Brillance du rêve, brièveté des jours

Publié le par Eminescu

Si je n'avais pas ce travail misérable, je me consacrerais à l'écriture de textes sublimes. Je pourrais m'entretenir avec les plus grands écrivains de ma génération et qui sait s'il  ne trouveraient pas quelque intérêt à ma discussion? Je m'égarerai dans le monde des Idées, oublierais à jamais les soucis du quotidien, les chéfaillons acariâtres. J'aurais eu du talent moi aussi, si l'on m'avait laissé ma chance. Et j'en suis réduit à me traîner dans cette vie commune aussi triste que la nuit qui assiège ma fenêtre quand résonne la stridence de mon réveil. Et il faut enfiler les quelques hardes éparpillées à terre; un goût métallique à la bouche de ce que l'on a trop grincé des dents dans le sommeil angoissé. Il faudra se farcir le turbin, suivre le troupeau morne qui n'a pour instinct que le confort d'un fauteuil le soir venu; la connerie télévisuelle. Et la nuit s'abbat tous les soirs sur mes projets repportés; je n'ai plus d'énergie. Je vais m'atteler à la tâche pourtant, un roman que je dois terminer et un long récit de mon enfance paysanne, détaillé, salutaire; empli d'éclats brefs comme l'éblouissement de pleins-feux soudains sur un pare-brise. L'art est exigent...  et les jours sont courts.

Publié dans Poèmes

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