Horreur! Horreur! (It follows et Puissance de la terre)

Publié le par Eminescu

It follows - bande annonce VF

Il doit être bien difficile de réaliser un bon film d'horreur. On peut jouer sur le suspense et, surtout, sur l'hémoglobine, mais on tombe vite, de film en film, dans la surenchère, ce qui a beaucoup coûté aux réalisateurs de ces dernières décennies. Le public s'habitue vite aux mutilations, aux corps empalés et aux cervelles qui giclent. Si l'on veut l'accrocher aujourd'hui, il faut, sans délaisser le trash (mode oblige), faire dans la subtilité. En la matière, It follows de David Robert Mitchell est un modèle d'intelligence et de finesse. Si le gros plan initial sur le corps effroyablement abîmé de l'héroïne renvoie à la tendance trash, la suite donne à voir un film d'un genre nouveau. C'est une idée, tout d'abord, qui le porte, idée aussi géniale que saugrenue: une malédiction qui se transmet par le biais de relations sexuelles (on notera la richesse du symbole: SIDA, passage à l'âge adulte, perte de l'innocence, de la pureté de l'enfance). Il s'agit d'une créature qui apparaît sous diverses apparences; ce peut être n'importe qui et on imagine le parti que peut en tirer un bon scénariste. Le seul moyen de lui échapper? Transmettre au plus vite la patate chaude, sachant que la créature revient, après avoir tué, au dernier maillon de la chaîne.

Une idée de génie qui permet au réalisateur de dérouler une intrigue palpitante. Je ne souhaite pas trop en dire: je veux évoquer simplement une scène du début du film. Après avoir fait l'amour avec elle, le petit copain de l'héroïne lui apprend qu'elle est porteuse d'une malédiction. Il ne l'a séduite que pour détourner la créature sur elle. La jeune fille rentre chez ses parents, choquée. Quelques jours plus tard, à l'étage, elle se regarde dans la glace, se remettant de ses émotions et se disant que son ex-petit-ami devait être dérangé. Soudain, un ballon vient heurter la vitre. Effrayée, elle regarde par la fenêtre. Fausse frayeur. Mais, à l'extérieur, sur le toit, une dame en robe - la créature - attend, tapie près de la fenêtre...

Je frémis, seulement en me remémorant ce dernier plan.

Pour ma part, j'ai placé quelques épisodes se rapportant au genre du film d'horreur, dans mon roman, Puissance de la terre. Le narrateur, Sylvain Fargier, voit venir dans sa piaule un terrible voyou dont le bras est traversé par un tatouage représentant un serpent. Il terrorise l'internat et, la nuit, en rêve, Fargier assiste à une étrange métamorphose: le voyou est devenu une immense araignée qui ronge la tête de ses camarades de classe. On remarquera, pour source d'inspiration, Kafka et sa Métamorphose, mais aussi Tolkien dans The Hobbit ou The Return of the King.

Je vous laisse apprécier le passage en question, dans le texte. Il vaut le détour.

Tard dans la nuit, je fus réveillé en sursaut par des tapotements rapides. Je me retournai, jetai un coup d’œil entre les planches de la barrière. Horreur ! Ophis avait développé autour de lui des pattes noires et poilues et, à la place de son ventre, il y avait un abdomen énorme, strié, qui se contractait au rythme de sa respiration. Mais quelle créature affreuse ! Le corps de Barlet était enroulé tout entier dans un cocon de fil gluant. La bestiole, qui avait ligoté de même Raffy, mais seulement jusqu'aux épaules, lui bouffait la gueule avec un grouillement de mandibule répugnant. Je fis grincer mon lit. Laissant la tête à moitié rongée de Raffy, l'araignée se redressa tout à coup, se tourna ; cinq petits yeux luisants scrutèrent la pièce. Je m'enfonçai dans mes couvertures, fermai les yeux du plus fort que je pus. « Elle doit croire que je dors, elle doit croire que je dors ». J'entendis encore de petits bruits de chair déchirée, puis des tapotements rapides sur les murs et contre le plafond.

Vous pourrez trouver mon roman, en format ebook, dans la boutique Amazon. En voici l'adresse: http://www.amazon.fr/Puissance-terre-geste-Grand-Sahuc-ebook/dp/B00Y8PRUK6

Horreur! Horreur! (It follows et Puissance de la terre)

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