La fureur des poètes

Publié le par Eminescu

Je parlais, il y a quelques jours, de La rage et la résignation; il faut que je vous touche un mot, à présent, de La fureur des poètes.

Je viens d'en refaire la couverture. On y retrouve toujours le Pauvre poète de Carl Spitzweg, mais avec des coloris et une présentation du titre et de l'auteur plus élaborés.

Je suis assez content de cette couverture: elle correspond à merveille à Beaucoeur, le poète incompris, mais aussi à Eminescu, un petit étudiant sans le sou. Il y a encore quelque chose de léger dans ce tableau. Certes, le personnage central a froid, si bien qu'il est obligé de travailler dans son lit et qu'il a enfourné dans son poêle quelques centaines de pages des lourds volumes qui encombrent la petites pièces. Il a suspendu un parapluie ouvert au plafond - espérons que cela ne lui porte pas malheur! - afin de se protéger des gouttières.

Mais cette vision de la misère n'est pas pesante, le peintre n'est pas dans la revendication et son poète n'a pas l'air malheureux.

Il y a dans mon œuvre la même légèreté. Mes deux textes sont empreints d'un humour débridé et, en les retravaillant, j'ai été surpris de la verve, de l'énergie débordante que je possédais il y a dix ans. Ils me tiennent particulièrement à cœur. Je crois sincèrement qu'ils ont de la valeur, et puis, de beaux souvenirs, sur lesquels je reviens dans la Préface, sont attachés à leur rédaction. Je vivais alors à Paris, dans une chambre de bonne que je partageais avec une jolie jeune fille. C'était le temps des amours. Je hantais les bibliothèques et j'avais la tête pleine de rêves de gloire.

Je place ici un extrait emblématique de La fureur des poètes. Les Blanchard viennent d'ouvrir une librairie dans une rue peu fréquentée de Paris et un slameur, Hervé Chteunick, organise pour eux une soirée "poésie" afin de leur attirer une clientèle. Mais les poètes qu'il amène avec lui sont des individus pour le moins hauts en couleurs. Ils représentent pour la plupart ces mouvements idéologiques et communautaires qui sont en train de détruire notre pays. Grofion est un prof de fac avec lequel je règle mes comptes.

Seul Léon Chenu m'est sympathique: c'est un Français vieux et fatigué, tout un symbole.

Dans l'extrait qui suit, donc, les poètes sont en train de se produire. Deux féministes hystériques clament un morceau de leur dernier opus: Tranchez-leur la bite!

Il y aurait beaucoup à écrire sur ce fantasme de la castration chez les femmes occidentales et sur sa présence dans les films et les médias. Les hommes de nos contrées ont été dévirilisés: plus de mâles protecteurs, de pères de famille, de guerriers, d'hommes déterminés et entreprenants. Ce sont des machos et, en même temps, les femmes méprisent et rejettent les grands dadais efféminés qu'elles se sont fabriqués...

Ritet (oh horreur !) sortit un sécateur d’une poche de son veston de cuir et l’agitant en l’air:

-Le signal est lancé, hurla-t-elle.

A travers le monde, femmes de tous les pays,

que vous soyez au plumard

avec votre chien de mari,

en train de curer les casseroles,

sous le bureau du patron,

dans la rue, dans le métro,

partout, TRANCHEZ TOUTES LES BITES !

Et elle se jeta sur les mâles qui restaient encore, écumante de rage, brandissant l’instrument du supplice. Touchbit et Chteunick se cachèrent derrière Grofion. Sylvain se dissimula derrière la caisse. Les autres se précipitèrent en masse par la porte. Dans la librairie désertée, il ne resta plus que quelques mamies qui appréciaient nos poètes délurés, plus par pédanterie que par un sens de l’esthétique dont elles étaient dépourvues.

Les sœurs terribles, lorsqu’elles n’eurent enfin plus aucun mâle sous les yeux, peu à peu s’apaisèrent. On vit Ritet, encore haletante de rage, glisser son sécateur dans la poche de son blouson, puis regagner sa place les mâchoires crispées.

Quand il les crut tout à fait calme, Chteunick sortit de sa cachette et parada à nouveau.

-Super morceau, les filles… Ça c’est de la poésie engagée et… euh ! pas du chiqué, quoi. On voit que vous avez des convictions, pfiou !

-Toi, fais gaffe, sale couillu de merde !

Chteunick ravala nerveusement sa salive en jetant de fréquents coups d’œil sur les mouvements des deux sœurs terribles. Madeleine Cerfès intervint encore fort à propos : elle usa de ces paroles douces, qui, dans les salles de cours, viennent à bout quelquefois des plus graves conflits. Quelles ne sont pas les vertus du dialogue ! Elle sut convaincre les deux sœurs qui perdirent un peu de leur agressivité, grommelant tout juste dans leur coin.

Chteunick se remit de sa frayeur et le concours put reprendre.

N'hésitez pas à vous rendre sur la boutique Amazon à l'adresse suivante: La fureur des poètes.

La couverture de mon ebook

La couverture de mon ebook

Publié dans Romans

Commenter cet article