Frères Muslims (cinquième épisode): Révélations

Publié le par Eminescu

Ils ont des balles, nous avons des mots.

Paru précédemment sur le blog d'Eminescu:

Frères Muslims (prologue)

Frères Muslims (premier épisode): L'appel de Wassil

Frères Muslims (deuxième épisode): L'échappée belle

Frères Muslims (troisième épisode): De l'ombre à la lumière

Frères Muslims (quatrième épisode): Un cauchemar

AVERTISSEMENT : Cette histoire, aussi choquante qu'elle puisse paraître, est basée sur des faits réels. Ils ont eu lieu dans un train en partance de Lille en janvier de cette année. Qu'on veuille la voir ou non, qu'on l'édulcore ou qu'on la censure, la réalité reste ce qu'elle est.

Les murs de la salle des professeurs étaient presque entièrement recouverts de documents : fiches de retenues, Hebdo du collège, menus de la cantine, arrêtés ministériels, infos sur les sorties et voyages, faire-part de naissance. Sur le panneau syndical, une grande affiche disait « Non à la réforme » et « Nous ne voulons pas travailler dans ces conditions-là ! ». Non moins importante, celle d'à côté dénonçait les conditions de vie des migrants dans la jungle de Calais : « Un camp de concentration à ciel ouvert ! » On y voyait des détenus en costume rayé s'agripper à des fils barbelés. « Une honte pour la République et pour la France ! »

Après sa dernière heure de la journée, Yvonne s'assit quelques instants. À deux ans de la retraite, elle n'en pouvait plus de ce métier. Les élèves étaient de plus en plus durs. Il lui fallait sans arrêt s'interrompre, crier, faire la police.

Mélanie, que l'on surnommait Mél', revint du labo de physique. Elle ouvrit son casier, en sortit une convocation : « J3, formation aux nouveaux programmes ».

Elle remit brusquement la feuille dans son casier.

-Comme si on avait que ça à faire !

Elle secoua la tête.

-Au fait, Mélanie, j'ai oublié de te dire...

La jeune enseignante – elle avait un peu plus de la trentaine – se tourna vers son aînée, comme si elle s'apercevait tout à coup de sa présence.

-...Naïn et Javade...

-C'est Naïm avec un « m » et Jawad avec un « w ».

-Oui, les deux petits Syriens... ils n'étaient pas avec moi tout à l'heure. Ils ont dû quitter le collège pendant la récréation.

-Et alors ?

-Je voulais te prévenir, c'est tout, tu es leur prof principale et...

-Tu l'as signalé au CPE ?

-Oui... Il a dû appeler leurs parents.

-Voilà, pas besoin d'en faire plus.

-Je disais ça comme ça...

Mél tourna la tête sans répondre. Elle ne supportait plus cette vieille prof. Elle ne faisait son métier que pour geindre. Certes, elle avait bien des soucis avec ses classes. Mais il fallait comprendre les élèves qui se coltinaient ses leçons de grammaire et ses extraits de Molière et du Grand Meaulnes !

Et puis, elle ne s'en prenait qu'aux Blacks et aux Maghrébins. Elle venait de coller le petit Billel, un des meilleurs élèves de sa classe, et lançait ses remarques sur Jawad et Naïm, l'air de dire : « Voyez, ce sont toujours les mêmes... »

Frédo, un enseignant d'histoire, lui toucha affectueusement le bras. Il avait les cheveux coupés très courts, à l'exception d'une longue mèche sur la nuque et, depuis le projet de loi sur la déchéance de nationalité, il s'était laissé pousser la barbe, une longue barbe rousse, par solidarité pour les musulmans que l'on « stigmatise ».

-Prête pour le CA ?

-Il faut que je prenne mon dossier. J'espère que je vais trouver mes notes sur mon ordinateur.

Elle soupira bruyamment.

-... Je suis crevé.

Yvonne se préparait un thé. Tous deux s'en allèrent sans faire attention à elle.

-Elle m'énerve, confia Mél à son compagnon, dans le couloir.

-Qui ça ?

-Yvonne ! Elle arrête pas de me faire des remarques sur Jawad et Naïm. Elle fait exprès d'écorcher leurs noms.

-Laisse tomber, c'est une conne.

Le chef d'établissement les attendait en salle de réunion. Il était assis à côté de la gestionnaire.

Les deux délégués de parents d'élève s'excusèrent un peu après de leur retard.

-Vous avez quelque chose à faire remonter, demanda le principal quand les deux dames en chemisier furent assises.

-Oui, on a eu beaucoup de plaintes au sujet de la cantine.

-La cantine, il y a rien de plus important, lança Frédo comme pour lui-même, mais assez fort pour que tout le monde l'entende.

-Ce qui pose problème à beaucoup de parents, ce sont les menus...

La maman d'élèves ravala sa salive avant de lâcher le mot « hallal ».

-Ah ! Nous y voilà, s'exclama Mél tandis que son compagnon secouait la tête, dépité.

Il éclata.

-Je sais pas, on a pas du poisson le Vendredi Saint ? Et la plupart des jours fériés ou des noms de vacances ne sont pas des fêtes chrétiennes peut-être ? On peut pas faire une petite place à d'autres religion, d'autres cultures ? se montrer, je sais pas, moi... ouverts ?

La petite dame ne put que battre en retraite et sa coéquipière n'osa pas lui venir en aide.

-... Que les musulmans aient des menus à eux, ça empêche vos enfants de manger du porc ?

Frédo parla alors de rejet et d'intolérance et, comme il était professeur d'histoire, il se fendit d'un petit laïus sur la Seconde Guerre mondiale, les Juifs, les Nazis et les camps de concentration.

Le principal, qui avait beaucoup de soucis avec des parents musulmans, se demanda qui étaient aujourd'hui les Juifs, les Nazis et les Collabo. Mais, il se garda bien de faire part de ses pensées à l'assemblée. Il craignait le couple qu'il avait face à lui. Ces deux jeunes enseignants étaient à la tête d'une association pro-migrants et ils fréquentaient des conseillers municipaux, rencontraient parfois madame le maire. Ils avaient fait des pieds et des mains pour faire venir de Cologne trois familles de Syriens, les avaient logés dans des HLM et l'avaient obligé, lui, à accepter leurs enfants dans son établissement.

Il ne trancha pas et tout le monde put en conclure que le hallal restait de mise.

On passa très rapidement sur les sorties scolaires et le remplacement d'une prof de mathématiques.

Il se faisait tard.

-Madame Colado voulait nous parler d'un projet...

La jeune femme avait ouvert son ordinateur, présentant à l'assemblée un autocollant « Régularisation de tous les sans-papiers ! ». Elle ramena une mèche brune derrière son oreille, consulta son fichier Open Office.

-Oui, mon compagnon et moi-même souhaiterions aller plus loin dans l'intégration des trois Syriens qui sont arrivés dans notre établissement. Après ce qu'on vient d'entendre, je crois qu'il y aura de gros efforts à faire...

Elle regardait les deux déléguées. Celles-ci n'osèrent pas évoquer les plaintes au sujet de ces trois garçons, des vols et des gestes déplacés.

-Nous avons décidé d'organiser une semaine syrienne. La cantine proposera un menu oriental, n'en déplaise à certains. Nous ferons venir des chanteurs de raï et une petite compagnie de théâtre qui s'est montée dans la jungle de Calais. Le collège doit montrer à ses élèves qu'on s'intéresse à eux. Il nous faudra donc un budget...

Mél se tourna vers la gestionnaire, une petite dame aux cheveux teints qui ôta ses lunettes de son nez.

Les deux délégués de parents d'élèves n'émirent pas la moindre objection. Une idée se faisait jour dans leur esprit : mettre leurs enfants dans le privé.

°°°

Deux garçons aux cheveux courts, l'un brun, l'autre blond, s'installèrent dans le TGV pour Bruxelles. Ils portaient des écharpes de l'Ajax d'Amsterdam. Malgré leur jeune âge, ils étaient de tous les matchs, même à haut risque. Quand les portes du wagon s'ouvrirent et que trois types louches se jetèrent sur de belles demoiselles de leur pays, ils surent que leur devoir était d'intervenir, et que ce ne serait pas une partie de plaisir...

°°°

Billel faussa compagnie à Toufik et à sa bande. Agglutinés autour de la DS de Norman, ils s'essayaient à un jeu de plate-forme, appuyaient frénétiquement sur les boutons, s'arrachaient l'appareil des mains et le penchaient quand le petit bonhomme, sur l'écran, était sur le point de tomber. « Allez ! Allez ! Fais voir ! » Ils beuglaient après avoir passé un niveau avec succès.

Billel repensait aux bouquins que Rémy lui avait conseillés. Ses histoires d'horreur, de Fantasy, de Weird Fantasy, lui avaient mis l'eau à la bouche.

Il était cinq heures vingt. Il monta dans un bus et laissa derrière lui les grandes barres de béton, la banlieue où il traînait d'ordinaire avec ses potes Muslims.

Il descendit près de la Grand'Place, traversa un passage piéton, entra à la Fnac.

Le magasin disposait de plusieurs étages reliés par des escalators. Il s'attarda sur les nouveaux smartphones qui brillaient en vitrine, avant de gagner le coin « Livres », au niveau du dessus.

Billel se sentait très mal. Si des gars de sa classe le surprenaient en train de feuilleter des bouquins, on lui collerait définitivement l'étiquette d' « intello ». Suprême infamie. Déjà, Saïd pensait qu'il avait de trop bonnes notes et Toufik lui reprochait de traîner avec les Céfrans. « Je me demande des fois si t'es un vrai Rebeu. »

C'était à dessein qu'il faisait le pitre en cours et avait été collé par sa prof de français.

Billel parcourut du doigt la tranche des bouquins. « Le Seigneur des anneaux de JRR Tolkien... Est-ce que le livre est aussi bien que les films ? » Il passa quelques rayons. « Stephen King ! » … « Misery ! Shining ! » Il prit l'un des romans, en lut la quatrième de couverture. « Comme ça fout la trouille ! »

Derrière ces livres, il lui sembla tout à coup reconnaître une voix. Billel tendit l'oreille.

-...Ricky Martin ! Tu te rappelles ?

-Hmmm, un mec has been.

-Il est pas mal sur cette pochette.

-Arrête, je vais être jaloux !

Le petit Maghrébin écarta deux livres de façon à se ménager une ouverture.

De l'autre côté du rayon, Rém's, le surveillant, regardait des CD en compagnie d'un pote.

Le gars le taquinait, le bousculait gentiment et lui mettait même la main aux fesses.

-Arrête, Steeve ! On va nous repérer !

-Et alors ?

-Et alors je travaille dans un collège et les ados ne sont pas forcément ouverts à ce genre de choses. Je connais un élève qui doit passer ici avec sa mère. S'il te voit me mettre la main au cul, je te dis pas les histoires...

-Oh ! Allez !

Ils s'éloignèrent. Intrigué, Billel quitta le coin « Livres », les perdit de vue, les repéra à nouveau dans les escalators : ils gagnaient le rez-de-chaussée.

Les deux hommes quittèrent la grande enseigne. Il les suivit de loin dans la rue.

Billel n'arrivait pas à le croire. Le pion avec lequel il avait discuté dans l'après-midi, Rém's ! était homo. Certes, ces potes le répétaient déjà, mais ils le disaient de tous les Français. Lui, il l'était vraiment. Le petit Maghrébin n'en croyait pas ses yeux.

Steeve entraîna Rémy dans une rue de traverse. Billel courut, s'arrêta net, béant.

Les deux hommes s'embrassaient à pleine bouche.

Paroles attribuées à Mahomet dans les Hadiths : « Quatre types d'individus seront matin et soir soumis à la colère de Dieu ». On lui demanda : « De qui s'agit-il, ô Messager de Dieu? » Il répondit : « Les hommes qui cherchent à ressembler aux femmes, les femmes qui cherchent à ressembler aux hommes; celui qui s'accouple avec un animal et celui qui a des rapports sexuels avec un homme. » Autres paroles du Prophète: « Tuez ceux qui s'adonnent à l'acte du peuple de Loth (les habitants de Sodome) » Et moi qui croyais que l'islam était une religion de paix et de tolérance...

Paroles attribuées à Mahomet dans les Hadiths : « Quatre types d'individus seront matin et soir soumis à la colère de Dieu ». On lui demanda : « De qui s'agit-il, ô Messager de Dieu? » Il répondit : « Les hommes qui cherchent à ressembler aux femmes, les femmes qui cherchent à ressembler aux hommes; celui qui s'accouple avec un animal et celui qui a des rapports sexuels avec un homme. » Autres paroles du Prophète: « Tuez ceux qui s'adonnent à l'acte du peuple de Loth (les habitants de Sodome) » Et moi qui croyais que l'islam était une religion de paix et de tolérance...

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