Renaud - J'ai embrassé un flic

Publié le par Eminescu

Avec pour fond ce cliché pris au lendemain des attentas du 13 novembre, la chanson de Renaud est particulièrement touchante.

Dans un précédent article sur Toujours debout (Renaud, toujours debout, toujours vivant), chanson sortie en avant première, j'avais émis des doutes sur le retour de Renaud. Je pensais néanmoins que ce premier titre pouvait en cacher d'autres, plus forts, plus percutants. Je crois que celui-là en fait partie.

On me dira que ce n'est pas le Renaud des grandes années, que sa voix est épouvantable (elle l'a toujours été). Et je répondrai que Renaud n'est pas un chanteur d'opéra. Ce qui fait la force de ses albums, ce n'est pas la beauté, la pureté de la bande sonore, ni même la qualité des textes, c'est sa personnalité attachante, son humanité, sa sincérité.

Il n'est peut-être pas exactement l'homme du peuple qu'on croit (son grand-père était un grand helléniste, son père professeur, traducteur et auteur de romans policiers), mais il a su faire partager à des millions de Français sa mélancolie, ses soucis de couple, son affection pour ses enfants, ses problèmes d'alcool, ses révoltes. Nous avons tous été touchés par ses chansons. Nous nous sommes tous reconnus, quand bien même nous n'étions pas du même bord politique, dans les tranches de vie qu'il nous a livrées.

On peut déplorer plus sûrement ses égarements politiques. Comme tous les artistes de sa génération, et même ceux des nouvelles, il a eu faux sur toutes la ligne. Il a beau jeu de manifester son soutien à Charlie, quand ses potes caricaturistes ont été assassinés par des "Slimane" qu'il plaignait il y a trente ans. Ce pauvre immigré qui aimait "tout ce qui nous fait peur" a fini terroriste en toute logique (qu'on s'intéresse à la racine du mot).

Malgré tout, Renaud rachète un peu Hexagone, une diatribe puérile et ridicule contre un peuple auquel il appartient et qui n'a jamais mérité ses insultes. Le rebelle comprend un peu tard que le flic n'est pas un ennemi, qu'il pouvait se révolter à peu de frais dans un pays où on lui en laissait la liberté. Aurait-il chanté comme il l'a fait dans les dictatures d'Amérique du Sud? en Corée du Nord?

Les flics assurent notre sécurité ; comme les enseignants, ils font un travail ingrat, mais nécessaire. Ils ne méritent pas les crachats d'ado prépubères en manque de sensation (je vous renvoie à mon article Une victime de violences policières). Les policiers ne sont pas trop violents; au contraire, ils ne peuvent faire usage de la force, comme il le faudrait, avec les voyous qui ont pris possession des cités. Ils ne peuvent qu'interpeller sous les insultes, les jets de pierres, parfois les tirs, et les caïds qu'ils coffrent sont vite relâchés par des juges complaisants.

Nos policiers ne sont pas responsables des meurtres de masse perpétrés sur notre sol depuis plus de vingt ans. Ils ne posent pas de bombes dans les métros, ne tirent pas à la kalachnikov dans les salles de concert. Il est bon de le rappeler. Et on aimerait que notre vieil anarchiste y aille de son coup de gueule sur le sujet, qu'il dénonce, comme savaient si bien le faire ceux de sa génération (ils me font penser au Florian Puget des Frères Muslims). Il s'est complu par le passé à étriller les curés, mais au nom de quel dieu a-t-on tué ses copains de Charlie Hebdo ?

La chanson s'ouvre sur la description d'une foule bigarrée, protestants, catholiques et musulmans unis, la foule de la manifestation du 11 janvier 2015. C'est là un grand fantasme de gauche que la marche de minorités, de peuples divers, bras dessus bras dessous, pour s'affirmer, revendiquer des droits, apporter un soutien. Pas sûr que ce type de marche soit d'une grande efficacité. Pas sûr non plus qu'elle ait été une grande communion de peuples et de religions diverses. Les Musulmans n'étaient pas si nombreux qu'on a voulu le croire et leurs enfants – j'en ai été le témoin – ont perturbé la minute de silence à la mémoire des journalistes de Charlie.

Reconnaître qu'on a été injuste, en l’occurrence avec les « flics », c'est bien. Dénoncer les violeurs, assassins, obscurantistes d'aujourd'hui, ce serait mieux.

Publié dans Musique

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