La main de Thierry Henry

Publié le par Eminescu

Cela fait belle lurette que je ne regarde plus le foot. Je me suis arrêté à la coupe de 98 qui a vu, à ma grande déception, la victoire de la France. Adolescent, je me passionnais pour les matchs internationaux et même les matchs de championnat. Je regardais la grande messe télévisuelle du dimanche matin, je veux dire téléfoot. Droguerie du pouvoir, dirait La Boétie. Il faut endormir la rage de ces masses fénéantes et privées de tout. C'étaient les années quatre-vingt-dix. En découvrant la fac et la littérature, je me suis réservé le foot pour quelques grands match seulement: l'Euro, la coupe du monde. C'était pour moi l'occasion de boire quelques bières au bar. L'intérêt n'y était plus. Je m'étais lassé de l'éternel retour des mêmes enthousiasmes, des mêmes prises de position partisanes, des mêmes polémique.
Le classique OM-PSG nous a fourni cette semaine un bel exemple de cette connerie. Et je me demande comment à plus de vingt-cinq ans, on peut y trouver un quelconque intérêt. Certains ont gagné l'année dernière, d'autres gagneront l'année prochaine et les années suivantes. C'est le cycle absurde des victoires et des défaites.
Mais ce qui m'a gonflé une fois de plus - dont je me serais bien passé - c'est le match de barrage. Les grandes équipes peinent toujours à se qualifier, et toujours y parviennent. Je n'ai pas regardé ce match qui a pourtant passionné notre président. Je n'ai vu que des extraits sur Thierry Henry lors du match France-Irlande du 18 novembre 2009 (SIPA)Internet, l'extrait qui tue: le but égalisateur, le but de la qualification. On y voit un Thierry Henry qui ramène à lui le ballon de la main, comme un basketteur, l'envoie sur un partenaire qui, de la tête, le loge au fond des filets. La star du Barça, comme si de rien était, laisse éclater sa joie, salue ses supporters tandis que le gardien irlandais proteste en vain auprès de l'arbitre.
L'immoralité de ce sport est contenue dans cette courte séquence. A un certain niveau, tous les moyens sont bons pour gagner - le tout, c'est de ne pas se faire prendre. On plonge dans la surface dès qu'on a perdu le ballon; un penalty peut faire la différence. On s'effondre et se tord de douleur au moindre coup, puisqu'un carton peut modifier le cours d'une rencontre. Dans d'autres domaines, un patron peut faire perdre des milliards à sa bo^te et partir avec un parachute doré. "Il est malin, vous dira Dhorasso, ça sert dans la vie".  
Et les journalistes sportifs qui viennent nous expliquer que le foot, c'est la fête, une école de tolérance et de fraternité, un modèle à suivre. Ils font comme si ces joueurs méritaient leurs salaires astronomiques: ils nous font rêver.
Rêver de quoi?
Ils touchent des miliers de fois mon salaire pour taper dans un ballon. Je trime, je galère, ils me narguent. Quelqu'un qui serait bien loti encore, parce qu'il apporte toutes sortes de bienfaits à la société, un chercheur, un scientifique, mais ces sales gosses! ces voyous! ces drogués! On en revient toujours à la même histoire. Ils n'aident que les grands clubs cotés en bourse, ces vastes maffias qui engrangent l'argent des stades et des retansmissions-télé, laissent éclater aux yeux de tous les valeurs nauséabondes de leur machine à fric: sponsors, pubs et compagnie.
Quel rêve?
Le foot, c'est l'argent. L'ellimination d'une grande équipe comme la France aurait eu des conséquences économiques Le sélectionneur de l'équipe de France Raymond Domenech (g) félicite l'attaquant Thierry Henry après la qualification au Stade de France le 18 novembre 2009désastreuses. On peut bien tricher éhontément, si c'est pour le bien de tous. Que dire si on avait perdu? TF1, france 2 et Canal, qui vont nous passer en boucle les matchs de la coupe 2010, n'y trouveraient pas leur compte. Et puis, ces mercenaires, ils n'auraient pas touché leur salaire. Après une si brillante prestation! Domenech n'aurait pas eu ses 800 000 euros en récompense de "son boulot formidable de sélectionneur".
Il fallait que l'équipe de France se qualifie pour des raisons économiques, donc, quitte à piper les dés. Et on ne voit guère d'autres raisons, et je m'émerveillerai toujours de l'enthousiasme des gens pour cette équipe. Ses joueurs jouent tous à l'étranger (devinez pourquoi?), ils connaissent à peine la Marseillaise. Il préfère leur club à l'équipe nationale. Ils sont d'ailleurs tous étrangers. Est-ce l'équipe de France ou celle du Congo? Faites abstraction des couleurs du maillot, des sigles publicitaires, vous ne pourrez pas répondre. Ah! on fait de jolis patriotes quand on voit le bordel que nous ont planté les Algériens. Ils ont prouvé eux au moins qu'ils tenaient à leur pays d'origine et leur équipe nationale! Les bobos diront qu'ils encourageaient les leurs en français. C'est bien la seule chose qu'on mettra à leur actif. Pour le reste, c'étaient des drapeaux verts, blancs et rouges, de la casse et de la haine. C'est tout ce qu'ils savent faire.
Après tout, moi je m'en fous, je suis pas français, et que les immigrés finissent par "niquer" la France, comme ils le disent si bien, ça ne m'intéresse pas plus que ça. Je suis Roumain. Avec leur détestation de tout ce qu'ils sont, leur laxisme à l'égard de tous ceux qui veulent les "niquer", les "Français" me donnent pas envie d'être des leurs. Enfin. Tant de conneries pour un ballon, ça vous sort du silence.
Personne m'écoute?
Rien à foutre!

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