Débat autour de l'égalité

Publié le par Eminescu

-Avec les nouveaux programmes, on est obligé, de faire beaucoup d'oral, me confiait hier une collègue travaillant dans un lycée près de Lyon. Comme si nos élèves n'étaient pas assez bavards. Au lieu de les faire parler à tort et à travers, on ferait mieux de leur apprendre à se taire et à écouter leurs profs...

Entièrement d'accord. Même dans mon petit collège de Lozère, les adolescents ont tendance à croire qu'une salle de classe est un salon de discussion.

Elle me raconte alors le débat qu'elle a mené la semaine dernière avec une classe de seconde. Le thème était: "Une société parfaitement égalitaire est-elle souhaitable?" Pour pouvoir lancer la discussion, il s'agit d'abord d'instaurer des conditions favorables. Dix bonnes minutes, donc, pour obtenir un semblant de silence et pour amener ces chers élèves à se rendre compte qu'on leur posait une question... A laquelle il fallait répondre...

Dans un premier temps, ma collègue est frappée par le peu d'intérêt porté à un sujet qui est, et sera toujours, brûlant d'actualité. A l'âge où l'on est épris d'idéal et de justice, ses lycéens se contentent de hausser les épaules et de retourner à leurs bavardages: les garçons s'intéressent aux résultats de Ligue 1, les filles aux émissions de télé-réalité.

Plus édifiantes encore sont les réponses qu'elle réussit à leur arracher. Personne n'est partisan de l'égalité, ou même d'une quelconque forme de justice sociale. Impossible de diviser la classe en deux groupes et de lancer le débat. Il n'y a que des "contre"!

Leurs arguments?

Les pauvres n'ont que ce qu'ils méritent, ils ne veulent pas travailler. Nous ne sommes pas égaux; aussi, il est normal que nous n'ayons pas les mêmes salaires.

Ma collègue leur fait remarquer que, dans un pays plus solidaire, tout le monde aurait un logement, qu'il n'y aurait personne dans la rue...

Les clochards veulent bien coucher dehors, s'entend-elle répondre. Ils ne veulent pas s'en sortir. Ils ne pensent qu'à boire. On ne parle pas, d'ailleurs, de clochards, mais de "clodos".

Le débat tourne court et ma collègue s'empresse de passer à la suite. Elle se met à dicter, devant des ados avachis sur leur bureau, amorphes, une explication de texte où elle commente comme il se doit personnifications et métaphores.

-Dans ce qu'ils disent, il y a une grande part de provocation, me confiait-elle, hier, autour d'un verre. Ils parlent à la légère, sans réfléchir, lancent des jugements à l'emporte-pièce. Avant de les laisser s'exprimer sur le sujet, on devrait les faire travailler dans des associations comme les Resto du Cœur ou le Secours catholique, leur faire côtoyer la misère de près. Histoire qu'ils parlent en connaissance de cause. Quand on est au chaud l'hiver, il est facile de lancer des "y a qu'à" sur les SDF.

Pour ma part, je me suis souvenu d'avis beaucoup plus mitigés quand j'étais élève. Les temps changent. Dans les années 70, on aurait trouvé indécent qu'un patron puisse toucher cent fois le salaire de ses ouvriers. Le parti communiste était encore puissant, la France profonde catholique. La droite avait des valeurs. La gauche ne s'intéressait pas seulement aux migrants et aux homosexuels. Les propos de ses lycéens sont le reflet d'un libéralisme triomphant.

Mais, quelque part, - c'est la conclusion à laquelle nous sommes arrivés en fin de soirée - les jeunes générations développent un système de pensées en adéquation avec le monde dans lequel elles vivent. Un ensemble de valeurs qui leur permettra de mieux l'accepter. Car, on le sent bien, le monde de demain sera inégalitaire et anti-démocratique. L'Europe se réduira à un ensemble de nations moribondes, croulant sous une immigration de masse et phagocytées par de grandes multinationales.

Quelle place y trouveront ces enfants gâtés quand ils sortiront du cocon de l'école? Aucune. On leur laissera une connexion Internet, des matchs de foot à la télé et assez de sous pour remplir un caddie de cochonneries bon marché une fois par semaine. Du pain et des jeux.

Quelque part, il y a du bon dans leur propos. Ils ne veulent pas d'une société plus juste. Très bien. Ils seront les premiers à en faire les frais.

De temps à autre, les lycéens sortent de leur léthargie pour faire l'école buissonnière. Toutes les occasions sont bonnes pour jouer à cache-cache avec les flics. Mais, ils arrivent que des racailles viennent leur casser la gueule et les dépouiller. Ce qui n'empêche pas nos lycéens de prendre le parti des étrangers en banlieues contre des flics prétendument racistes...

De temps à autre, les lycéens sortent de leur léthargie pour faire l'école buissonnière. Toutes les occasions sont bonnes pour jouer à cache-cache avec les flics. Mais, ils arrivent que des racailles viennent leur casser la gueule et les dépouiller. Ce qui n'empêche pas nos lycéens de prendre le parti des étrangers en banlieues contre des flics prétendument racistes...

Publié dans Education nationale

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