L'envers du décor (les publications en ligne)

Publié le par Eminescu

             Comme tout écrivain, je rêve d’être publié, de rencontrer d’autres auteurs et de parler avec eux de littérature. Au mois de mars de cette année, je rentrais chez moi bien las. J’avais fait le tour de toutes les agences intérim de Saint E’ sans décrocher la moindre mission. Putain de crise. Il me fallait gagner de l’argent ou au moins espérer des lendemains meilleurs. Et puis je sais pas pourquoi, j’eus un sursaut d’orgueil : tout à coup je décidai de me prendre en main. Et quoi ! J’avais dans mes tiroirs deux romans, un recueil de poèmes et quantité de nouvelles, pourquoi ne pas les publier sur le web ? Acquérir peu à peu une certaine notoriété? Savoir comment les autres s’y Diderot par Louis-Michel van Loo, 1767.prennent ? Soumettre tout simplement mes textes à l’avis des internautes.

            Je tapai "roman", "publication en ligne" et je tombai sur ceci : link

            Bref coup d’œil sur cette liste assommante. Je saute les liens commerciaux et me contente des premiers sites référencés. Oniris. Cela sonne étrangement. La racine grecque du rêve et un suffixe qui donne au tout les allures d’un dieu égyptien mystérieux.

            J’étais crevé. Les écrans d’ordinateur me fatiguent les yeux, me surchauffent la cervelle. Je créai un compte utilisateur, laissai mon plus beau poème (link) et une nouvelle sympa (Le cigarillo ). Je mangeai enfin une assiette de pâtes-ketchup avant d’aller me coucher.

            (Oui, je sais, Le cigarillo est sans prétention, et alors ? Je sais pas, vous croyez que la Cafetière de Théophile Gautier frôle le sublime ? Relisez-la. La simplicité n’est pas sans charme, elle est souvent préférable à l’affectation.)

            Je reçus le message qui suit (link), le lendemain, accompagné d’un mail d’un certain Widgy. Il voulait bien m’héberger sur Paname afin de faire connaissance. Ils étaient d’ailleurs plusieurs potes d’Oniris à vouloir « échanger » avec moi.

            Quelle nouvelle ! En quelques clicks, et par hasard, je venais de me faire de nouveaux potes ! Et pas n’importe lesquels, des potes écrivains !

            Je raclai mes fonds de tiroir afin de trouver l’argent nécessaire au billet. Quelques heures de voyage et me voilà qui sort du TGV avec en main l’adresse qui accompagnait le mail de Widgy.

            "10 rue de la Bretonnerie, Ive arrondissement." Il était huit heures et la nuit recouvrait la ville. Mon séjour à Paris remontait à quelques années et je dus me repérer sur les quelques cartes, éparpillées au hasard des rues, pour parvenir à une ruelle bondée de gens très minces au crâne rasé. J’arrivai dans un bar sombre, au murs verts et violacés. Le plafond bas était soutenu par des piliers habillés de miroirs.

            -Vous cherchez quelqu’un ? me demanda le serveur.

            Visiblement j’avais pas la dégaine. Et pourtant je m’étais coiffé, j’avais sorti le meilleur jean de ma garde-robe.

            -Oui, des amis écrivains… d’Oniris.

            -Ah, à la table du fond.

            Il accompagna ses paroles d’un signe de tête, me laissa en plan, brusquement, pour accueillir d’autres clients.

            « Le fond », c’était assez vague. Pas facile de trouver des gens dont on n’a vu que l’avatar sur un site internet. J’allai essuyer de vilaines rembarrées à demander à droite et à gauche.

            Et puis j’aperçus un grand gars aux cheveux courts, très bruns. Il avait une tête toute marrante, perché sur un long cou, avec des lunettes au contour de plastique. Cela correspondait à la photo (link) qui lui servait d'avatar. Oui, ce ne pouvait être que lui. D’autres têtes se levèrent ou se tournèrent tandis que j’approchai : une cinquantenaire corpulente, un peu pince-sans-rire, une fille un peu plus jeune aux lèvres gonflées, aux oreilles décollées, deux petits gars avec un je ne sais quoi de timide et de renfrogné sur le visage.

            -Eminescu, je présume, fit Widgy en me tendant la main. On t’attendait… Assieds-toi. Je vais commander un cocktail pour toi.

            Il avait une voix aiguë, mais suave.

            -Je te présente le comité de lecture d’Oniris, t’as là tous les maîtres oniriens. Je commence par la doyenne… je plaisante ! hi !… Adénora, ici Sallimara (il s’agissait de la jeune femme aux oreilles décollées), enfin Laurent et Steevy. Les autres sont à côté.

            Il éleva la voix.

            -Eminescu, un nouveau membre d’Oniris.

            On me souhaita la bienvenue.

            Visiblement j’avais interrompu une discussion littéraire agitée. Les deux expertes oniriennes parlaient des textes qu’elles avaient reçues : certains comportaient des gros mots ou des expressions familières. La plus vieille, qui devait être prof, était outrée.

            -Surtout qu’ils font des phrases trop longues, on comprend pas ce qu’ils veulent dire.

            Et moi qui avais laissé traîner un ou deux gros mots dans ma nouvelle. J’allais leur parler de mon cas et proposer de retoucher mon texte quand Widgy intervint. Il laissait sa tête reposer dans sa main tout en me regardant.

            -A part ça, tu fais quoi dans la vie, toi ?

           
(A suivre...)

 

Au passage, je vous invite à découvrir un roman que j'ai terminé il y a peu et que je viens de publier en format e-book sur Amazon: Puissance de la terre, ou la geste du Grand Sahuc. Vous pourrez vous le procurer à l'adresse suivante: http://www.amazon.fr/Puissance-terre-geste-Grand-Sahuc-ebook/dp/B00Y8PRUK6/ref=sr_1_1?s=digital-text&ie=UTF8&qid=1436806467&sr=1-1&keywords=saurel+puissance

Voici encore la présentation du roman, que vous trouverez également sur Amazon:

 

Puissance de la terreSylvain Fargier redouble sa seconde. Comme il en a plus qu'assez de servir de souffre-douleur à ses camarades, il décide de laisser ses études en plan. Il travaillera dans la petite ferme de ses parents, au milieu de nulle part. Mais ces derniers ne l'entendent pas de cette oreille et parviennent finalement à le ramener à la raison. De retour en cours et à l'internat, plein d'appréhension, notre adolescent ne rencontre pas les moqueries auxquelles il s'attendait: ses camarades sont intrigués par un nouveau venu d'une taille impressionnante, qui ne parle jamais à personne en dehors de deux amis et n'est pas sans accointances avec les voyous des quartiers alentour.

Sera-t-il le héros tant attendu qui vengera Sylvain de toutes les humiliations subies et permettra aux gens des campagnes de prendre une revanche éclatante sur le développement inexorable des villes ? Ou est-il aussi dangereux que les hommes qu'il côtoie ? Sylvain ne sait trop qu'en penser. Toujours est-il que les bagarres, les casses, les combats clandestins se succèdent et lui font oublier quelque temps un quotidien bien morne.

 

 

Publié dans Nouvelles

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philippe 25/01/2010 18:39


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