Le Chambon, caca-fion !

Publié le par Eminescu

 

(Pour ceux qui ne comprendraient pas ce pamphlet, je tiens à préciser que Le Chambon est un petit village du fin fond de la Haute-Loire (pas si loin finalement de ma ville de Saint Etienne). Dans ce petit bled bien paumé, en un hameau pourrave dit "Cheyne", se trouve une maison d'édition: "Cheyne éditeur", "maison vouée à la littérature contemporaine, à la poésie notamment"...) 



Le Chambon,

caca-fion !

Ils sont arrivés

à se péter le trognon.

C’est pas des cons,

hein !

 

 

 

 

 

            Caca-fion, le Chambon, caca-fion ! Ils ont osé, ils ont… à moi… ils ont pas pris mon petit, mon très beau… manuscrit ! Je l’avais travaillé avec soin, unissant mes plus beaux poèmes dans une courbe plus belle que la traînée d’une étoile filante. On en aurait pleuré. C’était du rêve à l’état pur, tout ce que l’on attend de la poésie. Je leur avais dit que j’étais de St Etienne, pas très loin de chez eux, et que je viendrais les voir pour tout régler s’il le fallait. Pas de réponse. Un courrier juste pour me dire que je serai prévenu avant la fin janvier. Et on est en février… Ils ont détruit mon manuscrit sans pitié.

Mais qu’est-ce qu’il leur faut à la fin ?

C’est à n’y rien comprendre cette poésie moderne. Encore pour les romans, on peut me traiter de raté aigri quand je m’acharne sur le Da Vinci Code : ça se vend. Mais leurs recueil, qui les achète ? Qui s’y intéresse ? Allez donc dans la rue, demandez ! « Donnez-moi, Madame, le nom d’un grand romancier d’aujourd’hui ? » « Ben, euh, Marc Levy ! » « Et un grand poète, le Victor Hugo, le Musset de notre vingt et unième siècle ? (La question en elle-même fait presque rire) « … » Pourquoi n’existe-t-il pas de grands poètes ? Posez-vous les bonnes questions à la fin !… Mais parce qu’on y comprend rien ! C’est une litanie de mots creux votre poésie !

Petite anecdote.

           Je m’étais rendu à une lecture de poésie du temps que je vivais à Paris comme un miséreux. J’avais trouvé cela pas cher. J’arrive donc à la Maison Molière. On me regarde un peu de travers. Je passe quand même dans une salle au fauteuil bien confortable, face à une scène sombre. Il y a un pupitre et une contre-basse. Le poète se présente, homme timide qui a délégué la lecture de son chef-d’œuvre à un grand dadet aux cheveux longs et blancs. Le poète s’en va. Un grincement de notes se fait entendre. Et voici que le vieux débite ces vers avec ces intonations propres à la poésie moderne, où traînent les fins de mots : « Cette voiiiiiix… dans la neiiiiiiige, lààààà, si lointaiiiiiiine. » J’essaie de me concentrer, de m’accrocher à une possible histoire, j’essaie de deviner une structure ; il y a peut-être une harmonie secrète là-derrière. Je ne puis empêcher mon imagination de vagabonder. Et me voici en train de penser à quelque bonne lecture faite dans la journée, à ce que moi-même je pourrai écrire de beau et de grand… Il fait bon dans la salle, les lumières sont éteintes et la berceuse se fait entendre sur un rythme atténué, toujours plus lent… La contre-basse me réveille. Second poème. Je me rendors, et profondément cette fois, si bien que seuls les applaudissements me réveillent à la fin du spectacle. On jette un bouquet à la joueuse. Le poète s’extasie devant son lecteur. En effet, il n’a pas son pareil pour vous précipiter dans les bras de Morphée. On repart en s’étonnant que plus personne ne s’intéresse à la poésie.

C’est cela que vous publiez Cheyne, Chienne, Chié N ? (C’est à dessein que je place ici un de ces jeux de mot lacanien en concetto foireux qu’aiment tant les nouveaux poètes… ne riez pas, les leurs valent pas mieux…). Et vous refusez le sublime de mes poèmes ? Mais qui sait lire aujourd’hui ? Qui a le sens de l’art ? Il suffit de voir ce qui se fait sur le net : rien que du branlant, de la niaiserie. J’ai ôté la plupart de mes poèmes de mon blog tant j’avais l’impression de jeter de la confiture au cochon. Ah il faudra rééduquer les masses, et leur redonner une vision saine des belles choses. Durs comme Cheyne, dans vos Cheyne comme le malheureux de Platon dans cha caverne, sortez de votre trou sombre de Haute-Loire et ouvrez les yeux, -même si la lumière vous fait mal - sur les talents véritables ! Cessez de dormir et de nous endormir avec vos auteurs de merde ! En attendant laissez-moi entonner une chanson vengeresse, ma petite chanson au diapason de vos poèmes.

 

 

 

 

Le Chambon

caca-fion !

Ils sont arrivés

à se péter le trognon.

C’est pas des cons,
hein! 





Depuis peu, le village du Chambon-sur-lignon est dirigé par la mairesse Wauquiez La Motte

Le Chambon-sur-Lignon, au creux de ses collines boisées. Le village est dirigé depuis quelques mois par l'excellente Madame Wauquiez La Motte. La fumée que l'on voit en arrière plan doit provenir de mon manuscrit qui sert à allimenter la chaudière.



Note de l'auteur:

A la lecture des quelques extraits du site de "Cheyne éditueur" ci-dessous, je comprends mieux ce qui a pu arriver à mon petit chéri. C'est aussi  un peu du style de vie de ces gens-là qui nous est livré.


Cheyne : réapprendre le temps du livre


C'est par Saint-Étienne que l'on passe pour atteindre Le Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), puis un lieu-dit qui porte le nom de Cheyne et que la maison d'édition, fondée par Jean-François Manier et Martine Mellinette, ne tarda pas à endosser, lors de son installation dans l'ancienne école communale.

Poésie sous le Cheyne (!!!)

« C'est beau les hommes qui cherchent ensemble la vérité. » La chose est peu banale : on trouve cette phrase sur un prospectus. Elle est d'Albert Camus ; le document, de l'office de tourisme du Chambon-sur-Lignon.

Le phénomène Matin brun

Le succès de Matin brun semble improbable. Comment un texte publié en 1998, par un éditeur de poésie, Cheyne, qui fait son métier en artisan, est-il devenu un best-seller ?

Manuscrits
Deux sur huit cent

Tous les jours, vers 14 heures, le facteur vient déposer au moins deux manuscrits, après avoir traversé un plateau gelé (moins 10 degrés l'hiver si tout va bien) parfois fréquenté par un chasse-neige. Soit au total 800 manuscrits par an dont deux tout au plus sortiront du lot. Auteurs publiés pour la première fois, méconnus ou habitués de la maison, Cheyne ne fonctionne pas selon la logique de la commande. Les textes arrivent, voilà tout, comme avec le vent. Ils passent entre tes mains de Béatrice qui va les enregistrer et les ranger par ordre d'arrivée, prévenir leur auteur des deux mois de délai d'attente. Chaque vendredi c'est une pile de 500 pages qui attend Jean-François Manier et Martine Mellinette. Lus et relus durant le week-end les manuscrits suivent les déambulations de chacun - de la chambre au salon. Ceux qui resteront sur la table de bois seront lus par les poètes du noyau dur de la maison, au fil de leur passage. Les deux mois écoulés, si rien n'est parvenu dans votre boîte aux lettres, c'est que le format A4 et agrafé de vos oeuvres aura rejoint la chambre noire (ici c'est une remise) des manuscrits refusés. (les salopards!!!)
Dans le cas contraire, c'est à une lecture fine de votre futur livre que vous conviera Cheyne, avant que vous ne passiez par le plomb d'une Heidelberg 1965...

Autre note de l'auteur: un poème chambonesque pour donner à mes très chers lecteurs une idée des publications de Cheyne.

"Fée
On lui dit : fais ! Et elle le fait.
C’est aussi simple que ça avec elle."

Ce petit chef d'oeuvre appartient à un certain:

David DUMORTIER

Né en 1967 dans les Charentes. Habite Paris. Arabisant, a vécu en Syrie. Outre cinq titres à Cheyne, a publié aux éditions de L’Arbre, Colophon, Paris-Méditerranée et dans diverses revues, notamment Décharge (sic!), Digraphe, Gros-textes, Comme ça et autrement, Rétro-viseur, Triage, Gare maritime, Aujourd’hui poème. En 2007 est paru Croquis de métro aux éditions Le Temps des cerises. Intervient régulièrement en milieu scolaire (pauvres gamins!).




 

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