Un court roman en ligne!

Publié le par Eminescu

       Un court roman en ligne... Une longue nouvelle plutôt. C'est une histoire travaillé qui me vient tout droit de mon séjour à Paris. Rappelez-vous "Légèreté de l'âme, dureté de la matière " J'éprouvais alors un sentiment de haine et de révolte. Aussi mon histoire frappe fort par moment. Les gens aiment aujourd'hui les artistes subversifs, les voilà servis.
       Mais juste avant, je place une petite interview boufonne qui présente le texte. C'est un petit morceau assez vif qui se fait peu à peu plus sérieux.




Poètes d’aujourd’hui

 

suivis d’une explication de texte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTERVIEW D’EMINESCU

 

Le magasine Question-mag est allé trouver Monsieur Eminescu après le scandale qu’a suscité son dernier roman, Poètes d’aujourd’hui. Le compte-rendu de Patrick Jobart et Bernard Gross-Trick.

 

            Partis de Paris de bonne heure, nous avons découvert la ville de St Etienne où vit notre auteur. Nous apercevons les collines sombres et boisées du massif du Forez, puis ses terrils, son stade de football (Geoffroy Guichard), ses immeubles vétustes qui s’élèvent de chaque côté de son artère principale. Pour rejoindre le quartier de la « Cotonne », il nous faut affronter les sens-interdits, faire de dangereux démarrages en côte, d’impossibles détours. Nous arrivons devant un immense HLM des années soixante. Aucun interphone. La porte d’entrée tient à peine sur ses gonds. Dans le hall, les boîtes aux lettres ont été incendiées. Notre auteur habite au huitième et l’ascenseur est en panne. C’est donc à la force des mollets que nous gravissons les étages qui nous séparent de son appartement. Nous voilà devant sa porte, le doigt sur la sonnette… la sonnette ne fonctionne pas. Nous frappons.

Un jeune homme de vingt cinq ans environ nous ouvre. Il est encore en caleçon et ses cheveux, longs, sont mal-attachés. Derrière lui, un grand désordre et une odeur de vaisselle pas faite.

Question-mag : Bonjour, monsieur Eminescu, nous souhaiterions vous poser quelques questions à propos de votre dernier ouvrage… Vous permettez ?

Le jeune homme semble hésiter. Visiblement, il se serait bien passé de notre visite.

Q-M. : Ce ne sera pas long.

Eminescu : …bon, vous avez qu’à rentrer.

L’appartement de notre écrivain est tout d’une pièce. Il ne doit pas faire plus de vingt mètres carrés. A notre gauche, en entrant, un clic-clac qui n’a pas été remonté, dessus, une petite télévision - notre auteur devait la regarder allongé sur son lit. Au fond, un évier où s’entassent quelques assiettes et des plats sales. Sur la droite, un bureau où nous remarquons des feuilles éparpillées et griffonnées, probablement l’ébauche d’un nouveau roman ou de nouvelles : on dit que Mr Eminescu est un écrivain particulièrement prolifique. Au milieu, des vêtements et des livres, pêle-mêle.

E. : Euh, vous avez qu’à vous asseoir sur le lit.

Nous prenons place sur un drap jaunâtre aux taches douteuses. Mon collègue sort son calepin, son stylo. Je prépare les questions qui me sont venues à la lecture du roman en question. L’auteur s’assoit sur une chaise en bois qu’il fait craquer en se balançant dessus. Il rattache ses longs cheveux et manque tomber à la renverse. En l’observant plus attentivement, nous remarquons qu’il est très mince, a des yeux noirs et la peau brune.

Q.M. : Vous venez donc de sortir un roman intitulé Poètes d’aujourd’hui, que vous avez fait suivre d’une nouvelle, L’Explication de texte

E. : Oui, enfin, il faut tout dire d’un trait : Poète d’aujourd’hui suivi d’une explication de texte. Comme ça, on a l’impression que l’explication de texte est sur le roman, comme une post-face. Même si c’est pas vrai, ça fait mieux… non ?

Q.M. : Si vous voulez. Pour commencer par le roman, donc, pourquoi ce titre, Poètes d’aujourd’hui, on pourrait croire à une anthologie ou à un essai sur la poésie contemporaine, alors qu’on à affaire plutôt à un roman-pamphlet sur cette poésie ?

E. : Euh, ouais, ben j’ai choisi ce titre parce que ça avait un côté ironie. Puis, vous savez, en grec, le poète, c’était le « faiseur », poiètès, et en latin, ça donne poeta. Normalement, la diphtongue « oe » devrait donner « é » en français comme Cloelia qui devient Clélie. En fait, on devrait pas dire « poète », on devrait dire « pète » ! Ha ! Ha !

Q.M. : …

E. : Poète, pète. Comme dans le roman, Grofion…

Premier aperçu de ce verni de culture associé à des blagues d’un goût douteux.

Q.M. : C’est peut-être une clef de lecture, après tout. Bien, simplement, avant de revenir à ces critiques sur la poésie d’aujourd’hui, on voudrait vous interroger sur vos études. Votre roman est émaillé de références à l’Antiquité, vous venez de nous faire une sorte d’étymologie du mot « poète »…

E. : J’ai fait des études en lettres modernes, en philo et en lettres classiques, ouais. Le latin et le grec avec ses super héros, tout ça, c’était intéressant. Mais bon, les lettres classiques, c’est des sales bourges avec leurs bouches en cul de poule, là (espèce de borborygme exprimant le dédain ou le dégoût) et leurs trois balais dans le cul.

Q.M. : Et pour en revenir à la poésie d’aujourd’hui, qu’est-ce que vous lui reprochez, son hermétisme, son côté philosophique ou peut-être finalement tous ces poètes sont prétextes à une critique sociale plus vaste ?

E. : Ouais, c’est vrai que c’est trop de la merde la poésie de maintenant. Moi, je préfère Musset ou Victor Hugo que toutes ces conneries qui veulent rien dire. Au moins eux, y a des rimes et puis ils comptent leurs syllabes, quoi. Eh ! Franchement, personne achète plus ces trucs, ça veut bien dire que c’est nul. Moi je préfère, plutôt que de lire ça, ché pas, regarder un film de boules !

Nous nous regardons mon collègue et moi. Une cassette doit se trouver dans le magnétoscope intégré au téléviseur. Nous nous posons des questions sur ce que faisait l’auteur à notre venue, sur les taches près desquelles nous sommes assis.

Q.M. : Monsieur Eminescu, vous écrivez dans un style un peu ampoulé… si, c’est ampoulé quand même (nous pourrions même ajouter que cela sonne faux), un ton qui n’est ni de la colère, ni tout à fait de la moquerie. Vous avez des rencontres heureuses, hein, il faut le dire : des phrases assonancées, bien balancées, comme des alexandrins, tiens, très poétiques et puis des insultes, des horreurs, sur les sécrétions vaginales, les excréments, la masturbation et j’en passe… pourquoi ces ruptures de ton ?

E. : Aristophane et Rabelais l’ont bien fait eux à leur époque. Ça pose pas de problèmes parce que c’est vieux et que leurs problèmes ne sont plus les nôtres, qu’on laisse de côté le plus sulfureux aussi. Bon, pourquoi je pourrais pas faire pareil aujourd’hui.

Il nous semble que le débat s’élève un tantinet.

Q.M. : Justement, quand vous décrivez un universitaire qui empuantit une librairie de ses flatulences, une autre qui cherche à se faire sodomiser – excusez-moi, mais c’est dans votre texte – un homosexuel vraiment caricatural, des féministes castratrices, vous cherchez à prouver quoi ? Vous êtes un néo-réac, un fasciste, un nihiliste ?

E. : Rien de tout ça. Je trouve que c’est marrant, c’est tout. Les blagues sur les homos, ça me fait trop délirer. D’ailleurs, vous savez comment on fait pour asseoir quatre pédés sur un tabouret ?

Q.M. : Non… enfin si, on a lu le passage, merci… Bien. Vous trouvez pas qu’il est grave de plaisanter sur des sujets pareils ? Une loi sur l’homophobie a été votée, Monsieur Eminescu. Vous pourriez être poursuivi en justice. Que vous ont fait les homosexuels pour que vous les accabliez de moqueries pareilles ?

E. : Rien.

Q.M. : C’est un machisme de post-ado qui cherche à se rassurer sur sa sexualité ?

E. : Non, je vous dis. J’ai rien contre les homos. Je connais des potes qui le sont, ça me fait rien. Enfin, qu’est-ce que vous avez avec ça ? Vous le seriez pas un peu tous les deux pour être tout colère là-dessus ?

Nous nous regardons encore, mon collègue et moi. Nous sommes sur le point d’écourter l’entretien. Nous restons cependant et faisons comme si de rien n’était : l’auteur nous semble tout prêt de se dévoiler.

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