Hillary Clinton face à Donald Trump

Publié le par Eminescu

Nos médias n'épargnent pas le candidat républicain. Au fond, ils ne parlent guère de son projet politique; ils s'attardent sur les scandales qui rythment cette élection américaine. Les phrases sujettes à polémique, les vidéos, les vieux dossiers concernent toujours Donald Trump, jamais Hillary Clinton. On a d'un côté un imposteur, de l'autre une sainte. Le diable et le bon Dieu.

La gauche télévisuelle est favorable à l'esprit critique, à l'examen personnel, dans la mesure où l'on en arrive aux mêmes conclusions qu'elle. Après avoir été formaté, vous êtes libre d'avoir votre opinion.

Pour chaque élection américaine, nos journalistes ont leur candidat. Et ce n'est pas une sympathie qui transparaîtrait vaguement; c'est une prise de position claire et explicite. Je me souviens d'un reportage sur la présidentielle de 2012. On y présentait Mitt Romney comme un dangereux extrémiste, bigot et sectaire, tandis que l'on parait Barack Obama de toutes les vertus et que son premier mandat était dépeint comme un âge d'or.

Un président noir, un chantre de la paix universelle, un exemple pour vous et moi, Français racistes, arriérés, renfermés.

Ce manque d'objectivité pose question. Si nos journalistes sont aussi partiaux lors des élections américaines, qu'en est-il de la politique française? Vit-on en démocratie quand on nous explique, à longueur d'antenne, qui sont les bons et les mauvais candidats?

Depuis quelques mois, donc, j'entends pis que pendre de Donald Trump. Il serait raciste, misogyne, xénophobe, islamophobe (mon Dieu!). Il est lâché par tous ses soutiens, perd toutes ses confrontations télévisuelles, se rend responsable de toutes les gaffes.

Plutôt que de prendre ce qu'on me dit pour argent comptant - ou de m'y opposer, par esprit de contradiction - j'ai voulu en avoir le cœur net. De ce point de vue, Internet est un outil formidable: on peut remonter aux sources.

Je connais un peu d'anglais. J'ai regardé le second débat télévisé.

Un spectacle pour le moins curieux. Les deux candidats se tiennent debout, sur une scène, ils sont entourés de citoyens américains, assis, triés sur le volet. Ces derniers posent des questions et nos deux candidats s'approchent d'eux, micro en main, pour leur répondre. Deux animateurs encadrent le débat, les questionnent également, limitent le temps de parole, les invitent à revenir au sujet. Ils demandent en vain à un public très agité de ne pas applaudir et de ne pas pousser de vivats.

Quelques propos convenus autour de l'éducation et le débat, du fait des deux animateurs, dévie sur la polémique du moment: une vidéo de 2005, où Trump, dans un car, se vante d'embrasser les femmes sans leur demander leur avis et de les attraper "par la chatte". La défense de Trump est pour le moins ahurissante. Ce sont des propos de vestiaire; il s'est excusé auprès de sa famille et, aussitôt, sans transition, sans rapport aucun avec la question, il se met à épiloguer sur Daech!

De toute évidence, cette vidéo est une peau de banane qu'on a jetée sous le pied du candidat républicain dans la dernière ligne droite. Ses adversaires ont attendu le moment favorable. Et puis, allez, hommes ou femmes, nous tenons tous, en privé, des propos grivois sur l'autre sexe. On est libre de plaisanter. Ce ne sont que des mots. Je ne vois pas pourquoi le politiquement correct viendrait s'immiscer dans des conversations entre amis. Cette polémique ressemble à celle qu'a déclenchée, il y a quelques années, la blague de Brice Hortefeux sur les Maghrébins. Il faut distinguer la parole publique de la parole privée et ne pas s'appuyer sur des enregistrements de cet ordre pour se faire une idée des positions et de la personnalité d'un homme. Ou on peut discréditer n'importe qui.

S'ensuit un passage pénible, d'une rare acrimonie, où Trump revient sur les déboires sexuels de Bill Clinton, ses mensonges, ses viols. Hillary a soutenu son mari envers et contre tous, a fait pression même sur les victimes pour qu'elles se taisent. Gros plan sur l'ancien président démocrate, au visage vieux, fatigué, émacié, méconnaissable. Les coups portent.

A ce moment-là, on croit avoir affaire à deux commères qui lavent leur linge sale en public. Voire à un concours de vannes, à la Djamel Comédie Club.

Mais, le plus hallucinant est encore à venir. Trump attaque Clinton sur ses mails. La secrétaire d'Etat aux Affaire étrangères, a utilisé une messagerie personnelle. Des informations secrètes ont pu tomber entre de mauvaises mains. C'est dangereux et illégal. Une commission enquête sur elle après l'attaque de l'ambassade américaine à Benghazi. Elle fait disparaître une bonne partie de ses courriels.

Donald Trump la menace, s'il est élu, de mener une enquête personnelle à son sujet. "Il ne vaudrait mieux pas que vous soyez en charge des lois", fait remarquer Hillary Clinton. "Oui, vous seriez en prison." Rires de l'assemblée. Ces deux individus ne sont pas des stars de télé, des comiques, des animateurs de radio; ils s'apprêtent à prendre la tête de la première puissance mondiale, ce qui laisse songeur...

La seconde moitié est plus apaisée. On en vient à la politique étrangère, à l'islam, aux énergies renouvelables.

Soyons franc. Hillary Clinton est plus claire, plus raisonnable, plus posée. Elle se présente en rassembleuse. Quoiqu'il lui en coûte par moments, elle essaie de prendre du recul, de montrer une certaine hauteur de vue, d'être au-delà des attaques et des vaines polémiques. C'est une politicienne dans l'âme, rompue au débat et à la parole publique. Face aux outrances de son adversaire, elle fait figure de candidate sérieuse et responsable, rôle qu'elle joue plutôt bien.

Trump a compris le danger que constituait l'islam pour le monde occidental, mais, face au flot de bienveillance hypocrite d'Hillary Clinton, il fait une intervention médiocre, qui manque de distance et de hauteur de vue. Ses positions en matière de politique étrangère sont plus intéressantes: contrairement à son adversaire, il ne diabolise pas la Russie de Poutine et il nous serait sûrement plus favorable qu'Hillary Clinton. Mais, ses connaissances du Moyen-Orient sont plus qu'approximatives - un scandale à ce niveau-là - et, d'une manière générale, il critique le bilan d'Obama sans apporter vraiment de propositions alternatives.

Des deux, Hillary Clinton est la moins mauvaise. Elle traîne tout de même nombre de casseroles et sa politique étrangère, depuis quelques années, est un désastre. Que l'on pense à Daech qui naît du départ précipité des Américains en Irak, de la Libye, de l'Ukraine. Ses soucis de santé pose question, tout comme le peu de transparence de ses procédés. Elle traitera enfin l'Europe comme une puissance vassale, ce que font les siens depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les Américains ont à choisir entre deux candidats d'une extraordinaire médiocrité.

Et il faut reconnaître que nos médias, quand bien même leur partialité est scandaleuse, ont raison sur le fond. Trump est pire que Clinton et il n'a pas la carrure d'un chef d'Etat. C'est un démagogue qui a mené une campagne courageuse contre l'establishment, et sur ses propres deniers. Mais on ne s'improvise pas candidat à la présidence. On ne peut pas se contenter de tirer sur ses adversaires à boulets rouges et les problèmes les plus épineux ne se résolvent pas par des "y-a-qu'à".

S'en prendre au système, vouloir le renverser ou le changer est une chose. Pouvoir le réformer, être en mesure de mettre les mains dans le cambouis en est une autre.

Comme il est désagréable d'écouter ce grand miliardaire qui respire péniblement et dont la voix est pâteuse! Comme le sourire d'Hillary Clinton est faux!

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