L'Apocalypse de Saint Jean et les événements de vendredi (deuxième volet)

Publié le par Eminescu

Puisque je parlais de l'Apocalypse, dans mon article d'hier, je ne puis m'empêcher de vous expliquer en quoi ce livre m'a guidé dans la conception de mon roman, Puissance de la terre. Les opposants au narrateur, le pauvre Sylvain Fargier, et à son héros, le grand Sahuc, sont au nombre de trois : Ophis, Noiret (mais je ne devrais pas vous le dire) et Le Boss. Chacun renvoie à une des incarnations de Satan que l'on trouve dans le dernier livre de la Bible. Par la même, j'ai voulu montrer - c'est un niveau de lecture politique, mais il y en a d'autres -, les forces qui gangrènent la société française et menacent de détruire notre peuple.

-Ophis représente la brutalité des banlieues, ces hommes sans foi ni loi, la « racaille », c'est-à-dire l'immigré que des associations anti-racistes ont élevé dans la haine de la France. Il correspond à la Bête proprement dite, la deuxième incarnation de Satan. On m'excusera l'ordre de l'exposé – je garde le meilleur pour la fin – et les infléchissements que subit le récit de la Bible : ophis, qui signifie « serpent » en grec, renvoie davantage à la première manifestation, au Dragon. Mais le côté flasque, dangereux, répugnant de l'animal correspondait à merveille au personnage, ce détestable voyou.

-Noiret (anagramme de T(h)érion, la « Bête » en grec ancien) représente le faux prophète, l'agneau à voix de dragon. Ces cheveux blonds sont d'ailleurs aussi frisés que les poils d'un agneau. Il est engagé politiquement, révolté comme le sont souvent les jeunes de bonne famille, plein de convictions, de compassion. Il s'intéresse à des causes humanitaires, mais ne voit pas, ou ne veut pas voir, les problèmes qu'il a sous les yeux, ceux de son peuple. Il est du genre « Touche pas à mon pote » et « Nous sommes tous riches de nos différences ». La jeunesse de gauche dans toute sa splendeur.

-Il a pour père « Le Boss », un être mystérieux qui vit au fin fond d'un immense building de verre, dont la forme, un entonnoir, évoque par ailleurs l'Enfer de Dante. C'est lui qui tire les ficelles. Ophis, son bras droit, lui sert à terroriser la ville, son fils à la rassurer. Il n'a d'autre valeur que l'argent. Il rêve de créer une société nouvelle de consommateurs déracinés, sans but, sans repères, qu'il pourra asservir et manipuler. Il est le « Dragon », l' « antique serpent » tapi au fin fond des villes, mais qui s'apprête à en surgir...

J'ai imaginé encore quelques vision d'apocalypse, au sens où on l'entend aujourd'hui, une grande guérilla urbaine, une forme de guerre civile entre les quartiers révoltés et la police – je vous en livre un extrait ci-dessous. Pour cela, je n'ai pas été prophète. Je me suis inspiré des émeutes de 2005 et, dans mon travelling sur une ville dévastée, je risque bien d'avoir vu ce qui nous attend. Mais, encore une fois, pas besoin d'être prophète pour le prévoir.

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Il devait être une heures quand nous retournâmes à l'Oustal. La soupe de bouines de ma mère remplissait nos assiettes.

Mon père alluma la télévision. Derrière « l'envoyé spécial » qui apparut à l'écran, je fus surpris de reconnaître les quartiers de Villemure où je m'étais perdu en début d'année. Je laissai retomber ma cuillère dans mon assiette ; l'irruption de la ville dans le calme plat de notre cuisine avait quelque chose d'irréel. « … C'est dans le hall d'immeuble que vous apercevez derrière moi que les deux cadavres ont été retrouvés, très tôt ce matin. D'après les premiers éléments de l'enquête, il s'agirait de règlements de compte sur fond de trafic de drogue. Ce n'est pas la première fois que ce quartier sensible est le théâtre d'affrontements violents. Il y a trois mois, jour pour jour, un homme de vingt-deux ans a été fauché par une rafale de kalachnikov. Toute la ville est sous le choc... » Nous aperçûmes, au passage, des rubans colorés qui entouraient l'entrée des immeubles de Villemure, puis un gros plan sur des taches de sang.

Un journaliste en train de gratter ses papiers remplaça l'homme au micro. « C'était donc notre envoyé spécial, en direct d'Aubusson. »

-A Aubusson ? s'exclama ma mère. Mais c'est juste en bas de chez nous !

-Eh bé il s'en passe...

Je pensai confusément aux tensions qui agitaient les quartiers depuis l'hiver, à Sahuc, à Marvin Ball qui voulait buter Ophis. Les gardes de ce dernier l'avait-il arrêté tandis qu'il essayait de pénétrer dans l'immeuble ?

L'affaire fit la une du journal télé du dimanche. De violents combats avaient éclaté du côté de Marnilly ; on parlait de fusillades et de véritables batailles rangées. Puis, les affrontements s'étaient propagés plus au nord, du côté de Villemure. La police était intervenue à grands renforts, mais des groupes hyper-mobiles continuaient à semer le chaos. Non contents de se battre entre eux, ils détruisaient tout sur leur passage. Les forces de l'ordre venaient de ramener le calme, mais les quartiers pouvaient s'embraser encore, à tous moments. On déplorait une dizaine de morts et trente ou quarante blessés. Mes parents étaient éberlués. Tandis que les autos calcinées et les rues jonchées de bris de verre défilaient à l'écran, je réalisais que la guerre annoncée venait enfin d'éclater : Marnilly avait décidé d'en finir avec Villemure. Au journal de 20 heures, ce furent de nouvelles visions d'apocalypse – les journalistes en faisaient leurs choux gras. Ils montraient des lampadaires et des abris de bus éclatés, les échoppes du centre commercial pillées, vandalisées, interrogeaient des passants qui craignaient de revivre le cauchemar de la nuit précédente. Les grilles du lycée et son mur d'enceinte apparurent enfin, entièrement tagués, puis – cela me fit tout drôle – Noiret en gros plan.

L'Apocalypse de Saint Jean et les événements de vendredi (deuxième volet)

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