Le Camp des saints de Jean Raspail

Publié le par Eminescu

Rarement un roman aura été aussi prophétique. Le camp des Saints de Jean Raspail est paru en 1973 et on croit reconnaître, derrière la flotte indienne qu'il décrit, les centaines de milliers de réfugiés syriens qui traversent la mer Egée pour gagner l'Union européenne. Ce roman est inspiré. Son auteur avoue l'avoir écrit à Saint-Raphaël, sur la Côte d'Azur, sans plan préétabli. « Et s'ils arrivaient ? » s'est-il simplement demandé. Tout le reste est venu d'une traite.

Le Camp des Saints fait référence à l'Apocalypse de Saint Jean que j'ai commenté dans deux précédents articles. (« Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. ») Conduit par un illuminé, des Indiens au nombre d'un million prennent d'assaut des cargos rouillés, dans le delta du Gange, et décident de gagner ce paradis, cette terre d'abondance qu'est pour eux l'Europe.

On a là un sujet de tragédie remarquable, je veux dire un vrai dilemme, et à échelle nationale et historique : faut-il accueillir cette immense flotte qui se dirige finalement vers la Méditerranée et la Côte d'Azur, comme nous le commandent les sentiments d'humanité qui nous viennent du Christianisme, ou la couler sans pitié, sachant que ces hommes, pour miséreux qu'ils soient, finiront par anéantir notre civilisation? Le président de la République hésite, tergiverse, laisse les médias s'enfoncer dans leur folie. Il ne prendra pas les mesures nécessaires, et le Tiers-Monde finira par débarquer et tout détruire sur son passage.

Ce roman, c'est du brutal ! comme le reconnaît lui-même l'auteur. Une œuvre d'extrême droite, non pas à la Zemmour ou Finkelkraut, mais du genre para intervenant en Algérie. Le style est volontiers ordurier. Raspail n'a aucun tabou, pas même sexuel. On nous a même tant culpabilisé depuis des décennies que son racisme nous fait horreur.

Et puis – il faut bien le dire -, on reconnaît chez lui la psychologie du fasciste telle que la décrit Jonathan Littell dans le Sec et l'humide. Jean Raspail n'est pas sans affinités avec Léon Degrelle. Derrière cette Europe saine, stable et organisée, bout de terre qu'une foule puante et liquide d'individus indistincts menace de submerger, il y a peut-être le Moi de notre auteur que menacent les forces d'un inconscient travaillé par des désirs refoulés...

Quoi qu'il en soit, il y a quelque chose de jubilatoire dans ses règlements de compte avec une gauche qui occupe le haut du pavé depuis la Seconde guerre mondiale. Et la vengeance de Raspail n'est pas comique et bienveillante, à la manière de Boulgakov ; elle est féroce, impitoyable. La femme de Diot, l'intellectuel révolté d'extrême gauche, est violée par des détenus qui profitent du chaos ambiant pour s'échapper de leur prison - dans un élan de fraternité, l'intellectuel est assez bête pour aller à leur rencontre en compagnie de son épouse. Les hippies se font dégommer comme des lapins et l'un d'eux est même écrasé sous les chenilles d'un char (revanche sur l'homme de Tian'anmen, figure emblématique d'une gauche pacifiste).

Ce roman, il faut le lire, même s'il nous choque. Il est dur, mais salutaire. C'est le roman d'un prophète. Et les prophètes n'ont jamais fait dans la dentelle.

Le Camp des saints de Jean Raspail

Publié dans Littérature

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