Jean-Marie Le Pen et son journal de bord

Publié le par Eminescu

On aperçoit, derrière M. Le Pen, le buste d'un jazzman noir. Comme quoi l'ancien président d'honneur du Front national n'est pas si raciste que ça...

Il est intéressant d'écouter un homme retiré de la vie politique, et qui prend part encore au monde des idées. M. Le Pen n'a plus rien à perdre, ni à prouver. Il est libre. Il balance. Un peu comme de Villiers dernièrement (Le moment est venu de dire ce que j'ai vu). Il lui est arrivé de reconnaître – c'est tout à son honneur – qu'il avait été effrayé après le premier tour des présidentielles de 2002. Il lui faudrait peut-être former un gouvernement et prendre la tête du pays, ce à quoi il n'était pas préparé. A-t-on jamais vu un homme politique se montrer aussi sincère ?

Ses journaux de bord, qui paraissent régulièrement, abordent tous les thèmes, des grands problèmes internationaux aux petites polémiques nationales. Avec une étonnante clairvoyance, Jean-Marie Le Pen a compris depuis longtemps ce qui se tramait en Syrie, que notre politique étrangère était folle et que notre ennemi n'était pas le président Hassad, mais les terroristes qui cherchent à le renverser. Ces vidéos sont un outil précieux pour qui veut se faire une idée claire de l'actualité. Certes, ce vieux briscard de la politique n'est pas exempt d'opinions partisanes, voire discutables. Il ne peut s'empêcher d'attaquer, de polémiquer ; il a un goût assez prononcé pour les bons mots. Il aime le conflit - même avec sa fille... Mais on lui reconnaîtra une verve extraordinaire et une acuité intellectuelle que l'âge n'a pas émoussée.

L'histoire reverra par ailleurs le jugement qui lui a été porté. Depuis trente ans, on en fait la réincarnation du mal. Il aurait été le Diable en personne. On revit, avec lui, puis avec sa fille, les années Trente, et un nouvel Adolf – horreur ! - s'apprêterait à prendre le pouvoir. Les heures sombres de notre histoire, le ventre encore fécond de la bête immonde... Qui n'a pas eu les oreilles rebattues de tout ce verbiage ? Et pourtant, des mairies sont tombées et elles n'ont connu ni massacres de masse ni camp de la mort. Des député FN ont été élu au parlement européen. Ils ne l'ont pas incendié, comme en leur temps les Nazis avaient incendié le Reichstag...

Les historiens du futur s'accorderont à dire que le Front National n'avait rien du NSDAP d'Adolf Hitler, rien même du fascisme de Benito Mussolini. Ce parti n'a pas de milice. Il ne souhaite pas le renversement de la République, ne donne pas dans le culte du chef, n'embrigade pas la jeunesse, ne souhaite pas jeter notre peuple dans des conflits hasardeux. Ces membres ont sûrement moins de morts sur la conscience que les anti-fa qui les combattent. Ils sont moins extrémistes que les Netanyahu que l'on reçoit à l'Elysée ou les Nazis ukrainiens de la place Maïdan que l'on soutient. Un parti ni raciste, ni fasciste. Tout au plus démagogue, mais il n'est pas le seul.

On dira bientôt que Le Pen a occupé un créneau qui s'est ouvert dans les années 70 avec la politique du regroupement familial et une immigration de peuplement. S'étant ralliée à la droite sur le plan économique (tournant de la rigueur de 83), la gauche a dû trouver un combat de substitution, justifiant de son existence en tant que parti. C'est alors que la lutte contre le racisme, accompagnée d'une éclosion d'associations en tout genre, a fait son apparition. Pour que tout cela ait un sens, il a fallu définir un ennemi, ou plutôt l'inventer. Mitterrand a médiatisé Le Pen, puis l'a diabolisé en lui collant sur le dos des attentats et des profanations de cimetière (celui de Carpentras entre autres) dont son parti n'était pas responsable. Il s'agissait de prendre des voix à la droite, un peu comme le PCF en prenait à la gauche, mais aussi de décrédibiliser toute idée dangereuse pour le système. Car Le Pen disait sur l'immigration des vérités dont les Français s'apercevaient dans leur vie de tous les jours. Comme il est bon de mettre en parallèle les manigances du PS avec le premier tour des présidentielles de 2002 ! La gauche brûlée au feu qu'elle avait allumé ! Juste châtiment!

Plus ou moins sciemment, Jean-Marie Le Pen a joué le rôle qu'on a bien voulu lui faire jouer. Il ne devait jamais parvenir au pouvoir. Qui pouvait croire à cette fable ? Mais il a eu son quart d'heure de gloire. Il a servi aux partis traditionnels qui pouvaient brandir la menace fasciste pour faire oublier leur incompétence ou leur trahison. Il a bien eu ses outrances verbales, sur les chambres à gaz entre autres, et on ne peut que les condamner. Comme la plupart des anciens d'Algérie, il est certainement raciste – mais le traumatisme de la guerre ne peut-il pas servir d'excuse, quand on sait ce qu'on passe à nos « jeunes » des banlieues ? Quoi qu'il en soit, c'est un homme cultivé, un politicien de la vieille école, attaché à son pays et à son histoire, un orateur hors pair que l'on a plaisir à écouter. Qui sait si les politiciens et les journalistes qui se sont servis de lui ne nous conduiront pas, eux, vers la catastrophe qu'ils annoncent depuis des décennies ? Si alors on n'élève pas de statue à la mémoire de Jean-Marie Le Pen, on risque de déboulonner bien des idoles, et on maudira ceux qui nous ont fourvoyé en nous présentant de faux ennemis.

Publié dans Actualité

Commenter cet article