L'explication de texte (6)

Publié le par Eminescu

(Attention, l'explication de texte ne prend pas fin avec cette conclusion. Demain, la reprise de la prof vous attend. Hé oui, après un oral, il faut toujours que ces putains d'examinateurs poussent leur petite chansonnette.)

CONCLUSION

 

            Nous voici arrivés au terme de notre réflexion » dis-je alors que mes idées à nouveau s’embrouillaient. Et, dans un élan lyrique à la Chateaubriand, j’eus pu ajouter : « Tels deux voyageurs ayant atteint le sommet d’une haute montagne, nous pouvons poser nos bagages et contempler les vastes horizons qui s’offrent à nous. » Mais, mes précédentes élucubrations, mes débauches d’énergie, m’avaient trop coûté pour que je puisse encore m’exprimer avec une élégante profusion.

            Allez, on tient le coup les gars, putain ! Une petite voix dans ma tête douloureuse m’encourageait comme un entraîneur son équipe, quand ses joueurs mènent un à zéro à quelques minutes de la fin et que leurs adversaires font tout pour revenir à la marque.

            Allez putain, on le tient ce match. Ouais… c’est ça les gars, c’est ça !

            Non, je m’étais trop bien battu – j’avais trop bien étalé ma culture sous les yeux de la docte dame, non, je m’étais trop bien battu pour flancher.

            A la manière de Rocky qui se lève du ring en même temps que son adversaire Apollo Krid, dans un dernier sursaut, dans un effort intellectuel extrême, je résumai ma réflexion :

            -Comme nous l’avons vu au cours de notre étude, le corbeau, ce grand Phénicien de Libanais, cherche de son bec, le sens nitzschéen du texte dans l’anus du renard.

            La prof, encore abasourdie de mes chansons, revenait peu à peu à elle. Dans nos tête et devant nos yeux, tout est flou. Au bruit sourd du décompte de l’arbitre, nous nous relevons.

            Allez, putain, là, on le tient ! Plus qu’une minute là !

            Soudain retentit à mes oreilles la voix de Madame Manobot :

            Alors quand vous finissez une explication de texte – ou une dissertation -, n’oubliez pas que votre conclusion doit faire débat. Elle ne doit pas répondre de façon tranchée. Oh non ! Mais être une ouverture.

            Une ouverture… oui… une ouverture.

            -Mais au fond, l’incroyable foisonnement de sens de ce texte, toutes ces réflexions philosophiques qu’il sous-tend, Nietzsche, Kant, Schopenhauer, les chansons auxquelles il donne lieu, cet érotisme torride qui un moment nous a étreint, tout cela ne constitue-t-il pas sa richesse ? Nous avons à faire à un texte toujours en mouvement, que l’on interprète et réinterprète et qui nous ouvre, chaque fois, de nouveaux horizons.

            Et mon regard se perdit au loin, cherchant à percer la nuit qui bouchait les fenêtres. J’avais la tête qui tournait. La folle joie d’en avoir fini avec cet oral me faisait croire à un triomphe.

(à suivre) 

 

Publié dans Nouvelles drolatiques

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