Les vacances de Noël et Le Trône de fer de George R.R. Martin

Publié le par Eminescu

Le monstre islamiste qui a semé la mort à Berlin a été abattu - nous ne le plaindrons pas. Il ne répandra pas le poison de son fanatisme dans les prisons d'Europe. Néanmoins, le mal est fait: lui et les siens auront gâché nos réjouissances religieuses et nationales et endeuillé notre pays depuis plus d'un an. L'immigration d'un côté, les attentats de l'autre... les gens sont à bout.

Pour ma part, je vis reclus dans ma petite ferme de Lozère. Ce sont les vacances depuis une semaine. J'en profite pour prendre un peu de repos. La réforme de Belkacem - en vigueur cette année - épuise les enseignants en pure perte. Rarement j'ai été aussi nerveux et aussi tendu. Moi qui fais cours d'ordinaire avec enthousiasme et énergie, je me suis vu flancher plusieurs fois. J'ai été bien falot, et je regrette, quand je pense à certains chefs-d'œuvre que j'ai fait étudier, de ne pas avoir été plus convaincant. Quand il s'agit de littérature, on se doit d'être au sommet.

Ces derniers jours, donc, je rattrape de nombreuses heures de sommeil en retard, je bois du bon vin, mange de la charcuterie, je fume. Et je lis Le Trône de fer de George R.R. Martin.

Surprenant, me dira-t-on, pour un amateur de littérature française. Pas tant que ça. Je me passionne depuis mon adolescence pour la Fantasy. Je suis en train, même, d'écrire un roman dans le genre.

Et le Trône de fer, qui a donné une série assez exceptionnelle, est une saga à vous couper le souffle. Je ne me suis pas plongé dans le texte original et la traduction est lourde, verbeuse, archaïsante. Il n'empêche que l'inventivité et la profusion narrative de l'œuvre me ravissent. Je déteste, dans ce type de littérature, les décors de carton pâte et les intrigues toutes faites (les Elfes blancs, alliés aux Nains des montagnes, parviendront-ils à reprendre le joyau que le Seigneur ténébreux leur a dérobé?).

Après Tolkien je me demandais comment il était possible de créer un univers original et abouti. Je me désintéressais de la Fantasy. George Martin m'y a raccroché.

Son cachet? Une plus grande violence, un manichéisme moins tranché, une grande amoralité et une analyse fine des jeux de pouvoirs. Son monde ressemble à bien des égards à la Grande-Bretagne, avec, au nord, un mur d'Hadrien de glace, qui protège les sept couronnes de sauvages et de mystérieux marcheurs blancs. Au sud, plusieurs grandes familles, se distinguant chacune par leurs armoiries, se disputent un trône constitué d'épées - tout un symbole.

Il est à noter encore que les saisons durent plusieurs années et qu'au début de la saga, un été particulièrement long est en train de s'achever. Un hiver des plus rudes et des plus menaçants s'annonce. Winter is coming!

L'auteur, chose rare, sait nous faire entrer dans ce monde, nous le faire voir, ressentir, et il est inépuisable dans la création de personnages plus vrais que nature que l'on suit tour à tour, au gré de leurs pérégrinations - l'intérêt de la lecture, grâce à ces nombreuses intrigues, en est sans cesse renouvelé. Par moments, on a l'impression soi même d'arpenter ces terres âpres et de prendre part à cette épopée complexe, sanglante et particulièrement cynique.

La lecture, l'écriture, voilà donc mes plaisirs, en cette première semaine de vacances. Demain, ce seront les réjouissances de Noël, en famille.

Qu'on critique les Américains tant qu'on voudra, eux seuls savent produire des séries d'une telle qualité. Ils ont des moyens, me direz-vous. Oui, et ils savent s'en servir.

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