Annie Girardot ou des amitiés sélectives

Publié le par Eminescu

-... Quand même, c'est à tout le bataclan qu'ils font pour certains et pas pour d'autres qu'on voit ceux qu'ils ont dans le nez ou pas.

C'était la récré. Dans la salle des profs on parlait de l'actualité autour d'un café et Chris était sorti de son silence pour donner son avis. C'était assez rare.

-De qui tu parles?

Un collègue plus âgé le regardait avec les sourciles froncés. Un prof d'histoire proche de la retraite qui brodait sans arrêt sur ses origines étrangères et ironisait sur le racisme des vieux français.

-Des médias.

-Annie Girardot était une grande actrice, pourquoi ils en parleraient pas?

-Je sais pas... Avec d'autres, ils en font pas autant.

-Qui les autres?

-Ben par exemple...

Chris hésitait à le nommer. Mais ses collègues le pressait, le poussait, et il était allé trop loin.

-Georges Frêche. Ils en ont parlé à la va-vite à la fin de leur journal. On sentait qu'ils étaient pas objectifs...

-Objectifs? Avec un type qui traite les harkis de sous-hommes et comptent les noirs dans l'équipe de France?

-Il a fait des choses pour sa région.

-Quoi?

-Je sais pas... on le dit.

Notre jeune prof n'était pas très assuré et les autres avaient rapidement lâché le débat pour aborder des sujets plus consensuels: le laxisme du CPE ou les sixièmes 4.

Ce n'est qu'en allant chercher ses élèves dans la cour de récréation que Chris su ce qu'il aurait du dire, comment il aurait pu faire passer ses idées. Il refit la discussion dans sa tête, mais il était trop tard.

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