L'explication de texte (5)

Publié le par Eminescu

TROISIEME PARTIE

 

            -Le pan psychocritique…

            Il n’est pas concevable d’expliquer un texte à l’université sans consacrer une partie à la psychocritique. C’était dans ce domaine que portaient les travaux de notre prof que l’Etat payait à chercher et qui trouvait les pires monstruosités derrière les détails à première vue les plus innocents.

            -Le pan psychocritique sera le dernier point de notre explication.

Je vis la docte dame se mordre la lèvre inférieure tant cette place faite à ses études la comblait d’aise. Il me sembla tout à coup que grâce à ce mot de psychocritique et tout ce qui s’y rattache, j’avais en main un boîtier à hormone semblable à celui que je vis un soir très tard dans un film de la série rose. Le héros tournait un bouton de l’appareil et aussitôt une jeune sénatrice, qui vous redonnerait goût à la politique, avait des montées de chaleur, déboutonnait son chemisier et en sortait des seins qui me donnent encore une trique de cheval. Oui, j’avais en main un boîtier équipé d’un bouton circulaire, d’un écran et d’une aiguille indiquant le taux d’hormone dégagé.

            -Nous tâcherons (brrr, ne pas perdre mes effets par ce vilain « tâcherons »)… nous tenterons de déceler, derrière ces animaux-symboles riches de sens, un univers subconscient, des fantasmes tout droit sortis du cerveau de La Fontaine et que son sur-moi a transformé en ce texte on ne peut plus candide.

            Car il ne faut pas s’y tromper…

            Je tendis résolument mon index sous le nez de la prof.

            -…personne n’est dupe de ces histoires de corbeaux et de renard.

 

            Tenait en son bec un fromage…

 

            Mais il y a là, de toute évidence, une référence à l’amour comment dire…

            Je m’approchai d’elle pour lui susurrer à l’oreille :

            -…l’amour oral.

            Je revins à ma place tout en faisant un « mais oui » fort éloquent de la tête.

            -C’est là un désir de fellation qui gît dans l’inconscient de La Fontaine et qui se traduit par cette image d’un corbeau au bec on ne peut plus phallique. Et, je dirai même plus, le désir d’une fellation avec – oh ! passez moi la vulgarité - , avec éjaculation buccale. Je crois que la présence du fromage est on ne peut plus explicite : c’est du sperme !

            Derrière son bureau, la grande dame écarta les jambes pour laisser l’air brûlant de la pièce pénétrer entre ses cuisses. Mon boîtier faisait son effet.

            -Ah, vous le savez comme moi, La Fontaine était un grand libertin et, avant d’écrire ses Fables, a été l’auteur de contes érotiques. Mais oui ! Et il continue ici, mais de manière plus détournée, ses allusions graveleuses.

            Et ce renard, dites moi, ce peut-il être autre chose qu’un symbole phallique quand on se rappelle les paroles de la chanson…

            Et je bramai comme un veau en tapant du pied par-terre :

 

            -Eh non, c’est pas le diable-euh !

            C’est mon renard poilu !

            A la digue, à la digue,

            C’est mon renard poilu

            A la digue du cul

            -Et si c’est pas le diable-euh !

            Refous-moi le dans l’cul

            A la digue, à la digue…

 

            La Fontaine devait avoir présente à l’esprit cette chanson bien connue et… un rien paillarde.

            Je fis un clin d’œil à la dame qui respirait bruyamment sous le coup d’une violente émotion. Sur mon boîtier, l’aiguille approchait peu à peu de la zone rouge.

            Et nous l’avons vu par ailleurs, il cache ou plutôt il code à la Dan Brown, des obscénités derrière de simples animaux. Ainsi a-t-il pu tromper la vigilance de rudes censeurs, mais… pas la nôtre. Ah ! Ah !

            Mais, en filigrane dans ce texte, il y a encore plus que le désir de fellation.

           

            Que vous me semblez beau…

 

            Il est évident, à mon humble avis, que le corbeau et le renard sont homosexuels. Ces flatteries du renard à l’attention d’un autre animal mâle ne sont pas innocentes. C’est encore une manière ici de déguiser des tendances homosexuelles. Mais pourquoi ? A cette époque, l’homosexualité est synonyme de quoi ? Quelle est la référence voilée qui se cache derrière ces avances du renard ?

De toute évidence la sodomie. Les homosexuels, au cours de ces siècles d’intolérance, n’étaient que sodomites dignes du bûcher. Mais, ce renard, j’en suis presque convaincu, même si le texte ne le dit pas de manière explicite, se présente dos au corbeau, la queue levée. Il n’attend qu’une chose : c’est que le corbeau lui enfonce son bec dans l’anus.

Avec cette remarque, je tournai le bouton d’un cran et entendis, de l’autre côté du bureau, un profond gémissement.

-Le corbeau, toujours de son bec, « va et vient entre les reins » du renard. Et ce « ne se sentant plus de joie », mais c’est un orgasme : le corbeau jouit du bec. « Lâche sa proie », c’est l’éjaculation. Il lâche le paquet dans le fion du renard, si vous me passez l’expression.

A cette dernière analyse, la prof se leva, la chemise à moitié déboutonnée, le visage déformé par le désir. J’avais poussé le bouton un peu trop loin. Dans la pièce soudain, la lumière s’éteignit et du dehors les phares des voitures, les lampadaires et autres lumières de la ville firent courir sur le mur des halos multicolores. On se serait cru dans ces retransmissions du Crasy Horse sur lesquelles je me branlais aux alentours du nouvel an.

 

Tou nin non nin niiin

 

La dame, d’un geste brusque, ouvrit son chemisier si bien que je vis, sous un halo rouge, un solide soutien-gorge portant, de chaque côté, quelques kilos de nibard. Au dessous, une gaine de maintien peinait à contenir un épanchement de graisse. Elle arracha le soutif qu’elle me jeta sur la tête. Les seins libérés retombèrent sur la gaine. Tout en les massant, l’un contre l’autre, elle me jetait des regards coquins.

 

Je t’aime, je t’aime…

 

Elle se frotta le sexe sur un angle du bureau, ondulant du bassin, haletante de plaisir.

 

           Tou nin non nin niiin…

 

Je me levai à mon tour pour danser sur la musique qui envahissait la pièce. En partageant son délire, j’étais sûr de décrocher une bonne note. Aussi, je remuais un tantinet les hanches, claquait des doigts d’une main, faisais tournicoter le boîtier de l’autre, son gros soutif sur la tête, et souriais avec complaisance.

Mais ce n’était pas des sourires qu’elle voulait. Je le compris vite. D’un pas mesuré, fortement déhanché, cambrant les reins pour rehausser les gros seins qui tombaient, elle s’approcha de moi et me présenta sa croupe en relevant sa jupe, en baissant une grosse culotte de dentelles : un large cul qui avait connu la Révolution sexuelle.

 

           Je vais et je viens…

           

De la main, elle tâta à l’aveugle mon pantalon pour exciter le membre tant désiré.

           

Je vais et je…

           

Oh non ! Oh horreur ! Je ne puis, oh non !, je ne puis, même pour une bonne note, laisser cette vieille vicelarde souiller mon corps !

            Je laissai tomber à terre le boîtier qui se brisa en mille morceaux.

            La lumière revint.

            La docte dame, maître de conférence à Aix-Marseille II, comme si elle sortait d’un état d’hypnose, se releva toute confuse, considéra effarée sa nudité offerte à mes regards, ses habits en désordre. Elle remonta sa culotte en un éclair, couvrit à la hâte les gros seins du soutif qu’elle m’enleva de la tête, de ses deux pans de chemise, avant de se rasseoir.

            Je retournai également à ma place. Nous étions tous deux dans un tel état de confusion que nous faisions divers gestes brusques et maladroits sans oser nous regarder dans les yeux.

 

 

Publié dans Nouvelles drolatiques

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Mamat 12/05/2007 20:04

Franchement je trouve que t'as trop raison. ca veut rien dire tous ces trucs de francais: ouais métaphore et ché pas quoi. C'est bon, quand on sait lire et qu'on comprend, on a pas besoin de ces conneries. Mamat.

Eminescu 14/05/2007 18:54

Excuse-moi, Mamat, de pas t'avoir répondu plus tôt. T'as raison, pour moi, les critiques littéraires sont comme ces gens qui parlent au cinéma. Je les oppose à ceux, plus sains, qui y vont pour éprouver des émotions et non pour discutailler. Eminescu.