L'élégance du hérisson de Muriel Barbery

Publié le par Eminescu

 

            L’Elégance du hérissonOn ne lit pas toujours pour le plaisir de lire. On lit aussi – chez moi, c’est souvent le cas – parce que tel ouvrage manque à une culture que l’on voudrait la plus étendue possible. J’avais vu le titre (L’Elégance du hérisson) sur les vitrines de quelques librairies ; il était mentionné encore sur le site d’un écrivain raté, mais plein d’autodérision, un écrivain qui recherchait la recette de son succès. Le vrai grand livre du moment. Je me devais de le connaître. J’ai cru tout d’abord à un roman à gros tirage comme toutes les niaiseries de Marc Lévy et j’ai été surpris – ça je dois bien le reconnaître – par deux choses rares dans un bouquin qui se vend : la qualité du style et la richesse des références culturelles. Muriel Barbery écrit bien. Elle a de toute évidence des facilités. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit prof de philo : Husserl, Marx et toutes sortes de réflexions philosophiques se font jour dès les premières pages. Elle sait jouer très heureusement sur l’alternance des narrateurs : la vieille concierge qui cache sa culture et la petite surdouée qui recherche quelque extase dans le quotidien pour se raccrocher à la vie. A la manière de La Joueuse de go, cette alternance crée des effets d’attente, accroche le lecteur ; puis dans une narration enjouée, spirituelle, un peu de cet esprit français qui remonte à Voltaire, notre sel Attique, des envolées lyriques saisissantes, quelques morceaux de toute beauté sur ce que l’art peut apporter à l’homme : un instant d’accalmie dans le torrent de l’existence.

Muriel Barbery
Jeune intellectuelle des années trente avec ses cernes sous les yeux, enfant terrible, belle, malicieuse, révoltée. Une vague ressemblance avec ces filles de bonne famille: Simone de Beauvoir, Weil... Amélie Nothomb? Sur d'autre photos, c'est plutôt la trentenaire aux cheveux trop longs, la profs un rien bab', qui se la joue jeun's et cool; ce qu'elle n'est plus.


              Voilà pour la première partie, la bonne. Pour ceux qui voudraient découvrir le roman, mieux vaudrait s’arrêter là. Comme le remarque avec malice un journaliste de Libé, Muriel Barbery à l’art de se révolter sur des sujets qui ne suscitent aucune polémique : les pauvres sont méprisés par les riches alors qu’ils peuvent être cultivés ; entre culture de l’élite et culture populaire, il n’y a pas à trancher ; on peut comprendre la colère des jeunes de banlieues privés de culture, de leurs racines. La gauche bohème dans toute sa splendeur ; et Muriel qui est formatrice à l’IUFM. J’ai horreur des romans à idées, presqu’autant que Céline. Trop de bons sentiments, de mièvreries. Finalement, notre auteur commence fort,  un peu comme un athlète de fond qui serait parti trop vite. Elle est plus douée pour exposer ses idées, camper son personnage – les parties descriptives et explicatives pourrait-on dire – que pour dénouer une intrigue. Elle finit par s’essouffler. La révélation finale sur le comportement de la concierge est aussi décevante que le pathétique de sa mort, aussi décevante que convenue.

Du talent, Muriel, dans le style, mais pour le fond, c’est loin d’être inoubliable. « A bien » pour madame la professeure.

Publié dans Littérature

Commenter cet article