Fin de l'interview d'Eminescu

Publié le par Eminescu

Et voici qu'Eminescu se dévoile... 

          Q.M. : Permettez-moi d’insister puisque vous semblez éluder la question, n’y a-t-il pas dans votre œuvre (c’est une vrai question rhétorique) des relents populistes, d’extrême droite ?

E. : Avec un nom comme le mien j’aurais du mal à être d’extrême droite. Je vais pas vous raconter ma vie, c’est bon. Moi, mes parents, ils se sont barrés de Roumanie pour fuir la misère sous Ceausescu. Là-bas, ils avaient des morceaux de pneu comme chaussures et ils vivaient dans un espèce de bidon-ville. Ils ont vadrouillé un peu partout en France, comme des clandestins, à chercher le soutien de ceux qui étaient déjà installés. Je peux vous dire qu’ils en ont chié pour avoir leur nationalité et atterrir dans cette banlieue pourrie. Et ça a pas été fini. Moi, je suis né là, j’en ai bavé parce que vos compatriotes pouvaient pas blairer les gens de l’Est. J’ai jamais rien eu gamin et je me galère toujours pour survivre, comme vous pouvez le voir. Quand je dis que je suis Roumain, on me fait des blagues sur les horodateurs ou les autoradios. Alors moi, vous voyez, je risque pas d’être raciste ou xénophobe. J’en suis la première victime.

Q.M. : Mais alors, plutôt que de vous moquez de mouvements qui tendent à plus d’égalité et de respect entre les citoyens, comme les gays ou les féministes, ne feriez-vous pas mieux de les soutenir, d’être engagé de leur côté, d’être… progressiste ?

E. : Mais je ne fais pas de politique, j’écris, moi. J’écris pas pour donner des leçons aux gens ou créer une société meilleure, c’est le travail des intellos, des philosophes. C’est pas le mien. Et puis, cette histoire de respect et d’égalité, c’est encore une de vos belles conneries de Français, ça. Moi, on m’a saoulé avec ça à l’école, on m’a fait croire que tout votre pays tournait sur ses principes depuis la Révolution. Dites-moi pourquoi je les ai jamais vu autour de moi ? Quand j’étais étudiant et que je cherchais du travail, on m’éjectait parce que j’étais trop bronzé ou trop sale et que j’avais pas un nom comme il fallait. Mes potes rebeus, renois, c’est pareil. J’ai beau avoir bien bossé à l’école, les petits français de bonnes familles m’ont fait vivre l’enfer dans leur classe pour mieux m’éjecter de leur monde – et les profs m’ont pas aidé, au contraire. J’ai eu aucune chance de m’en tirer comme tous mes potes. Les places sont réservées aux fils de profs et de cadres, ça se transmet de père en fils comme les privilèges sous l’Ancien Régime. Elle est belle votre République !

Q.M. : Il y a des gens qui se bougent pour faire changer les choses…

E : Mais les choses changeront jamais ! Tout le rôle des politiques, des patrons, c’est de nous faire croire à ces grands mots qui ont jamais recouvert aucune réalité, juste pour qu’on reste tranquilles. C’est tout. Maintenant, oui, il y a des gens qui se bougent pour faire changer les choses, mais ce sont des gens qui appartiennent à un groupe précis, puissant, organisé, avec des revendications pour défendre leur petit groupe. Ils n’ont jamais pour point de mire un idéal pour la société dans son ensemble. Vous m’avez fatigué avec la loi sur l’homophobie. Elle est peut-être bien cette loi, mais elle fait un traitement de faveur à une certaine catégorie de citoyens. Et tous les autres groupes s’engouffrent dans la brèche et cherchent à en avoir un aussi. C’est marrant. Avant, c’était le groupe dominant qui imposait sa pensée aux plus faibles, comme ça chacun se trouve à sa place et personne remet en cause le système établi. Maintenant, les grands patrons qui dirigent tout et les politicards qui sont parents ou copains avec eux s’en foutent pas mal de ce qu’on peut penser. Eux, ils veulent qu’on les laisse faire tourner à plein pot leur boîte et faire du fric. Du coup, c’est tout un tas de groupes minoritaires qui dictent, par des pressions, ce qu’il faut interdire, qui agissent juste pour défendre leur bifteck… et notre système de pensée est la résultante de toutes ces pressions. Ca vous donne la pire censure qui ait jamais existé. On peut strictement rien dire de personne, rien représenter, il y aura toujours un des groupes qui se sentira lésé, insulté, discriminé. Alors bon, ça part toujours d’un bon sentiments, mais ça falsifie l’histoire et puis ça nous confine à un art qui n’est plus ancré dans le réel, comme les productions de mon pays sous la dictature de Ceausescu, ou… ou de l’ex URSS, avec ses bons ouvriers et tout ça.

Q.M. : Vous croyez vraiment à une forme de censure , aujourd’hui, dans notre pays ?

E. : Bien sûr que oui. Vous voyez qu’on est resté sur des principes soixante-huitards complètement dépassés. Tout leur modèle de révolte avec les bourgeois catho et les ouvriers libérés, c’est dépassé. C’est pourtant ça qu’on nous sert dans leur production. Ca mange pas de pain. On présente des gens qu’on va décoincer et on tape sur l’Eglise qui peut plus beaucoup se défendre. En fait, ce sont les soixante-huitards les sales débauchés bourgeois, ces notaires qui se font plaisir quand les autres crèvent de faim, avec leur société qui est bien plus inégalitaire et injuste que celle d’avant.

Q.M. : Je suis pas sûr de bien vous suivre. Enfin. Vous ne pensez pas que ces « groupes », comme vous le dites, oeuvrent pour des lois justes et qui les protègent ? Quand vous parlez de lois qui sont à l’origine d’une censure – je pense que vous faites allusion aux lois Gayssot, Taubira et la dernière voté fin 2006 - , donc, vous parlez de « censure », mais vous ne pensez pas que l’on peut vraiment tout dire ? C’est finalement une question de respect de chacun. Vous savez où ça conduit trop de liberté à ce niveau là ?

E. : Les écrivains qui s’abstiennent de politiques comme moi – j’ai jamais voté et j’en suis fier – ne peuvent faire de mal à personne. Ca fait du bordel que dans les idées, des débats, de l’indignation, mais ce sont les politicards et autres qui tuent les gens. La France, c’est pas mon pays et vu comme elle m’a accueilli, j’avoue que j’ai pas super envie de lui rendre service. Je regarde tout ça de loin et toutes ces conneries, ça me fait bien délirer, mais alors je m’en tiens les côtes tellement je me marre. Je vois tous ces groupes dont je vous ai parlé qui se battent pour défendre leur pré carré et en viennent à se crêper le chignon entre eux, pour rien. C’est ce qui foutra votre pays par-terre. Après tout, mon roman, derrière son côté mielleux et grotesque, c’est juste le reflet d’un état de fait.

Q.M. : Une dernière question, Mr Eminescu, Beaucoeur finalement qui est un peu extérieur aux choses, qui aiment le Grec, qui est déçu par ce qui l’entoure, c’est un peu vous ?

E. : Oui, c’est moi ou peut-être quelque chose comme un petit ami, puisque vous m’avez branché sur l’homosexualité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Nouvelles drolatiques

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