Ne nous laissez pas seuls: Baptiste face à Ferraton

Publié le par Eminescu

Voici l'extrait que je vous avais promis dans Les adolescents sont souvent pervers, extrait tiré de mon dernier roman, Ne nous laissez pas seuls. Baptiste, mon héros, se retrouve confronté au harcèlement auquel il croyait avoir échappé. Il était en train de se faire des amis, commençait à se sentir bien dans son nouveau collège, quand soudain... Je tiens à vous prévenir que mon texte est assez cru mais, comme je l'ai déjà dit, les adolescents sont souvent grossiers et cruels. Travaillant avec des collégiens, je suis bien placé pour le savoir.

 

Baptiste aurait voulu parler du match avec ses nouveaux amis, en retournant au collège. Mais, tandis qu'il se joignait à eux dans la cour, il ressentit de fortes douleurs au ventre. C'étaient des gargouillis et des gaz qu'il avait toutes les peines du monde à retenir. Avant de partir, il avait avalé du lait qui avait traîné au frigo.

Il se recroquevilla un peu, se tordit le derrière. Enfin, n'y tenant plus, il gagna les toilettes. Il ne vit pas, à l'autre bout de la cour, Ferraton qui lui emboîtait le pas.

Ces toilettes comportaient, dans la partie réservée aux garçons, deux urinoirs noircis par des traînées de moisissure et, au fond, deux WC dont le réservoir se trouvait en hauteur – on en déversait le contenu en tirant sur un cordon que les élèves cassaient sans arrêt. Les portes et la cloison séparant les deux WC ne montaient pas jusqu'au plafond.

Baptiste était en train de se soulager les intestins, quand il entendit quelqu'un entrer.

–T'es là, ma petite salope ?

 

 

Baptiste s'arrêta de respirer. C'était la voix de Ferraton.

–... Hmm, une bonne odeur de merde. T'as la chiasse ? C'est ça. De la merde bien chaude te passe dans le trou de balle. Hmm, ça te fait du bien, t'aimes ça ?... Hein que ça te fait du bien ?

Il marchait de long en large de l'autre côté de la cloison. Baptiste était tétanisé.

–... Allez ! Je sais que t'es là. Je t'ai vu entrer. Tu peux me parler. Fais pas le timide... Ça fait longtemps que je t'ai pas emmerdé. Je t'ai manqué, hein ?... Allez ! Fais pas comme si t'étais pas là, ma petite pédale. Tu crois pas que tu vas t'en tirer comme ça ?

Ferraton s'aplatit sur le sol et poussa un grognement en apercevant les pieds et le pantalon baissé de Baptiste. Il entra alors dans le WC d'à côté, monta sur les toilettes et se hissa par-dessus la cloison.

–Coucou ! Je savais bien que t'étais là !

–T'es complètement malade, s'écria Baptiste en voyant briller, au-dessus de lui, l'appareil dentaire de Ferraton. Barre-toi, putain ! T'as un problème dans ta tête !

–Enlève tes mains ! Je veux voir si t'as mis des poils autour de ta bite !

Avec les excréments qui lui barbouillaient l'intérieur des fesses, Baptiste ne pouvait pas remonter son pantalon, ni s'essuyer sous les yeux de l'autre. Il était cloué sur place.

Ferraton l'avait bien compris et il restait suspendu au-dessus de la cloison à sourire et à passer les lèvres sur les bagues de son appareil dentaire.

Quand il put enfin retrouver ses copains, Baptiste avait oublié Boris Becker et son service. Il réentendait les surnoms et les obscénités, se voyait entouré à nouveau de camarades hostiles. Les méchancetés et les railleries de l'hiver allaient reprendre et il se demandait où il trouverait la force de les supporter.

À la première sonnerie, il ne gagna pas l'aire réservée à sa classe, mais erra, seul, un peu plus loin. Un surveillant l'invita à se ranger. Il l'envoya promener.

Les professeurs vinrent chercher leurs classes. Son groupe et celui de Ferraton se mélangèrent à l'entrée du grand hall.

–Hmm, glissa Ferraton à l'oreille de Baptiste. Tu sens encore la merde. J'aime ça. T'as envie...

–Fous-moi la paix ! Fous-moi la paix ! le coupa l'autre en le repoussant du coude.

Un professeur se retourna.

–Hé ! Du calme tous les deux ! Qu'est-ce qui vous prend ?...

–Je sais pas ce qu'il a, répondit Ferraton, benoîtement. Il se met à m'agresser, comme ça. Il a la diarrhée. C'est peut-être ce qui le met de mauvaise humeur.

Ne nous laissez pas seuls: Baptiste face à Ferraton

Publié dans Romans

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