis-à-vis desquels il craignait de se ridiculiser.

            Il décida de se débarrasser de son envie de pisser. Il attendit un peu cependant, car il venait de doubler dans une ligne droite assez courte et craignait que l’auto le croise un peu plus loin en train de se soulager la vessie dans un fossé. Qu’en aurait pensé le petit vieux à l’intérieur ?

            -Je crois que je vais m’arrêter pour faire pipi, mon cœur.

            Dans la départementale qui descendait, la radio se mit à grésiller, il s’arrêta dans un virage ancien dont la courbure avait été adoucie et qui formait comme un chemin abîmé à côté de la route principale.

            Christophe ouvrit la portière, sortit dans le grand air humide. Un vent frais hérissa les poils de ses mollets dénudés. Il gravit un petit talus afin d’échapper au regard des conducteurs qui arrivaient tant d’un côté que de l’autre. La sensation de froid sur les pieds lui fit faire instinctivement de petits bonds, qui ne lui permirent pas d’éviter les gouttes d’eau des grandes herbes, mais amusèrent sa copine qu’il vit sourire à travers les reflets nuageux du pare-brise. Puis il marcha quelque peu, parmi les grands épicéas, sur un matelas d’épines sèches. Il marcha parmi ces géants calmes qui bruissaient, se balançaient de manière imperceptible. Il ne voyait plus son auto, il ne voyait même plus la route.

Par Eminescu - Publié dans : Nouvelles quotidiennes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 22 août 2009

            C’est le poème le plus connu d’Eminescu que je livre ici. Il est le classique des classiques des écoliers et étudiants roumains et, suite à sa parution, une revue a même changé de nom pour prendre son titre. Une précision d’ailleurs pour qu’il n’y ait pas de malentendu : on trouve plus souvent cette œuvre sous la traduction d’Hypérion, le titre original étant Luceafarul.

            Je ne m’attarderai pas à développer un long commentaire qui gâcherait la lecture de tous ceux qui naviguent sur mon blog. Je mets plutôt en lien un article très fouillé sur le sujet et tout à fait intéressant : Le mythe de l’Ange déchu chez Eminescu, Lamartine et Vigny (http://ressources-cla.univ-fcomte.fr/gerflint/Roumanie3/vanhese.pdf). Tout ce que je puis en dire, c’est que je trouve dans ce poème tout ce qui constitue pour moi l’essence même de la poésie. Le Romantisme avec Eminescu jette ses derniers feux –on est en 1883, il est même mort en France depuis trente ans - mais ce n’est pas en Roumanie un pâle reflet de grandeurs passées, mais bien plutôt un final époustouflant. Notre poète n’est pas un attardé qui se serait complu dans les thèmes éculés de ses prédécesseurs, dans un lyrisme factice, il a su renouveler le mouvement par ses lectures de Schopenhauer et des Upanishad. Que l’on goûte seulement le mysticisme qui traverse toute l’œuvre, que l’on médite sur les deux hypostases de l’astre du soir : n’a-t-on pas chacun cette soif d’unité, de fusion impossible, ne porte-t-on pas en nous ces deux amours contradictoires : l’un lumineux, l’autre ténébreux, celui qui s’élève et celui qui s’abaisse ?

            Je regrette finalement de ne pas livrer à mes lecteurs une meilleure traduction ; et je voudrait qu’ils pussent apprécier l’original dont je fournis le lien: http://www.mihaieminescu.ro/opera/poezia/luceafarul1_2.htm.

 





L’astre du soir



Dans ce vieux conte il y avait
Une belle pucelle, l’image
De la beauté qui fait rêver,
Née d’un royal lignage,

Enfant aux charmes uniques et maints,
Dans tout ce qu’est sans égale,
Comme la Vierge parmi les saints,
La lune face aux étoiles.

Elle se dirige de son pas lent,
Sous l’ombre des fières voûtes,
Vers la fenêtre où l’attend
L’Astre du Soir, sans doute.

De là elle aime voir comme il tend
Ses rais de lumière
Et guide les noirs bateaux géants
Sur leurs voies éphémères.

Le contemplant jour après jour,
Elle lui dédie son âme.
L’ayant vu si belle, à son tour,
Il s’éprend et s’enflamme.

Quand elle repose sur ses frêles bras
Son front, sur l’embrasure,
Elle sent le vif désir qui a
Rempli son âme si pure.

Et lui scintille vivement
Chaque nuit vers la fenêtre
Du vieux château, quand il s’attendeminescu
Qu’elle va réapparaître.

*

Et pas à pas il la poursuit,
Dans son alcôve il glisse.
Les froides lueurs de la bleue nuit
En charmes ardents il tisse.

Et quand elle va au lit enfin,
Il touche d’une aile légère
Ses frêles bras et ses blanches mains
Et ferme ses paupières.

Reflet dans un miroir vieux,
Il se repend sur elle,
Sur ses fermés et grands yeux,
Et sur ses joues si belles.

Elle, en son beau rêve, lui sourit.
Dans le miroir il tremble,
Car un désir fou il nourrit
Qu’ils soient toujours ensemble !

Dans son sommeil la fille dit
D’une voix douce, soupirante :
"Viens vers moi prince des nuits,
Je suis dans ton attente !

Astre suave, descends des cieux
Sur un rai de lumière,
Pénètre-en ce château vieux
Pour que ma vie s’éclaire !"

Il tremble tout en l’écoutant,
Et son éclat redouble.
Puis, comme un long éclair géant,
Saute dans la mer, qu’il trouble.

Grandes vagues rondes se lèvent où
Il perce la surface,
Et des eaux monte tout d’un coup
Un jeune homme plein de grâce.

Dans sa main droite des verts roseaux
Font couronner son sceptre.
Il passe comme sur un seuil le haut
Rebord de la fenêtre.

Qu’il est un prince on aurait dit,
Aux tresses d’or pur, et molles.
Un mauve suaire, son seul habit,
S’accroche à ses épaules.

Son beau visage triste et dolent
Est d’une pâleur de cire :
Un mort sublime aux yeux vivants
Qui brûlent et qui attirent.

"Pas aisément, à ton appel,
J’ai déserté ma sphère.
Mon père béni est le bleu ciel
La mer qu’on voit, ma mère.

Pour arriver entre ces murs
Et si près de toi être,
J’ai du quitter ma voûte d’azur
Et dans les eaux renaître.

Laisse, ma chérie, ce vieux manoir
Ton monde de tristesse !
Moi, le céleste Astre du Soir,
Te veux comme sa princesse.

Dans l’océan et ses palais
Tu survivras des âges.
Tu régneras comme il te plaît
Sur tout ce qui bouge et nage !"

"Tu es beau comme en rêve seulement
Un ange se rend visible.
Mais prendre la voie que tu viens
D’ouvrir m’est impossible.

Etranges tes mots, ton vêtement,
La mort règne sur ta face,
Car tu n’es pas comme moi, vivant,
Et ton regard me glace !"

*

Un jour s’écoule et deux et trois,
Le calme soir s’achève.
L’Astre du Soir elle revoit
Et son éclat de rêve.

Le souvenir du beau seigneur
L’âme de la fille torture.
Et quand l’amour reprend son coeur,
Elle, dans son rêve, murmure :

"Astre suave, descends des cieux
Sur un rai de lumière,
Pénètre en ce château vieux
Pour que ma vie s’éclaire !"

Il est saisi par un profond
Chagrin, et puis s’efface.
Le ciel commence à tourner en rond
Autour de sa vieille place.

De flammes rouges courent en recouvrant
Le ciel d’un feu énorme,
Et des vallées du grand néant
Un beau jeune homme prend forme.

Ses noirs cheveux sont couronnés
Par un nimbe solaire,
Ses pas le font vraiment flotter
Dans l’air et la lumière.

Du noir linceul, des bras taillés
En marbre blanc s’étalent.
Il vient pensif et attristé
Et son visage est pâle.

Ses yeux magnifiques et grands ont
La chimérique fièvre
De deux inassouvies passions
Qui brûlent dans les ténèbres.

"Pour t’obéir, encor j’ai dû
M’arracher à ma sphère.
Ma mère est la bleue nuit dessus
Et le soleil mon père.

Laisse, ma chérie, ce vieux manoir,
Ce monde de tristesse !
Moi, le céleste Astre du Soir
Te veut comme sa princesse !

Tu va porter dans tes cheveux
Des diadèmes d’étoiles
Tu régneras sur mes bleus cieux
Comme leur beauté royale !"

"Tu es plus beau que le démon
Qui dans mes songes m’enivre,
Mais ma réponse est toujours : Non !
Je ne vais pas te suivre !

Ton cruel amour me brise le coeur
Et ça parce qu’il t’adule !
Mes yeux sont lourds, pleins de douleur
Car ton regard me brûle !"

"Comment devrais-je du ciel
Pour t’apaiser descendre ?
Comprends donc : je suis immortel,
Et tu es faite de cendres !"

"Seigneur, choisir mes mots cette fois
N’est pas du tout ma cible.
Tes mots sont clairs, néanmoins pour moi
Sont incompréhensibles !

Mais si tu veux mon coeur, ma foi,
Et que toujours je t’aime,
Renonce à ta haute sphère et sois
Mortel, tout comme moi-même !"

"Tu veux que l’immortalité
Pour un baiser j’échange ?
Alors tu cesseras de douter
De mon amour, bel ange.

Je veux renaître du péché,
Qu’une autre loi m’embrasse !
J’ai un seul lien : l’éternité,
Et ce lien je le casse !"

Il part alors, part loin, très loin.
À cause d’une belle jeune fille,
Pour des semaines au ciel son coin
N’eut plus d’astre qui brille.

*

Dans ce temps là, jeune Quetelin
Le plus malin des pages,
Qui, à la table, sert le vin
Et sait tous les cépages,

Qui aide la reine, courtois, gracieux,
À supporter sa traîne,
Enfant trouvé sans feu ni lieu,
Aux yeux beaux mais sans gêne,

Et aux joues très belles rassemblant
À deux pivoines rouges, fines,
Va, se faufile, tout en guettant
La jeune Queteline.

"Elle est déjà une vraie beauté
L’amie de mon enfance !
Ma foi, tu dois pas hésiter :
Vas essayer ta chance !"

Quand une fois elle croise son chemin,
Il arrête la jeune fille.
"Mais qu’est ce que tu veux, Queatelin ?
Vas-t’en, laisse-moi tranquille !"

"Qu’est ce que je veux ? Que tu ne sois
Plus si pensive et triste !
Un seul baiser, ça t’aidera
De prendre d’autres pistes !"

"Je n’en sais rien de ce que tu veux.
Vas-t’en, sinon je crie !
L’Astre du Soir n’est plus aux cieux,
Ma vie est comme finie !"

"Si tu ne sais pas, je t’apprends
L’amour, tout, page par page.
Un peu de patience ça prend,
Donc, je t’en prie, sois sage.

C’est comme une danse : quand mon bras droit
Se lève, sois pas inerte :
Levant ton bras gauche, approche-toi
Et prend la main offerte.

Tes beaux yeux dans les miens, allons
Nous regarder sans trêve !
Et hausse toi-même sur tes talons
Quand vers moi je te lève !

Quand mon visage penche vers le tien,
Hausse vers moi ton visage,
Et sauf ça il ne voudra rien
Voir toute sa vie, ton page !

Et si tu veux que ta leçon
D’amour soit tout entière,
Quand je t’embrasse de cette façon,
Fais de la même manière !"

La fille écoute en rougissant,
Mais ses yeux pétillent.
Elle ne veut pas et veut pourtant
Et se défend gentille.

Puis elle dit tout bas : "De toi
Je suis très familière :
Bavard et fainéant, sans foi,
Nous ferions une paire !

Mais du silence de l’oubli
Un astre doux se lève
Qui l’horizon vaste, infini
Des mers pour moi relève.

Mes paupières sont pendant la nuit
Tout rouges et pleines de larmes,
Quand, en hâte, chaque onde s’enfuit
Vers lui, envers son charme.

En scintillant pour moi d’amour,
Il me console si tendre,
Mais il s’en va plus haut toujours
Ou je peux pas m’étendre.

Il n’envoie que ses rayons froids
Du monde qui nous sépare,
Mais j’aimerai toujours, je crois,
Ce beau et lointain phare !

Ainsi mes tristes jours s’en vont
Dans un désert horrible
Et toutes mes nuits sont pleines de son
Charme incompréhensible !"

"Oh, tu es enfantine, c’est tout !
Prends avec moi la fuite !
Ne laissons aucune trace de nous
Pour qu’ils cessent leur poursuite ! .

Pour être sain on doit penser
Que le bonheur existe !
Soyons heureux et oublie ces
Rêves avec d’astres, tristes."

*

L’Astre du Soir s’en va levant
Ses fortes ailes dans l’espace.
Son vol magique, dans chaque instant,
Mille galaxies dépasse.

Un ciel d’étoiles en dessus,
Dessous un ciel d’étoiles,
C’est un éclair droit, continu
Qui erre sans escale,

Tandis qu’aux vaux du grand néant
Des autres lumières naissent,
Comme dans le jour sans jour avant,
En surgissant sans cesse

Et puis s’étalent partout autour
Dans des mers lumineuses.
Il vole porté par son amour
Jusqu’à une marge tout creuse.

Où il arrive il n’y a pas
Des bornes, des frontières,
Et ni du temps marquant les pas
Des successives ères.

Mais il y a dans ce noir néant
Une grande soif qui l’aspire
Et l’engloutit comme l’aveuglant
Oubli sans point de mire.

"Les univers tous vont chanter
À ta gloire quand, mon Père,
Du poids de mon éternité
Ta bonne grâce me libère.

Je payerai n’importe quel prix
Pour que mon sort Tu changes,
Car Toi, la source de tout ce qui vit
Es Maître du Noir Ange.

Reprend mon immortalité,
Et de mes yeux leur flamme,
Je veux pour tout ça la beauté
Du saint amour d’une femme !

Car du chaos je suis levé,
Que le chaos m’embrasse,
C’est du repos que je suis né,
Repose-moi, par Ta grâce !"

"Hyperion, astre levé
Avec des mondes énormes,
Ne me supplie pas d’achever
D’exploits sans nom ni forme !

Être humain c’est ton désir,
Toi-même comme les hommes être ?
Si tous les hommes devaient mourir,
D’autres humains vont naître.

Ils pensent que de leur vie, leur sort
Seules les étoiles décident.
Nous ignorons le temps, la mort,
L’espace dans notre vide.

Le permanent, noir abysse d’hier
Crée tout et tout efface. :
Lorsqu’il surgit, un soleil fier,
Un qui se meurt remplace.

La mort toujours va engloutir
Tour ce qui doit paraître,
Car tous s’ils naissent c’est pour mourir
Et meurent juste pour renaître.

Mais toi, n’importe sous quel ciel,
Hyperion, tu restes
Un vrai miracle éternel
Parmi les choses célestes.

D’ailleurs tu veux mourir pour qui ?
Retourne à ta place
Près de ce globe et cette fois ci
Vois mieux ce qu’y se passe !"

*

Hyperion donc retourna
À sa prescrite, vieille sphère,
Et il répand comme autrefois
Sa douce et claire lumière.

La nuit déjà remonte en haut
Car le beau soir s’achève.
La pleine lune, sortant des eaux,
Tout lentement se lève.

Ses rais inondent les sentiers
Frôlant les roseaux souples.
Un des plus vieux tilleuls altiers
Abrite un beau jeune couple.

"Mon aimée, je veux reposer
Sur ta poitrine ma tête,
Et dans tes grands yeux regarder
Le ciel qui s’y reflète !"

Hyperion, d’en haut, voit tout :
Comme eux-mêmes se surprennent !
À peine il a touché son cou,
Qu’elle en ses bras l’entraîne !

Les vieux tilleuls effeuillent leurs fleurs
En embaumant le monde,
Et de pétales s’attachent à leurs
Luisantes tresses blondes.

Ivre d’amour elle lève ses yeux,
En frémissant sans cesse.
Voyant l’Astre du Soir aux cieux,
Ses vieux désirs renaissent.

"Que le charme froid de tes rayons
Pénètre ma pensée
Pour que la flamme de mes passions
S’éteigne toute apaisée

Reste au dessus de moi toujours
Et ma douleur achève,
Car tu es mon premier amour
Et mon dernier beau rêve.

Astre suave descends des cieux
Sur un rai de lumière,
Apporte en cette forêt tes feux,
Et ma bonne chance éclaire !"

Quand il l’entend, il tremble encor
Une fois. L’océan se ride,
Mais l’Astre mène vers leur bon port
Les grands bateaux qu’il guide.

Il ne quitte plus le ciel cette nuit
Et l’univers s’apaise : .
"Que ce soit moi ou bien autrui,
T’importe image de glaise ?

Vivez dans votre coin étroit
Vos chances éphémères
Tandis que, immortel et froid,
Je reste dans ma sphère !".

1883 - Traduit du roumain par Dan Solomon

Par Eminescu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 21 août 2009

           Il s’installa, arrangea ses affaires d’une main un peu tremblante, lut le premier nom de la liste affichée sur sa porte et fit entrer un premier candidat. C’était un garçon roux d’assez petite taille qui avait bien travaillé ses textes. Il parlait d’une voix claire et lente, qui déraillait parfois, comme s’il ânonnait des choses qu’il ne comprenait pas. Puis, il y eut des filles : toujours très angoissées, elles se tenaient bien droites, souriaient parfois, essayaient de savoir ce qu’il en serait de leur note. Il trouva que certaines étaient trop sûres d’elles. Pour ce qui est des notes, il n’eut pas le temps de bien y réfléchir avec son système de passage ; il les écrivit au stylo sans trop appuyer, en se promettant d’y revenir, mais il oublia par la suite les visages des candidats et leur prestation. Il préféra gonfler les résultats, sachant qu’un élève ne se plaint jamais d’une bonne note qu’il ne mérite pas.

            Il retrouva sa voiture dans l’état où il l’avait laissée. Seulement, il avait fait chaud dans la journée et il lui sembla entrer dans un four dont l’air lui brûla les narines.

           Il ouvrit les vitres, démarra, regagna la petite ville de C. et son nouvel appart’.            C’est moite de sueur qu’il en poussa la porte. Il languissait de se défaire des beaux habits noirs qu’il avait mis pour l’occasion, le pantalon qui lui serrait l’entrejambe. Il se rappela de la grande baignoire au premier étage. Il se déshabilla, fit couler un bain. Alors que se faisait entendre le bruit de l’eau sur les parois de la baignoire, il fit tapoter ses pieds sur le plancher, se couvrit les parties intimes en passant devant une fenêtre et s’en alla prendre son gel douche, en bas. Il retira de son sac sa serviette, monta et s’allongea avec délice dans l’eau tiède. Alors il repensa aux plus belles candidates, aux plus belles poitrines, puis naturellement à sa compagne, une fille d’Alambe avec laquelle il sortait depuis des années. Il souleva le bassin par-dessus l’eau pour se masturber. Et il imaginait ce qu’elle lui ferait si elle était là : elle prendrait son sexe dans sa bouche, puis monterait sur lui en Amazone…

          Il nettoya la baignoire au moyen du jet de douche.

 

          Le lendemain, Christophe gagna plus facilement le lycée des Ribeyrines. Il fut même de bien bonne humeur avec ses candidats, des filles de L pour la plupart ; sur la fin, il leur glissait quelques mots à propos de leur prestation. Il les trouvait toutes excellentes. Le dernier candidat de la matinée était bien moins bon que les autres. On avait dû lui dire que l’examinateur était gentil et qu’il aimait parler des textes. Il ne savait rien, ridicule, mais essayait grossièrement de se faire bien voir. L’euphorie de Christophe retomba. Il mangea à l’extérieur avec des collègues plus âgés qu’il trouva bien suffisants. Décidément il n’était pas de leur monde.

          L’après-midi tourna au calvaire. Une grosse fille à la bouche de travers riait à chaque phrase d’une explication de texte pitoyable. Les autres le prirent un peu de haut, peut-être parce qu’il était jeune ou qu’il avait mal préparé ses questions. La fatigue lui permit à peine d’en finir avec les derniers candidats. Il mit ses notes un peu au hasard parce qu’il en avait marre. Dans la salle des profs, puis au secrétariat, il ne trouva pas trace de ses collègues. Le grand directeur aux cheveux gris rentra ses notes, fit une photocopie de son relevé, signa sa fiche de remboursement des frais de déplacement.

          Il se retrouva dans sa voiture, à croiser d’autres voitures auxquelles il ne prenait pas garde, s’arrêtait au feu sans faire attention. Il ne pouvait s’empêcher de mettre la radio et d’y chercher des chansons qui lui plaisaient, qu’il ne trouvait jamais. Il devait ouvrir ses vitres à cause de la chaleur, les refermer pour mieux entendre, ou monter le son - ce qui agaçait ses nerfs. Christophe se demanda s’il passerait une nuit de plus dans l’appartement de Dédette. Il décida que non. Il n’avait pas envie de rester seul, une nuit de plus, entre quatre murs vides. Il récupérerait son sac et retournerait chez ses parents.

          En se garant au lycée, il fit un petit signe timide à deux élèves qui jouaient au tennis. Il trouva son sac dans le couloir, vérifia plusieurs fois les plaques, les robinets.

Un collègue le croisa alors qu’il regagnait sa voiture. Ils burent tous deux plusieurs bières. Ce qui n’empêcha pas Christophe de rentrer chez lui par des routes de montagne étroites et tortueuses.

           Il n’avait donc passé que deux nuits dans l’appartement de la Dédette, mais il y avait laissé son sac le dernier jour.

           La tête lui tournait et il préféra penser à cela un peu plus tard.

          Le jeudi, il visionna plus ou moins les mêmes passages d’un film avec quatre classes différentes. Il n’arrivait pas à se consacrer à autre chose pendant ce temps. Les rideaux tirés l’empêchaient de lire sans se fatiguer les yeux. Puis il éprouvait le besoin de se sentir en symbiose avec ses élèves, de partager les émotions du film, qui devenaient ainsi plus intenses. Le lendemain, Christophe alla voir la Dédette pour lui régler son séjour. Il avait cinquante euros en poche, provenant d’un compte en banque qu’il venait de clôturer et dont il avait retiré le contenu en liquide.

          Il se demanda quelque temps s’il règlerait trente euros pour deux nuits ou quarante-cinq pour trois. Il avait bien laissé son sac qu’il n’était allé chercher qu’au soir. Et la Dédette trouverait-elle la monnaie, les vingt euros de différence, s’il ne payait que deux nuits ? S’il décidait de payer trois nuits autant lâcher le billet de cinquante : après tout il avait dévoré un paquet de bichoco dans l’appart.

          -Tu vas ?… Ouais ?… Bien ?…

          Christophe retrouvait Dédette dans la salle des profs. Il n’eut pas le temps de réfléchir davantage. Il lui laissa son billet de cinquante euros qu’il accompagna de toutes sortes de politesses. Elle le remercia et accepta sans poser de question.

          Quand il se retrouva seul, il s’en voulut d’avoir perdu vingt euros par timidité, mais il était trop tard pour les redemander.

Par Eminescu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus