Frères Muslims (troisième épisode): De l'ombre à la lumière

Publié le par Eminescu

Ils ont des balles, nous avons des mots.

Avant de vous présenter ce nouvel épisode des Frères Muslims, je tiens à rendre hommage aux victimes des lâches attentats d'hier; toutes mes pensées vont aux familles et, plus généralement, à la Belgique, qui vit en ce moment ce que nous avons vécu le 13 novembre de l'année dernière.

Paru précédemment sur le blog d'Eminescu:

Frères Muslims (prologue)

Frères Muslims (premier épisode): L'appel de Wassil

Frères Muslims (deuxième épisode): L'échappée belle

AVERTISSEMENT : Cette histoire, aussi choquante qu'elle puisse paraître, est basée sur des faits réels. Ils ont eu lieu dans un train en partance de Lille en janvier de cette année. Qu'on veuille la voir ou non, qu'on l'édulcore ou qu'on la censure, la réalité reste ce qu'elle est.

Le portail du collège, ouvert en grand après la dernière heure de cours, libérait un torrent d'élèves impatients.

Norman tira sa DS de sa poche. Peut-être pourrait-il y jouer adossé à l'abri de bus vers lequel il se dirigeait. Il en mourait d'envie. Il n'avait pu y jouer qu'après manger, un quart d'heure seulement avant son club Manga.

Se sentant observé, il la glissa à nouveau dans sa poche, se retourna. Le grand Maghrébin qui lui jetait des regards noirs à la récré de 16 heures était derrière lui.

Est-ce qu'il le suivait ? Lui voulait-il du mal ?

A l'école primaire, la maîtresse leur recommandait de prévenir un adulte en cas de problème. Mais on était à l'extérieur du collège. Il n'y avait plus ni règlement ni prof ni surveillant. Il n'avait pas de grands frères, de cousins, pour le défendre.

Il était seul au milieu de tous ces Blacks, de tous ces Rebeus, seul Français, seul blondinet.

Norman s'arrêta près de l'arrêt de bus, baissant la tête et se mêlant à quelques filles. Il n'était plus question de jouer à la console, mais de prier, de prier de tout son cœur pour que le grand Maghrébin passe son chemin sans faire attention à lui.

Quand il releva les yeux, Norman s'aperçut qu'il l'avait dépassé et regardait aux environs. Il respira.

Mais il revint tout à coup.

-File-moi ta DS, petite merde !

Norman sentit ses jambes se dérober sous lui.

Il voulut répondre, mais ne put que bégayer.

Une terrible poussée l'envoya contre un montant de l'abri de bus, lui ouvrant le front.

Il s'affala sur le bitume.

-J'ai dit, file-moi ta DS ! Tu comprends quand on te parle !

Toufik se pencha sur le petit bonhomme, empoigna un pan de sa veste. L'autre retint des deux bras la poche qui contenait le précieux appareil.

-Elle est à moi ! Elle est à moi ! cria-t-il entre deux sanglots.

Les filles blacks qui l'entouraient s'étaient écartées et observaient la scène d'un œil indifférent.

-File ta putain de DS...

Toufik essayait d'écarter des bras qui revenaient toujours sur la même poche. Le petit gars se débattait. De rage, il lui allongea quelques droites.

Elle secouèrent une tête blonde déjà bien amochée.

Norman cessa de lutter et le Maghrébin put lui arracher sa console.

-Sale petit bâtard, lâcha-t-il en lui crachant dessus. Sale petit bâtard, tu chouines comme une gonzesse.

°°°

-Putain, Wassil, t'es où ? cria Jawad dans son portable. On est à la gare. On te cherche partout.

-Je suis à côté de la station de métro. Ça fait une demi-heure que je vous attends ! C'est vous qui merdez !

Jawad regarda dehors, réfléchit un instant.

-Attends, la gare où t'es, c'est un vieux truc en pierre et en ferraille ?...

-Non, c'est neuf, ça brille, il y a du verre partout.

-Je comprends. Il y a deux gares dans cette ville de merde. L'autre salope nous a montré la mauvaise.

Jawad raccrocha, consulta sur son portable la carte des transports de Lille, repéra, tout près de l'endroit où il se trouvait, une petite locomotive qui servait de logo.

-C'est à une station d'ici.

Les deux ados s'engouffrèrent dans la bouche de métro la plus proche.

Ils rencontrèrent un premier obstacle dans la salle qu'ils gagnèrent. Ils n'avaient pas l'intention d'acheter de tickets et les portillons d'accès, faits de battants qui s'écartaient, étaient trop hauts pour pouvoir sauter par dessus.

-Fais comme moi, lança Jawad qui voyait passer une jeune fille assez mignonne.

Il se colla à elle tandis que le portillon s'ouvrait, avança en plaquant son bassin contre ses fesses. Les battants se refermèrent derrière lui. Il était entré.

Naïm craignit de se séparer de son pote. Paniqué, il usa du même procédé avec une petite mamie qui poussa des cris.

-Le malotru, se plaignit-elle à son mari, qui venait de passer au portillon d'à côté. Il m'a collé au derrière !

Le petit homme au crâne rose et tacheté était outré. Il voulait signaler le jeune homme à la police. A ce mot, qu'il comprit, Naïm resta tétanisé et il ne dut son salut qu'à l'intervention de Jawad. Le Syrien pouvait difficilement demander son chemin, mais il connaissait les pires insultes de notre langue :

-Encoulé ! Fils de poute ! Nik ta rahace !

Il tira son pote Naïm par la manche et ils coururent à travers les couloirs souterrains.

A leur arrivée sur les quais, un métro les attendait. Essoufflé, Jawad regarda autour de lui, consulta son portable. C'était le bon.

Les deux ados montèrent. Les portes se refermèrent quelques temps après.

La petite mamie et le vieux monsieur chauve arrivèrent sur le quai. Les deux Syriens leur firent des doigts d'honneur et des gestes obscènes tandis que la machine s'ébranlait. Ils s'esclaffèrent en voyant les petits yeux ronds du bonhomme, la moue de la vieille. Jawad ouvrit même sa braguette pour leur montrer sa bite. Ces cons de Français ! Ah ! Ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas ri de si bon cœur !...

Les petits vieux n'étant plus en vue, les rires retombèrent.

-Au fait, t'as vérifié s'il y avait pas de contrôleurs ? demanda tout à coup Naïm.

Jawad fit glisser les icônes sur l'écran tactile de son smartphone, appuya sur l'appli' qu'avait installée Billel.

La carte s'afficha.

-Merde !

Sur la station Lille-Flandres clignotait un point rouge.

-Quoi ? Y'a des contrôleurs ?

-Oui...

-Oh putain ! On est foutu !

Au fou rire fit place la panique de Naïm.

-Arrête de t'affoler. On va bien trouver une solution.

Une homme grand et très maigre surgit dans l'allée. Il portait une casquette bleu marine.

-Messieurs, vos titres de transport, entendirent, confusément, les deux Syriens. Merci...

Ils gagnèrent le fond du wagon en catimini.

-Comment on va faire ? chuchota Naïm.

-Je sais pas. Faut réfléchir.

« Votre titre de transport, madame... merci ! » A mesure qu'elle approchait, la voix du contrôleur se faisait plus forte, plus menaçante.

Jawad parcourut la rame du regard. Il n'y avait pas moyen de se cacher entre les sièges ou de passer inaperçu parmi les voyageurs, trop peu nombreux. Il pensa à voler des tickets, mais comment s'y prendre ? Les gens serraient leurs sac-à-mains et leur portefeuilles en les voyant. On les prenait pour des Roms.

Le contrôleur allait les pincer. Il ferait appel à la police et les deux Syriens finiraient au poste le plus proche. Leurs parents n'avaient pas la nationalité française : l'incident risquait de leur causer bien du tort...

Putain ! L'arrêt était à deux pas. Wassil les attendait en compagnie de superbes créatures.

Si près du but !

Jawad avisa tout à coup un levier rouge derrière une petite plaque de verre.

Les deux Syriens n'avaient rien à perdre. Il la brisa d'un coup de coude et actionna le levier.

Une alarme stridente retentit aussitôt. Les lumières de la rame vacillèrent. Lentement la machine s'arrêta. Les portes s'ouvrirent comme par miracle.

Jawad et Naïm profitèrent des cris et de la confusion pour s'échapper. Ils se faufilèrent entre le métro et le mur de pierre du tunnel, n'eurent plus bientôt que la parois et sa fraîcheur pour les guider.

-Fais gaffe, lança Jawad à son pote Naïm. Il avait assez voyagé pour connaître le fonctionnement d'un métro. Ne t'approche surtout pas des rails. Il y assez de courant là-dedans pour nous griller comme des merguez.

Naïm claquait des dents et, perdu dans ces ténèbres insondables, il se demandait s'il n'avait pas fait un faux pas. Il était mort, peut-être, sans s'en apercevoir, et errait dans l'au-delà, entre le paradis d'Allaouah et l'Enfer réservé aux Infidèles.

Et puis une lumière les aveugla soudain : la station Lille-Europe. Des étudiants les aidèrent à monter sur les quais. « Il y a eu une panne sur la ligne ? Un accident ? Il faut appeler les secours ? » Mais, leur blouson sali et déchiré, sans se soucier de l'étonnement qui les entourait, les deux étranges apparitions fendirent la foule et prirent l'escalator.

Jawad et Naïm débouchèrent sur un hall immense et ultra moderne. Au-dessus de leurs têtes, une cloche de verre cerclée de fer qui laissait filtrer le peu de lumière de cette fin de journée.

L'escalator en s'aplatissant les déposa juste devant Wassil.

-Mes frères ! s'écria-t-il.

Âgé de treize ans, le puissant Syrien en paraissait seize. Il avait les yeux effilés et une bouche large aux dents petites et pointues.

Il prit dans ses bras Naïm, puis Jawad. Il était depuis toujours l'ami du premier. Leurs pères avaient combattu ensemble le régime d'Assad. Le second, il l'avait rencontré en Allemagne, dans une piscine. Ils s'étaient amusés à chier dans le petit bassin. Et ils habitaient tous trois en banlieue de Lille, dans le même HLM. Tous trois Syriens et musulmans. Des frères !

-Hé ! les gars, matez un peu !

Tel un pacha montrant son harem, Wassil désigna de son bras tendu un groupe de jeunes femmes très blondes qui étaient assises un peu plus loin.

Les deux nouveaux venus vivaient un rêve éveillé.

Très élancées, les femmes de Wassil portaient des jupes courtes et sexy, des collants qui moulaient leurs jambes fuselées. Elles étaient aussi belles que des stars américaines, aussi bien foutues que les actrices de X qu'ils regardaient sur leur ordinateur ou leur smartphone, quand ils leur prenaient l'envie de se branler.

L'une d'elle, qui mangeait des biscuits, se leva pour s'épousseter. Elle effleura une poitrine opulente qui tressauta et, avant de se rasseoir, lissa sa jupe sur ses fesses bien rondes.

Le Bain turc d'Ingres. L'obsession pathologique des Orientaux pour le corps féminin. Rêve des Occidentaux, quand ils ne sont pas homosexuels. Ah! Regarder par le trou de la serrure ces beautés allanguies... Surtout qu'elles sont bien fichues, presque aussi belles que les femmes du Titien.

Le Bain turc d'Ingres. L'obsession pathologique des Orientaux pour le corps féminin. Rêve des Occidentaux, quand ils ne sont pas homosexuels. Ah! Regarder par le trou de la serrure ces beautés allanguies... Surtout qu'elles sont bien fichues, presque aussi belles que les femmes du Titien.

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