Guerilla de Laurent Obertone

Publié le par Eminescu

Sous-titre: "Le jour où tout s'embrasa". Tel est le cadeau que j'ai trouvé sous le sapin, à Noël. Couverture soignée, chapitres courts, présentation agréable et moderne. Un travail de qualité aux éditions Ring. Il m'a fallu une soirée pour lire les quatre cents pages de ce roman.

Du même auteur, j'ai lu encore deux essais: La France Orange mécanique (une enquête décapante sur la montée de l'ultra-violence et le laxisme de la justice) et La France Big Brother, qui fait suite au premier volume et dresse un état des lieux du système politico-médiatique (quelques portraits, je pense à ceux de BHL et de Hollande, tout à fait réussis). Un troisième opus, dont j'ignore le contenu, complétera bientôt la trilogie.

Guerrilla, roman d'anticipation, a pour cadre une époque proche de la nôtre, mais dont la date n'est pas précisée. En cela, il rejoint Soumission de Houellebecq, et sa présidentielle de 2022. L'écart entre la réalité et l'antiracisme de gauche s'est encore creusé et la compassion pour les étrangers n'a plus de limites. Un monde orwellien, avec pour Novlangue le "très-bien-vivre-ensemble", des rues "Traoré" et "Fofana" et une "cité Taubira".

Le président, un certain Chalarose, alter ego de Hollande - notre auteur ne le porte pas dans son cœur -, ses comparses, politiciens lâches et journalistes hypocrites ou inconscients, cèdent toujours plus de terrain aux voyous et aux islamistes. Un incident éclate suite à une bavure policière: dans la cité Taubira, un flic ne supporte pas de voir son collègue passé à tabac par une "racaille", il craque, ouvre le feu. La banlieue s'embrase. Les médias prennent fait et cause pour les casseurs. Les anti-fa se rangent à leurs côtés. L'émeute tourne à la guerre civile et le pays tout entier sombre dans le chaos.

Un scénario hautement probable, et dont le déroulement inexorable fait froid dans le dos.

Ce roman n'est pas mauvais, loin de là. Il n'en comporte pas moins des faiblesses bien françaises. Ecrit par un polémiste, il s'attache aux idées au détriment de l'histoire. Les événements sont là pour illustrer un propos. La charge contre le système politico-médiatique est trop explicite. L'auteur aurait dû laisser les faits parler d'eux mêmes. Les personnages, souvent caricaturaux, manquent de justesse. Non. Les gauchistes ne sont pas psychotiques au point d'ignorer le danger. Ils sont schizophrènes. D'un côté, ils ne voient pas de liens entre immigrations et insécurité, de l'autre, ils fuient les banlieues où se concentrent les étrangers.

Dernière critique. Il manque, dans ce roman, des personnages forts pour incarner le mal qui ravage la France. En l'absence de leaders crédibles, on ne comprend pas les actions coordonnées de délinquants et de terroristes. Au fait de l'actualité comme il l'est, Obertone aurait pu imaginer une attaque d'envergure pilotée de l'étrangers. Un pétro monarque saoudien pris d'une fièvre mystique, et qui voudrait instaurer un califat mondial. A titre d'exemple.

Que ces réserves ne vous empêchent pas néanmoins de vous plonger dans Guerilla. Laurent Obertone est un écrivain jeune, prolifique et talentueux. Nombre de personnages sont réussis. Sont rendues à merveille la lâcheté des petits employés et la bêtises de certains étudiants, de même que le bazar dans les classes de banlieues - cela m'a rappelé de bien mauvais souvenirs. Laurent Obertone a une plume - et quelle plume! - et, comme je l'ai déjà dit, son roman ne se lit pas, il se dévore.

Et puis, allez, avant de vous quitter, un petit extrait de dialogue. Un médecin urgentiste s'entretient avec son patient, victime d'une agression:

Aussitôt, le blessé se défendit.

"Je ne leur ai rien fait!"

Le médecin ne répondit pas, le laissa mijoter. Le patient crut devoir se justifier.

"Je ne dis pas non plus que c'est leur faute à eux. C'est une responsabilité collective. Ces jeunes sont victimes de quartiers sinistrés...

-Ce n'est pas la queue qui remue le chien.

-Comment?

-Vous n'avez jamais imaginé que ça puisse être eux, vos jeunes, qui sinistrent tous les quartiers qu'ils rencontrent, et accessoirement tous les gens qu'ils croisent?..."

 

Guerilla ou la chronique des derniers jours de la France.

Guerilla ou la chronique des derniers jours de la France.

Publié dans Littérature

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