Fleur Pellerin, la Culture et le gouvernement Valls III

Publié le par Eminescu

C'en est fait de Fleur Pellerin, dont le passage au ministère de la culture fut marqué par les gaffes à répétition. Visiblement, la jeune dame a été remerciée de façon assez cavalière, ce qu'elle a mal pris. Si, dans son discours d'adieu, discours vibrant d'émotion, elle souhaite tout ce qu'il y a de mieux à Mme Azoulay, qui lui succède, si elle ne tarit pas d'éloges sur le Premier Ministre, Manuel Vals, elle n'a pas un mot pour François Hollande. On dirait bien qu'elle lui en veut et on l'accuse, ici et là, de publier des tweets subliminaux : Respect, chanson d'Aretha Franklin qu'elle dédie à son équipe (lui aurait-on manqué de respect justement?) et I will survive de Gloria Gaynor (l'air de dire, vous avez cru m'abattre, mais je rebondirai...).

On se souvient de Valérie Trierweiler, qui avait été beaucoup moins subtile en la matière.

Comme l'ex-première dame, Fleur a cru en la mission qu'on lui confiait et a défendu son travail contre vents et marée. Elle se croyait soutenue par le chef de l’État. Elle était persuadée de compter à ses yeux. Elle se rend compte, tout à coup, qu'il s'est servi d'elle et que, comme elle ne lui était plus d'aucune utilité, il s'en est débarrassé comme d'une intérimaire. Du jour au lendemain. Sans préavis.

Ce qui lui avait échappé en signant, c'est qu'elle faisait partie des ministres de seconde catégorie. Elle était la preuve vivante, sur les photos prises à la sortie du conseil des ministres, de l'intérêt que portait Hollande à la parité, à la diversité. Seules comptaient sa jeunesse, son sexe et ses origines asiatiques. Que l'on analyse bien le gouvernement Valls III. Les femmes, souvent noires ou maghrébines, héritent de portefeuilles aussi saugrenus qu'inutiles : le Dialogue social, le Logement et l'Habitat durable, la Famille, l'Enfance et les Droits des femmes, les Outre-mer... Pour ce qui est des postes importants, ils sont tous confiés à des hommes blancs de plus de cinquante ans (Macron fait exception quant à l'âge) : Sapin aux Finances, Ayrault aux Affaires étrangères, Le Drian à la Défense. Tous hommes du sérail, des vieux de la vieille...

Au final, Fleur Pellerin en a pris plein la gueule, et pour rien. Elle n'a servi que de punching-ball aux médias. En pleine cérémonie des Molières, un certain Sébastien Thiéry l'apostrophe à poil. Elle est obligée d'endurer un spectacle auquel elle aurait dû se soustraire. Les journalistes, comme Elkabbach, lui offrent des livres afin de la faire passer, à l'antenne, pour la dernière des ignares ; ceux du Petit Journal la ridiculisent dans leurs reportages. Et elle se prête au jeu. On lui conseille, comme à une collégienne, de lire davantage...

Il faut dire qu'elle n'a pas été à la hauteur. Un petit bout de femme perdu dans son bureau, incapable de nommer les peintres des quelques tableaux qui ornent les murs, incapable de se servir de la ligne sécurisée qui pourrait la mettre en relation avec son Premier Ministre ou le Chef de l’État, si la situation l'exigeait. Et puis, dans un pays qui a connu Malraux comme ministre de la Culture, on ne peut pas avouer, devant les caméras, que l'on n'a pas le temps de lire. On ne peut pas dîner avec un Prix Nobel de littérature, un compatriote qui plus est, et n'avoir pas consacré quelques heures à la lecture de son œuvre.

Quand on se penche sur le bilan de Mme Pellerin, que l'on s'attarde sur la liste des ministres, on s'aperçoit que la culture n'a pas grande importance dans une société comme la nôtre. Le rayonnement de la France est confié à des amateurs que l'on peut humilier. Des saltimbanques montrent leur bite à la ministre, des journalistes la daubent comme le feraient des gamins avec un surveillant qu'ils ne respectent plus. La pauvre dame, elle-même, connaît par cœur des répliques d'OSS 117, mais pas un seul titre de Modiano.

Et pourtant, Fleur Pellerin, alias Kim Jong-suk, vient des rues de Séoul, où elle a été abandonnée quelques jours après sa naissance. Elle est adoptée par une famille française et, contrairement à d'autres – il faut le noter -, elle ne se rend pas à l'école pour vendre du shit et insulter les enseignants. Elle bosse. Elle gravit les échelons. Et elle devient la première Asiatique à atteindre un poste de ministre.

Comme quoi, notre pays n'est pas si raciste qu'on veut bien nous le faire croire. Nous donnons sa chance à chacun. Encore faut-il la saisir... et être à la hauteur.

Gloria Gaynor - I will survive. Fleur a dansé sur cette chanson...

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