Tes sanglots longs n'y pourront rien changer!

Publié le par Eminescu

M., professeur remplaçant de technologie, arrive au travail remonté comme un coucou. En ce premier lundi de l'année 2016, il ne décolère pas. Le gouvernement – un gouvernement de gauche ! - veut déchoir certains binationaux de la nationalité française.

-On fait de nous des citoyens de seconde zone, explique-t-il à un syndicaliste grisonnant. Il y a, comme toujours, les bons Français au teint clair et les autres, les Noirs, les Arabes, les Africains fraîchement débarqués. Ce pays ne sortira jamais de ses préjugés racistes.

L'autre acquiesce. Bien qu'il fasse partie des Français au teint clair, et dans sa jeunesse il a eu les cheveux blonds, il défend les sans-papiers ; il est pour l'ouverture des frontières et l'accueil des migrants. En tant que professeur d'histoire, il sait, ou croit savoir, ce que la France a commis comme exaction à travers le monde.

M. sort de son sac une affiche réalisée par son association. « Nous avons le droit de pratiquer notre religion dans la dignité. Halte aux amalgames et à la stigmatisation ! » En gros plan, un homme barbu, en djellaba, qui pleure, accablé qu'il est de doigts accusateurs.

Cette affiche, il la colle à l'entrée du collège, sur un panneau réservé à l'administration.

-Les élèves, les parents, tout le monde doit savoir ce que l'on vit.

En le voyant faire, deux surveillants murmurent entre eux :

-Il se sert du collège pour faire de la pub pour son association...

Aucun, cependant, ne s'aviserait de le lui faire remarquer. On connaît l'agressivité de M., et on n'a pas envie de passer pour raciste. Le principal de l'établissement, lui-même, fera comme si de rien n'était.

M. retourne en salle des professeurs, prend son sac. La sonnerie retentit. Entouré du syndicaliste et d'une collègue de français, il s'en va chercher ses élèves dans la cour. Il poursuit :

-Ce sont les Maghrébins qui ont reconstruit ce pays après la Seconde Guerre mondiale. Et regardez comment on les traite? On les parque dans des ghettos. Discrimination à l'embauche. Racisme de la police. Et maintenant on établit une distinction entre citoyens ?...

Il se tourne vers le syndicaliste :

-...Ça te fait pas penser à l'Allemagne nazie, toi ?

Le professeur d'histoire, s'il ne lisait pas que la propagande communiste de ses journaux, tracts et manuels, saurait que les Français du cru, les Gaulois, ont bien plus participé à la reconstruction de ce pays que les Maghrébins, qui étaient somme toute peu nombreux dans l'immédiate après-guerre ; que les banlieues françaises n'ont rien à voir avec les ghettos qu'ont mis en place les Nazis – les populations juives étaient encerclées par des murs et les accès étaient strictement contrôlés ; que ces gens-là, ces pauvres banlieusards, ont à leur disposition bus et RER afin de gagner la capitale, ou des centre-villes historiques – s'ils le voulaient, ils pourraient se rendre dans les théâtres et les musées plutôt que de profiter de la moindre manifestation pour casser des vitrines et tabasser des lycéens ; que les gens des campagnes sont bien plus délaissés qu'eux ; que l'on ne peut être retenu à un entretien d'embauche quand on a un vocabulaire riche de quelques dizaines d'insultes – le racisme a souvent bon dos ; que l'on ne peut rouler en BMW à vingt ans en vendant de la drogue et s'étonner ensuite d'être contrôlé par la police...

Mais notre syndicaliste et sa collègue ont envie de donner raison à M. Depuis des décennies, ils veulent se persuader que les étrangers sont opprimés et que leur révolte, quelle qu'elle soit, est juste et compréhensible. Quand ils apprennent que ces « jeunes » ont brûlé une centaine de voitures pour le nouvel an, ont fait tourner une jeune fille dans une cave, ils cherchent des excuses ou ferment les yeux – l'enseignante en oublie même son féminisme.

Ce matin, les élèves de M. n'entendront guère parler d'électricité, de mesures, de travail en entreprise ; ils n'auront pas droit non plus à ses vœux de début d'année. Le petit professeur, très aigre, ne parle que de ce qui se passe en ce moment en France.

-C'est très grave, conclut-il après avoir martelé, formulé et reformulé les mêmes arguments. C'est très grave...

Les petits quatrièmes sont assez indifférents au débat. Ils pensent à leurs cadeaux de Noël – tablettes et PS4 - , ont bien du mal à croire que les vacances sont finis, que les cours et leur cortège de contrôles et de devoirs reprennent.

Après un court silence, néanmoins, l'un d'eux prend la parole. Il se permet de répéter ce que dit son père en écoutant les informations.

-Monsieur, moi je trouve que c'est pas si grave que ça. Ce sont des gens qui veulent tous nous tuer ! On pourrait être beaucoup plus méchants avec eux!

Et il aurait pu ajouter que, dans les pays musulmans, on est bien moins clément avec les chrétiens. Eux sont des citoyens de seconde zone. En Syrie et en Irak, ils ne sont pas « stigmatisés », mais purement et simplement exterminés. Et qu'adviendrait-il d'eux s'ils s'amusaient à tirer sur les foules à la kalachnikov... Il y a peut-être un déséquilibre dans les relations entre pays chrétiens et musulmans: d'un côté, on est impitoyable, de l'autre très clément, d'un côté, on souffre, de l'autre on chouine.

M. reste un instant bouche-bée. Avec ses collègues, il aura un gros travail éducatif à fournir – ils devront convoquer devant leurs chers élèves « les heures sombres de l'histoire ».

Mais les Français en ont marre de toujours fermer leur gueule. Et ils risquent de la fermer de moins en moins.

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