Le monde de l'enseignement

Publié le par Eminescu

Quand on est élève, on voit les professeurs comme des êtres d'une moralité supérieure. Il est vrai qu'ils sont là pour faire régner une certaine discipline dans leur classe, régler les conflits ; ils se sentent investis d'une mission éducative. Parfois, cependant, on sent que quelque chose cloche : leurs remarques sur l'actualité paraissent déplacées et on surprend, ici et là, des piques acerbes à l'égard de collègues, d'un chef d'établissement, d'un homme politique.

C'est que la plupart des enseignants ne sont pas ceux qu'on croit.

On ne mesure pas les haines et les conflits qui peuvent naître dans une salle des professeurs, les coups bas, les jalousies, les ragots, les coups tordus, les méchancetés. Rien de plus mesquin que ce milieu-là. Et on ne trouve aucune explication à cet état de fait. Dans une entreprise où la concurrence est féroce, on peut comprendre que l'on en vienne à se battre pour une promotion ou une prime. Mais, dans le public, avec une progression à l'ancienneté... On se dit que, si chacun s'occupait de ses affaires, mettait en veilleuse ses convictions politiques, il y aurait moyen de s'entendre.

Non, c'est plus fort qu'eux, les profs ont besoin de se chamailler. Comme de grands enfants.

En cela le monde de l'enseignement est à l'image d'Internet et des plateaux télé.

Comme sur la toile, d'effroyables polémiques naissent de petits riens. C'est un mail, un mot maladroit sur une affiche. L'inspecteur, le chef d'établissement, le ministre ne pensaient pas à mal. Mais les destinataires l'ont mal interprété. Toujours sous tension, usés par des classes agités, ils sont à fleur de peau et toutes les occasions sont bonnes pour cracher leur fiel. Leurs supérieurs hiérarchiques font d'excellents boucs émissaires, comme le collègue qui n'a pas les mêmes convictions qu'eux. Mais ils sont pour la liberté d'expression...

Un repas à la cantine ressemble à une émission de Cyril Hanouna. On ne se prend pas au sérieux, on déconne, on est drôle, subversif. À la mode des gauchos, cela s'entend. On a l'impression d'être courageux et inconvenant en traitant tous les curés de pédophiles, les paysans de fachos, mais on n'imagine pas une seule seconde s'en prendre aux islamistes ou aux voyous des banlieues. Leurs méfaits sautent aux yeux. On fait comme si on ne les voyait pas. Il est plus sûr et plus confortable d'attaquer des ennemis qui ne se défendent pas.

Tout cela est mâtiné de jeux de mots ridicules, de saillies verbales, de grossièretés, de considérations aux ras des pâquerettes. Et que personne ne s'avise d'élever le débat ou de soulever des objections. Aussitôt, la meute lui cloue le bec. Les vannes fusent. « Il est chiant. » « Il est con. » « Qu'est-ce qu'on s'emmerde avec des types comme lui. » « Et, en plus, il a un bout de salade entre les dents... » Morts de rire !

La plupart des enseignants mesurent leur travail, comme celui de leurs collègues, à l'aune de leur popularité auprès de leurs élèves. « Les gamins ne l'aiment pas » est une condamnation sans appel. Bien pire que l'avis d'un homme extérieur qui a les compétences et la légitimité pour juger un enseignant, je veux dire un inspecteur.

Les cours sont de petits spectacles qui se déroulent au gré de l'humeur capricieuse de nos chers bambins. Ce qu'ils veulent ? Passer un agréable moment, « rigoler », pousser des vivats ou des huées comme le public des plateaux télé. S'ils s'ennuient, ils font autre chose. Ils discutent entre eux, écrivent dans leur agenda ou s'amusent à faire tourner en bourrique le mauvais comédien qu'ils ont sous les yeux. C'est leur droit. Le public est roi. Et les profs se prêtent au jeu, encouragés en cela par les nouveaux pédagogues. Il faut lâcher prise, se contenter d'un rôle d'animateur.

Ou d'histrion.

Le monde de l'enseignement va mal : manque de discipline, inégalité flagrante entre les établissements de centre-ville et de banlieues. À cela, je vois deux explications : l'immigration, qui amène des élèves difficiles, au niveau scolaire très bas. Et les enseignants eux-mêmes. À force de laisser-aller, d'inculture, ils proposent à leurs élèves des cours médiocres et donnent, par leurs disputes et leurs convictions politiques déplacées, un exemple déplorable.

Une des photographies les plus célèbres de Robert Doisneau

Une des photographies les plus célèbres de Robert Doisneau

Publié dans Actualité

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Bernieshoot 18/09/2016 15:49

j'ai fréquenté la communale dans les années 60 à Aubervilliers, dans les classes français, espagnols, portugais, italiens, turcs, algériens et j'en oublie sans doute .. et pourtant nous apprenions et avons fait notre chemin. je pense que le problème est ailleurs

Eminescu 19/09/2016 18:11

A vrai dire, je crois que les années 60 étaient une période assez exceptionnelles. La France rattrapait son retard sur les Etats-Unis; nous avions une croissance économique à 5 ou 6%. Aussi, les étrangers, qui n'étaient pas si nombreux qu'aujourd'hui, pouvaient aisément s'intégrer. Ils n'étaient pas majoritaires, comme dans certaines classes de banlieues, et trouvaient du travail à la sortie de l'école.
Je ne nie pas par ailleurs qu'ils bénéficient d'avantages considérables par rapport aux élèves du cru, s'ils se donnent la peine d'en tirer parti. Les Turcs et les Arabes maîtrisent, ou ont du moins de solides notions, dans des langues aux systèmes très différents des nôtres. Ils peuvent ainsi exceller dans les langues étrangères, faire valoir plus tard leur bilinguisme dans des entreprises qui ont des contacts avec le Maghreb ou le Proche-Orient. Certains sont brillants, travailleurs et réalisent de beaux parcours.
Mais les autres...
Etant minoritaires dans les années 60, les étrangers étaient prêts à s'intégrer et beaucoup parmi les gens de votre génération y sont parvenus. Aujourd'hui, comme je l'ai dit, ils constituent l'essentiel de classes entières de banlieues. Ils s'imposent et ils ont une culture, tout à fait respectable par ailleurs, mais qui entre en conflit avec la nôtre: les Maghrébins et les Turcs ne supportent pas que des femmes les commandent (et elles sont majoritaires en Primaire et au Collège), les filles sont souvent studieuses, les garçons traînent, se font remarquer et ne veulent surtout pas passer pour des "intello" (vous me direz, ce ne sont pas les seuls). A ce titre, je vous renvoie à un passage du Gone du Chaâba d'Azouz Begag: un de ses copains pensent que le narrateur n'est pas "un vrai Arabe" puisqu'il obtient d'excellents résultats...
Nous voyons arriver, encore, dans nos établissement, des élèves qui maîtrisent très mal notre langue et pour lesquels il faut mettre en place des dispositifs adaptés. Ils n'entendent pas un mot de français à la maison, leurs parents n'ont pas de livres, ils ne leur viendraient pas à l'idée de les conduire au musée (même pendant les journées du patrimoine). Malgré tous les efforts que nous déployons, efforts coûteux, ils ne progressent guère.
Tous ces étrangers, donc, par la culture qu'ils ont développée en banlieue, les difficultés inhérentes à leur situation, font baisser le niveau scolaire en France. C'est une évidence. Il suffirait, pour s'en convaincre, de demander aux professeurs de calculer, d'un côté, la moyenne des Léo, Charles et même des Kevin, de l'autres, celles des Abdul et Mohamed. L'écart sauterait aux yeux.
Non, l'immigration de masse n'est pas une chance. Je persiste et signe. Mais j'entends que vous puissiez ne pas être d'accord avec moi et je vous remercie de votre commentaire.