Témoignage d'une jeune enseignante qui en a marre

Publié le par Eminescu

La plupart des cours, en ZEP, se déroulent dans de toutes autres conditions. On n'a ici qu'un aperçu de la réalité. N'hésitez pas à lire ci-dessous ce que tout cela inspire à l'enseignant que je suis.

Décidément, l’État dilapide, dans l'éducation, des sommes colossales – en pure perte. Cette petite prof a bien du mérite. Pour le moment – elle l'affirme – elle n'est pas sous anti-dépresseur. Elle n'a pas trente ans, mais, dans dix, vingt ans, aura-t-elle toujours la même énergie ? Ne finira-t-elle pas par craquer ?

Elle en a marre. Comme on peut la comprendre ! En passant les concours de l'enseignement, elle croyait assez naïvement que son métier consisterait à transmettre des savoirs, à développer des formules, conduire des expériences avec ses élèves. Elle pensait à la flamme qu'elle verrait naître dans leurs yeux, les questions passionnantes auxquelles elle serait amenée à répondre. Au final, que fait-elle ? Elle demande à des gosses mal élevés (ils ne sont pas même intimidés par la caméra) d'enlever leur casquette, de ne pas consulter leurs messages en cours, de ne pas dormir sur les tables ou parler en même temps qu'elle. On a même, dans cette vidéo, un expert aux cheveux blancs qui vous explique que le prof doit à présent « construire les conditions nécessaires à la transmission des savoirs », et que cela est usant. Sans blague !

Il lâche une vérité qui suffit à cerner le problème : tout le monde, ou presque, intègre le lycée.

On y trouve ainsi des « chances pour la France », de vrais demeurés, des paresseux invétérés, qui ne sont pas en mesure d'écrire une phrase correcte syntaxiquement, de lire un énoncé, de comprendre les mots de la langue dont on use à l'école (pour eux, une œuvre « contemporaine » daterait du XVIIe siècle...). Cette petite Asiatique n'est pas méchante, ce doit être même une élève attachante, mais enfin, elle a seize ans et elle est incapable de comprendre Boule de suif, une nouvelle de Maupassant que je fais lire à des quatrièmes. (Soit dit en passant, je travaille en Lozère, et pas dans les quartiers nord de Marseille. Ceci explique peut-être cela...)

Enseigner la littérature à des élèves de cet acabit, à quoi cela rime-t-il ? A quoi bon gâcher de l'argent public ?

On a enfin ce grand gamin qui préférerait courir dehors. Il n'aime ni être enfermé en classe, ni faire ses devoirs. Il fait venir sa prof parce qu'il a la flemme de lire la consigne de son exercice, et elle est là pour l'expliquer, la paraphraser. Des adultes à Bac+5 sont au service de ce petit merdeux qui ne sait pas quoi faire de ses dix doigts.

Il a envie de respirer le grand air ? Mais qu'on lui donne des chaussures de sécurité, un casque, et qu'on lui fasse remplir une bétonnière ou monter des moellons sur un échafaudage. Il travaillera par tous les temps et son chef de chantier ne sera peut-être pas aussi patient et compréhensif que sa prof de chimie. En cas de problème, pas dit qu'il fasse une petite réunion pour mieux chercher l'origine de sa paresse et de son inertie. Peut-être aura-t-il des méthodes plus expéditives...

Non, je le répète, la plupart des élèves ne méritent pas les cours qu'on leur donne. Le collège unique, l'école obligatoire, bientôt, jusqu'à dix-huit ans (merci Belkacem) sont autant d'aberrations, d'inepties. Cette grande fabrique de chômeurs et d'assistés, cette vieillerie communiste, ce mammouth mal dégraissé, ce rêve – un cauchemar pour nous - de gauchos illuminés ne profite à personne : les uns ne progressent pas, quoi qu'on fasse pour eux, les autres, les bons, sont tirés vers le bas par les premiers. Rien à faire. Personne n'est gagnant dans cette histoire.

Publié dans Actualité

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Tietie007 30/01/2017 21:06

Tout à fait d'accord !

Eminescu 31/01/2017 17:24

Pas facile, en effet, d'être enseignant par les temps qui courent... Peut-être êtes-vous prof, vous aussi. Vous comprenez ainsi où on en est. Merci en tout cas pour votre commentaire!