Mon roman

Publié le par Eminescu

Je suis l'auteur d'une fleur de lys, Eminescu et Desantis, je n'ai pas réussi à publier ce roman. Si cela intéresse quelqu'un, je veux bien l'envoyer gratuitement, dans son intégralité. Il faudrait simplement me laisser une adresse. Si ça intéresse quelqu'un... 

 

[Mon roman contient vingt chapitres, à peu près 115 pages comme celles-ci. Il est divisé en trois parties dont j’ai extrait pour chacune d’entre elles un chapitre.]

 

 

Une Fleur de Lys

au bord de l’Océan


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les personnages de ce roman sont fictifs. Les La Trémoilles ont existé, certes, mais le dernier descendant de cette illustre famille est mort dans les années trente, en Angleterre.


Première partie

   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
 Si vous baillay le mien en garde, 
 Belle Dame, 
 Prenant charge 
 De vous loyaument servir, 
 Sans reprouche, ne diffame, 
 Sur mon ame, 
 Sans jamais de vous partir. 
   
 Helas! quant d'elle partoye, 
 Je pensoye 
 Quant pourroye 
 Bientost vers elle venir, 
 Nuit et jour je la sonjoye, 
 La veoye parler, aler et venir; 
 Tant espris d'elle estoye, 
 Qu'en veillant je l'appelloye, 
 Puis que bien loing en estoye, 
 A soy cuidoye parler; 
 Mais puis bien apres veoye 
 Que resvoye, 
 Me prenoye à plourer. 
   
 Cest dueil m'estoit à porter, 
 Et bien aise endurer, 
 Car bientost, du retourner 
 Me prenoit tres grant talent; 
 En elle si fort penser, 
 Ma joye renouveller 
 Me faisoit incontinent. 
   
 Et quant venir n'y povoye, 
 Entre deux lui rescripvoye, 
 Son nom et le mien mectoye 
 Escript bien estrangement; 
 Et puis quant je la veoye, 
 Dieu scet quel chiere j'avoye 
 Recueilly joyeusement. 
   
 Charles d’Orléans 


 

 

Chapitre I : Au bout des terres

 

 

            L’esprit embrumé par une nuit trop brève, le cœur battant dans l’angoisse du départ, je m’enfonçai dans les grands sièges d’un wagon de première. Je poussai un grand soupir, fermai les yeux, les rouvris. Les gens affluaient autour de moi, montaient avec peine leurs lourds bagages, s’installaient bruyamment, embrassaient leurs proches, criaient, piaillaient. Le train allait partir sans tarder. A travers la vitre, au dehors, sa silhouette imposante se détachant nettement sur les murs sales et gris, les piliers de béton de la gare Montparnasse, mon père me regardait, grave et sévère.

            Le TGV numéro 6237 va partir voie 7, attention à la fermeture des portes, s’il vous plaît.

            Il y eut un signal suraigu. Les portes se fermèrent et la machine se mit lentement en marche. Alors les gens attroupés sur le quai commencèrent à s’éloigner, et mon père qui les dominait de toute la tête, qui, sans faire le moindre geste, voûté dans son grand manteau, me suivait des yeux. Je lui fis au revoir de la main jusqu’à ne plus l’apercevoir. Et le train quitta les galeries sombres de la gare, la ville de Paris, la tour Montparnasse et la tour Eiffel, la banlieue aux HLM sans sombre, aux immeubles sordides, pour foncer à travers la campagne.

            Vous venez de prendre place dans le TGV numéro 6237 en direction de Brest. Ce train desservira les gares de …

            Le soleil de septembre, en se levant, fit scintiller ma chevalière. Je laissai ma nuque reposer sur mon siège, posai mes bras sur les accoudoirs afin de me détendre. Je venais de quitter Paris, mon père, une année ratée. Et, bercé par le bruit du train, sa vitesse et ses secousses légères, je me remémorai cette année de prépa qui m’avait conduit à partir vers l’inconnu.

            Parce que j’avais échoué le concours d’entrée à Normale sup’.

            J’étais pourtant, et de loin, l’élève le plus brillant d’Henri IV. Ayant fait ma scolarité dans cet établissement prestigieux où les grands de ce pays ont fait leur classe, j’avais toujours décroché les premières places, toujours battu mes rivaux à plates coutures. J’avais perdu ma mère en bas âge ; mon père, mis en retraite forcée peu après ma naissance, avait tout misé sur mes études et s’était occupé de mon éducation avec le plus grand soin. Tel un eupatride athénien, j’avais depuis mon enfance concilié les activités du corps et de l’esprit. Outre les devoirs que j’apportais de l’école, je pratiquais ainsi l’équitation, l’athlétisme, la boxe française, puis m’adonnai par moi-même et par passion aux arts martiaux. A côté de cette fierté de mes origines que mon père avait à cœur de m’inculquer – il me faisait étudier notre arbre généalogique et lire les vies des plus grands noms de notre famille -, à côté de cette fierté aristocratique, j’apprenais à défendre mon honneur grâce à la science des samouraïs. Et, dans ce milieu élitiste où chaque élève est mis en concurrence, où seuls importent les résultats, cette rage que je mettais à défendre mon honneur m’était indispensable. Tous mes camarades, chaque année, jalousaient mes capacités intellectuelles qui les laissaient loin derrière moi, jalousaient mon nom à particule qui leur renvoyait à la figure leurs origines bassement bourgeoises. J’étais la cible de toutes les haines. Ah ! Combien de crasses n’ai-je pas subies, essuyé d’insultes, à combien de regroupements n’ai-je pas fait face ! Mais aucun, jamais, ne m’outragea impunément et ceux je croisai sur mon chemin mordirent vilainement la poussière.

Ainsi, luttant victorieusement seul contre tous - car mes camarades et leurs parents, mais les professeurs aussi, par leur manie de l’égalitarisme, me détestaient -, je décrochai, tant au collège qu’au lycée, les premières places dans toutes les matières. J’obtins le bac scientifique avec les félicitations du jury pour la plus grande joie de mon père et me portai ensuite sur des études littéraires. J’aimais l’histoire, la philosophie et plus que tout les langues anciennes et leurs chefs d’œuvre. Homère, Virgile, Sophocle, Eschyle, Platon, Cicéron, Démosthène étaient plus pour moi que des objets d’études, c’était une nourriture quotidienne. J’avais réussi aisément mon année de khâgne, continué sur cette année d’hypokhâgne qui devait m’ouvrir les portes de l’Ecole normale supérieure. Cette année de préparation n’était pour moi qu’une formalité. Ce n’était qu’une marche à gravir parmi tant d’autres, à grandes enjambées, sans faux pas, jusqu’aux sommets. Dans un avenir rêvé, je me voyais mener une grande carrière d’intellectuel où, par mes connaissances philosophiques, la profondeur de ma culture, j’aurais réhabilité la noblesse véritable que malmène depuis deux siècles une idéologie égalitaire. J’aurais montré les vertus du panache et de l’héroïsme. Ou peut-être me serais-je engagé dans une carrière politique envers et contre la bourgeoisie ; tantôt renard, d’autrefois lion, en un assaut furieux j’aurais pris la citadelle du pouvoir.

L’épreuve de grec ancien aux oraux – car j’avais réussi les écrits sans grande difficulté – avait brisé tous mes rêves de gloire. C’était pourtant la matière où j’excellais, une langue que je connaissais dans ses nuances les plus subtiles, dont je goûtais chaque auteur dans le texte, si bien que j’eusse harangué aussi bien qu’Eschine ou Démosthène la foule athénienne sur l’agora. Mais, un jury de professeurs chauves ou chenus, médiocres et ignares n’avaient pas apprécié mon commentaire de la mort d’Hector au chant XXII de l’Iliade. Que pouvaient-ils reprocher à ma traduction parfaite, mon analyse fine des procédés d’Homère, ma peinture de ce grand guerrier qu’est Achille ? J’avais trop bien réussi. Ils se voyaient vieux et vilains, décrépis, dépassés face à un jeune homme comme moi, beau et brillant. Une jalousie mesquine les fit me recaler.

En prenant leurs bagages au-dessus de ma tête, plusieurs personnes m’arrachèrent à mes pensées. Le train venait de s’arrêter au Mans, déjà, et repartait.

 

[…]

 

 

[Le narrateur vient de rompre avec Gwennaëlle, une jeune fille qu’il a rencontrée à Brest et qui le trompe.]

 

 

 

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