Henning Mankell, Dan Brown et le fanatisme religieux

Publié le par Eminescu

Lire un livre de la première à la dernière page est toujours bon à quelque chose, quand bien même le livre en question n'est pas un chef d’œuvre. C'est ce que je me dis en refermant Avant le gel d'Henning Mankell. Je ne connaissais son auteur que de nom et, en l'empruntant à la bibliothèque, je m'attendais à un polar américain, un thriller mal écrit, mais haletant. Une œuvre anglo-saxonne, sans fioritures, simple et efficace. Raté. Mankell n'est pas américain, mais suédois. Ses personnages sont particulièrement fouillés, les rapports de l'individu à la famille et à son enfance l'obsèdent et, si ses connaissances bibliques sont limités, la sociologie qui ressort de son roman ne manque pas de finesse. (Un bémol sur ces étrangers un peu trop gentils et un peu trop bien intégrés : Mankell semble oublier leur goût immodéré pour les jupes et les cheveux blonds.)

 

On peut déplorer un « méchant » qui n'est guère effrayant ; pour parvenir à créer du frisson, il aurait fallu l'imaginer beaucoup plus pervers, beaucoup plus dangereux. Le suspense est limité dans la mesure où, par l'alternance des narrateurs, on sait ce que trame notre « méchant » avant même que l'enquête n'avance. L'inspecteur Wallander et sa fille ne font que découvrir ce que l'on sait déjà.

 

Mais ce qui me dérange le plus dans ce polar ne réside pas dans l'intrigue ou dans la représentation des immigrés.

 

Non.

 

Ce qui me pose question, c'est ce fanatisme dont on affuble les chrétiens. On le retrouve dans Anges et Démons et Le Da Vinci Code de Dan Brown. Ici, il n'est nullement question de l'Opus Dei ou d'un complot au Vatican, mais d'une secte qui s'apprête à commettre une série d'attentats dans des églises de Suède. Un an après le 11 septembre – le roman est paru en 2002 – c'est un peu fort de café. Le terrorisme serait donc propre aux chrétiens, et non aux musulmans, contrairement à ce que tendent à prouver tous les attentats commis depuis deux, trois ou quatre décennies... Ou peut-être l'auteur a-t-il voulu relativiser, comme le font souvent les gauchistes : cathos, juifs, musulmans, tous les mêmes. On dédouane l'immigré comme on peut.

 

Et puis une question, à laquelle vous pourrez peut-être répondre, m'est venue en reposant le livre dans un coin de mon bureau : ce roman serait-il paru si ces chrétiens fanatiques étaient des islamistes ? Je laisse imaginer la levée de boucliers à gauche et les accusation de fascisme et d'islamophobie. Sur la fin du roman, la fille de Wallander, séquestrée dans une église, urine dans un calice. Transposez la scène. Représentez-la dans une mosquée... et vous aurez un scandale à la Jyllands-Posten en 2005, une explosion de rage dans le monde musulman, et un écrivain à succès frappé par une fatwa à la Salman Rushdie.

 

Mankell n'a pas osé aller jusque là, évidemment. Il est plus confortable de frapper sur les chrétiens, plus confortable et infiniment moins dangereux.

 

Dernière question en guise de cerise sur le gâteau : peut-on écrire un roman à la Dan Brown où les religieux qui complotent depuis des siècles ne sont pas des papes, des moines et des curés, mais... des Juifs ?

 

Tiens, c'est marrant, on ne voit jamais en gare des thrillers de ce genre. Ce qu'on fait pour les uns, on ne le fait donc pas pour les autres ?...

Salman Rushdie. Allez voir la page que lui consacre Wilipedia et vous verrez ce qu'il en coûte de s'attaquer à l'islam, religion de paix et de tolérance.

Salman Rushdie. Allez voir la page que lui consacre Wilipedia et vous verrez ce qu'il en coûte de s'attaquer à l'islam, religion de paix et de tolérance.

Publié dans Littérature, Islam, Immigration

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