La colonisation n'est pas une spécificité européenne

Publié le par Eminescu

J'ai été au collège dans les années 90 et, de mes cours d'histoire, j'ai retenu que la colonisation, comme le racisme, était une spécificité européenne, une tare de la race blanche. En chacun de nous sommeillait un colon, un raciste en puissance. Pour expier nos péchés, il fallait donc envoyer du riz en Somalie et accepter, sans regimber, la propagande des associations que finance le PS. Nos ancêtres sont coupables de toutes les horreurs dont le monde est le théâtre depuis la nuit des temps.

A quelques exceptions près, je n'ai pas eu de bons enseignants avant d'arriver à la fac. Et, même à l'université, j'ai rencontré des professeurs engoncés dans un anticléricalisme désuet, de vieux marxistes myopes et dépassés.

Pour l'essentiel, j'ai donc étudié l'histoire par moi-même, en lisant des livres, bien sûr, mais aussi en assistant à des conférences : j'ai eu la chance de voir Pierre Vidal-Naquet, Pierre Grimal et Jacques Le Goff. Je me suis attaché à remonter aux sources, à travailler sur les documents originaux, avant de lire les spécialistes. Ma connaissance des langues anciennes et de quelques langues modernes m'a été d'une aide précieuse.

Ainsi, en me penchant sur les différentes périodes de l'histoire, sur les civilisations qui ont éclos sur divers continents, j'ai réalisé que les peuples qui ont eu une démographie vigoureuse et une avance technologique sur leurs voisins ont tous pratiqué la colonisation.

Pour commencer, les Phéniciens, ses marins hors-pairs originaires de l'actuel Liban, ont établi des comptoirs partout sur les côtes de l'Afrique du Nord, de la Sicile, de la Corse et de la Sardaigne – on se souviendra de la reine Didon fuyant le cruel Pygmalion et fondant, dans l'actuelle Tunisie, la cité fameuse de Carthage.

Les Grecs ont fait de même en Asie Mineure (côte Ouest de l'actuelle Turquie), en Sicile, en Italie et dans le sud de notre pays. Ils ont apporté à nos ancêtres les Gaulois - c'est César qui le mentionne - un système de numérotation qui servait à leur comptabilité et au recensement de leur population.

Les Romains ont suivi. Malgré les pertes effroyables dues à la guerre menée par Jules César de 58 à 51 av. JC – même si le million de morts avancé par Suétone est exagéré, on dit que c'est l'épisode le plus meurtrier de notre histoire avant la guerre de 14 - , malgré les ravages causés par la guerre, donc, cette conquête a été un bienfait. Elle a assuré à des tribus guerrières une paix de près de cinq siècles, l'apport du droit, le développement du commerce et de l'urbanisme, des chefs d’œuvres architecturaux dont il nous reste, entre autres, le Pont du Gard, la Maison Carré de Nîmes, divers théâtres et amphithéâtres (je pense à celui d'Arles).

Avant d'établir des colonies en Amérique du Nord, en Afrique et dans le Sud-Est asiatique, nous avons été nous-mêmes colonisés.

Mais faisons un détour par le Moyen-Orient et le reste du monde avant de revenir à l'Europe.

A l'origine, les Arabes ne sont que quelques tribus de nomades qui attaquent les caravanes traversant les déserts de la péninsule arabique. Avec la venue de leur Prophète et de sa religion - une religion non pas de paix, de tolérance et d'amour du prochain, mais de guerre et de conquête - ils s'unissent et se rendent maîtres, en moins d'un siècle, de la Perse sassanide, des possessions byzantines au Proche-Orient, de l'Afrique du Nord et même de l'Espagne. A l'origine, on ne parle pas arabe au Maghreb, mais berbère ; on n'est pas musulman, mais chrétien. N'oublions pas les nombreux Pères de l’Église originaires de cette région : Origène, Cyprien de Carthage et, bien sûr, Saint Augustin. Les Chrétiens que l'on massacre en Syrie et en Irak étaient là bien avant les Islamistes. Ils ont autant, sinon plus de droits sur ces terres, que les fanatiques qui les persécutent.

Pour achever notre tour de la colonisation à travers le globe, notons que les Chinois, ou plus précisément leur ethnie principale, les Hans, ont colonisé le Yunan et s'installent encore aujourd'hui au Tibet ; que les Aztèques, ce petit peuple nomade venu du mythique Aztlan, se sont étendus vers le sud du Mexique avant l'arrivée des Espagnols d'Hernando Cortès ; que les Incas n'hésitaient pas, avant Pizarro, à détruire les cités des peuples conquis et à en déporter la population pour y installer des colons, avec leur religion, leurs dieux et leur système administratif.

Après ce tour d'horizon, comment peut-on accuser les peuples européens d'avoir fait ce qu'ont fait tous les peuples de la terre ?

Pourquoi ne retient-on que les exactions que nous avons commises? Pour la simple et bonne raison que nous sommes les seuls à les reconnaître. Nous n'avons pas été plus cupides ou plus brutaux que d'autres, mais avons été capables de porter un regard critique sur notre histoire. Nous paraissons plus coupables que les autres, parce que nous avouons nos torts. A titre d'exemple, les Allemands expient depuis 1945 les crimes perpétrés par les Nazis, ils s'en servent comme d'un repoussoir dans l'éducation de leur jeunesse, ont construit, au cœur de Berlin, le Mémorial de la Shoah, acceptent un million de Syriens qui pelotent leurs femmes. Allez parler à un Turc du génocide arménien...

Il est encore une différence de traitement dans l'histoire qui m'a toujours frappé : ce sont les jugements portés sur l'occupation de l'Espagne par les Maures et sur celle de l'Algérie par la France. De la première, les manuels scolaires ne retiennent que la cohabitation pacifique des peuples – grande utopie de gauche ! -, les échanges commerciaux et intellectuels entre juifs, chrétiens et musulmans, Averroès et la traduction en latin d'Aristote (cet apport à l'Occident est par ailleurs sujet à controverse). Ce serait une période bénie de l'histoire de l'Europe, imputable au seul génie de conquérants africains ; et ils auraient traversé le détroit de Gibraltar un rameau d'olivier dans une main, un manuel de philosophie dans l'autre. Ils auraient apporté hygiène et médecine à des barbares puants, auraient appris l'astronomie à des chrétiens obscurantistes. On oublie que, sous leur domination, chrétiens et juifs ont le statut de dhimmis (ce sont des citoyens de seconde zone, si on peut parler de « citoyens » dans le monde musulman). Ils n'ont pas les mêmes droits, paient un impôt spécifique. Leurs habitations et édifices religieux ne doivent pas dépasser une certaine hauteur. Et encore, si on leur laisse la vie sauve, c'est qu'ils appartiennent aux religions du Livre. Pour les adorateurs d'Allah, ce sont des musulmans incomplets, en voie de conversion. Les païens, les athées, les idolâtres n'ont pas droit de cité.

Rien à voir avec la religion de tolérance dont nous parlent les médias.

La Reconquista menée par les rois catholiques est perçue, par contraste, comme un retour à la barbarie. C'est pourtant une guerre de libération. On parle sans cesse de l'expulsion des Juifs et des Maures, de l'Inquisition, mais le jeune royaume était fragile, les vaincus d'hier assoiffés de vengeance. Et, après la prise du royaume de Grenade en 1492, les Espagnols découvrent l'Amérique grâce à Christophe Colomb, se partagent le monde avec les Portugais à Tordesillas et bâtissent, sous Charles-Quint, l'un des plus grands empires de tous les temps. Le Siècle d'or espagnol ne vaut-il pas mieux que l'Espagne musulmane ? Ne lui doit-on pas plus pour le décollage technologique et économique de l'Europe ? Voilà les questions qu'il faudrait se poser.

Étrange chassé-croisé avec l'Algérie. Les colons y ont apporté, aux XIXe et XXe siècles, des cultures, ont mis en valeur ses terres. Ils ont construit des hôpitaux et des écoles, ont développé des ports et un réseau de routes. Une période d'oppression ! Si ! Au moment des accords d'Evian, en 1962, des familles sont installées là depuis des générations. Si l'expulsion des Séférades et des Maures d'Espagne était un crime raciste et antisémite parmi les plus odieux, celle des Français paraît tout à fait naturelle. La jeune nation algérienne est même loin de donner dans le devoir de mémoire pour les massacres qui ont suivi le cessez-le-feu. Elle a fait décamper les colons qui lui ont permis de voir le jour, sans l'ombre d'un remords. « La valise ou le cercueil ».

Tous les peuples, je le répète, ont eu des colonies quand ils ont pu en réunir les conditions matérielles et démographiques. Il y a seulement entre ces divers épisodes différence de traitement, parce que nous sommes les seuls à reconnaître nos fautes et aussi, il faut bien le dire, parce que les idéologies de gauche, qui tiennent le haut du pavé depuis 45, s'acharnent à déprécier notre histoire pour mieux valoriser celles des autres.

« Tu te détesteras toi-même pour mieux aimer l'étranger », telle est leur devise. Ce n'est pas la mienne.

Une caricature du concept de fardeau de l'homme blanc (White man's burden, un poème de Rudyard Kipling). Mais, au cours de l'histoire, des Gaulois ont porté des Romains et des Espagnols des Arabes et qui sait si nos enfants ne seront pas accablés, dans un avenir proche, du poids de puissants djihadistes?

Une caricature du concept de fardeau de l'homme blanc (White man's burden, un poème de Rudyard Kipling). Mais, au cours de l'histoire, des Gaulois ont porté des Romains et des Espagnols des Arabes et qui sait si nos enfants ne seront pas accablés, dans un avenir proche, du poids de puissants djihadistes?

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