L'explication de texte (3)

Publié le par Eminescu

 

PREMIERE PARTIE

 

 

            -Bien, je vais commencer par ma première partie, la dimension mythico-phénicienne du texte… Pas évident, hein ?, de voir au premier coup d’œil c… cet aspect pourtant preignant, hein ?

            J’émis un petit rire. Mais la prof venait de se lever et, m’invitant à continuer d’un « je vous écoute », faisait un petit tour dans le couloir, vide à présent. Il me fallait être plus convaincant.

            -« Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. » Nous remarquons ici que la rhétorique de notre renard est des plus habiles par l’emploi de termes métaphorico-couresques ou couriques, si vous me passez le néologisme, qui seul peut expliciter ce rapport étroit entre le signifiant, le champ lexicalo-sémantique de la cour de Louis XIV et le signifié, ce simple et sale corbeau noir, mais « tenant dans son bec un fromage ».

            La prof était revenu dans la salle et regardait au dehors quelques étudiants attardés qui discutaient.

            -Mais le phénix, le phénix !, nous transporte du faste de la cour de Louis XIV, jusque dans l’univers de la mythologie et ce pour magnifier le corbeau… ouh, oh, oh ! (Il faut lui montrer ma vaste culture. « Dans la vie, on montre ce qu’on sait faire », comme me le répétait un prof d’Anglais au lycée.) Le phénix, hmm !, le phénix, c’est cet oiseau, comme vous le savez, qui a donné son nom à la Phénicie, l’actuel Liban. Il vivait mille ans et, quand il sentait la mort l’approcher, mettait feu à son nid et s’immolait dans les flammes. Puis il renaissait de ses cendres.

            Vous pouvez dire ce que vous voulez du moment que vous le DEMONTREZ !

            -Nous pouvons donc affirmer avec certitude, - et cette information pourrait révolutionner la vision que l’on a de ce texte archiconnu -, nous pouvons donc affirmer que la scène de cette fable prend place au Moyen Orient et plus particulièrement au Liban. (La prof, qui était retourné à son bureau, me regardait à présent, sérieuse.) Ce qui nous amène à penser cela, ce sont toutes les références à l’Orient qui émaillent le récit.

            Allez du plus simple au moins évident, telle est la grande règle de l’explication de texte.

            -Nous remarquons premièrement le doublet rimal « proie-joie ». « Proie », c’est bien entendu la prédation, la cruauté, associé ici à la jouissance, « joie », qui caractérise bien l’univers oriental tel qu’on le voyait au XVIIème siècle et que le représente Hugo dans les Orientales. Le sadisme orientalo-libannais (ce qu’ils sont beaux mes mots composés !) et également la magie.

            Cette fois, notre sommité fronce les sourcils.

            -Regardons de plus près les paroles du renard : nous avons un doublet rimique « ramage-plumage ». Dans ces deux termes fortement liés, nous trouvons chaque fois la syllabe « -mage ». Le mage vient précisément de l’Orient. Ceux que l’on appelait Chaldéens à Rome (merci à mes cours de Lettres Classiques) étaient réputés pour leur science de l’avenir, leurs savoirs occultes. C’étaient des mages !

            Notre scène se déroule donc en Orient. Et, ce qui me fait pencher pour le Liban, c’est cette référence codée – je dis codée car nous sommes en plein Da Vinci Code ; La Fontaine a écrit Phénix pour nous dire ceci : « La scène de ma fable se passe au Liban. »

            Soudain, je me laissai emporter par mes histoires de « mage », d’Orient et de Liban. Je revis le grand tableau de Delacroix, La Mort de Sardanapale, les corps nus, la chair fraîche de toutes ces femmes immolées. Il me sembla entendre du raï ou quelque musique arabe qui invite à se tortiller le derrière.

           

oué didi

           

De sur ma chaise, je me mis à remuer les épaules. Je vis la prof amusée au point de sourire et, encouragée par de petits rires, je me levai et secouai le bassin dans tous les sens.

           

ramage, plumage, mage du Liban

            ralaoui narala

            didi ou didi

 

            La docte dame, avec une moue rieuse, se leva à son tour et se dandina du buste en me donnant, dans le ventre, de grands coups de ses gros seins flasques.

 

            O joie de ma proie

            Ralaralaoua

 

            Je retrouvais bientôt mon calme, me rassis.

            -Nous avons bien vu, au cours de notre première partie, que La Fontaine, de façon plus ou moins codée, nous avertissait que sa fable se déroule en Orient et plus précisément au Liban. Mais, il nous faut encore explorer la dimension teutono-philosophique du texte, ce qui nous amène à notre…

           

 

Publié dans Nouvelles drolatiques

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