L'explication de texte (2)

Publié le par Eminescu

 (Mes chers lecteurs, voici la suite de l'Explication de texte dont vous avez eu hier le préambule. Comme je vous l'ai dit déjà, je m'y moque plaisamment de ces exercices débiles que l'on a tous subi pour le bac de français ou à la fac de lettres, pour ceux qui l'ont connu. Je déteste tout particulièrement les milieux universitaires, pour ce qu'ils font d'auteurs géniaux: ils ont le don de tout massacrer avec leurs réflexions absconses. Je m'y moque également de l'étudiant que j'ai été, qui rentrait dans ce jeu et se prenait pour un génie, alors qu'il n'était qu'un petit branleur.)    

INTRODUCTION

 

 

            -De tout temps, les hommes ont fait parler les animaux…

            Brrr non ! Se souvenir encore des conseils de Madame Manobot. Oh évitez à tout prix les introductions toutes faites du type : « Il est intéressant de se demander ou de tout temps les hommes… »

            Je toussai fortement.

            -Excusez-moi, je me reprends… Les hommes par le passé et encore aujourd’hui font parler les animaux. On en avait un bel exemple, il y a dix ans environ, avec le bebêt-show et maintenant avec, euh, le Monde de Narnia… ce lion blanc, là, qui parle…

            -Hmm…

            -Jean de La Fontaine, grand écrivain du XVIIème siècle a écrit des fables en s’inspirant des auteurs de l’Antiquité, Phèdre et Esope.

            Même si tout cela était banal, je lui montrais qu’au moins, j’avais jeté un œil à son cours, mais alors juste un œil.

            -« Le Corbeau et le renard » est une de ses fables les plus connues… Nous ferons de ce texte un commentaire composé…

            Bien préciser au moment de l’introduction quel type d’étude on va faire, si on va raconter des sottises à chaque ligne du texte, auquel cas on fait une étude linéaire, ou si l’on va réunir ses sottises et les fourrer en tas dans plusieurs parties – on appelle cela un commentaire composé. Il s’agit toujours de broder sur un texte qui dit très bien de lui-même ce qu’il a à dire.

-Un commentaire composé…

Ouf ! J’y ai pensé. Il ne me manque plus qu’à annoncer mes parties.

-Dans un premier temps, nous verrons la dimension mythico-phénicienne de la fable à travers son code crypté à la Dan Brown. (Ca vous interpelle, hein ?, ma petite dame.) … puis, la portée Nietzschéenne et d’une manière plus générale teutono-philosophique du texte. (Pour bien englober tous mes philosophes, je fis un vaste mouvement des bras que j’avais vu faire à un vieux prof en amphi.) … enfin et pour finir (brrr ! le vilain pléonasme) keuf ! keuf ! euh… dans un dernier temps, nous étudierons notre texte avec les outils de la psychocritique.

Oh, oh, que ça va être bien ! Ca y est ! Cette fois, je suis lancé.

-Bien, je vais procéder à la lecture du texte :

 

Le Corbeau et le renard

Maître Corbeau, sur un arbre… tatati…

dans son bec un fromage… tatata…

Vous êtes le phénix des hôtes de ses bois…

Tatati tatata… 

-Bien alors penchons-nous d’abord sur le titre, « Le Corbeau… »

-Je vous interromps…

-… ?

-Vous n’avez pas annoncé votre axe de lecture. On doit toujours le faire, même pour une lecture méthodique…

-Oui… (Merde, je l’avais oubliée cette histoire d’axe. C’est ça quand on note pas les choses.) j’allais justement le faire, euh, à partir du titre ! Oui, c’est un moyen plus vivant d’introduire mon axe.

Je réunis mes doigts autour de mon pouce et les tenais levé devant son nez.

-Le corbeau… c’est là un côté mystique, l’animal païen par excellence (Tiens, c’est pas mal ça.) On se souviendra du corbeau sur l’épaule d’Odin, le… Zeus germanique, animal maléfique par cette suspicion qui plane au moyen âge sur tout ce susbstrat culturel. Le corbeau, c’est toute cette ambiguité mystérieuse, mystique du texte. Quant au renard, c’est-là la ruse, comme on le sait tous. Mais ici, bien évidemment, la ruse de l’herméneutique, c’est à dire le lecteur qui cherche les clefs du texte : nous !

Me voilà en petit prodige aux raccourcis géniaux.

-Mon axe de lecture est donc celui-ci : la mystique pagano-germanique face aux enquêtes sémantico-goupilesque, si vous me passez le néologisme.

Ni vu ni connu.

Elle me regarde avec un drôle de rictus, les yeux écarquillés, la langue pendante. Voilà ce que c’est d’avoir en face de soi un génie de la critique littéraire qui improvise.

Publié dans Nouvelles drolatiques

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